Si
l'on s'intéresse à la bataille des Ardennes, deux films au moins permettent de se faire une idée de ce que fut cette bataille importante, sinon décisive, de la 2ème guerre mondiale :
Bastogne dont j'ai parlé ici Potter, Klute, Bastogne, Indochine, la Victoire en Chantant... et La Bataille
des Ardennes, réalisé en 1965 par Ken Annakin.Les titres de ces deux films sont en eux mêmes riches en enseignement : Bastogne s'intéresse
aux combats qui ont eu lieu autour de cette localité des Ardennes, tandis que
La Bataille des Ardennes, plus ambitieux, au moins dans son propos, semble s'intéresser à la bataille dans son ensemble.
En réalité c'est surtout la bataille de chars qui a les honneurs du film.
S'il nous transporte sur le champ de bataille, auprès des fantassins, il ambitionne aussi de montrer ce qui se passe au sein des états majors alliés et allemand.
Malgré un casting conséquent (Henri Fonda, Robert Ryan, Charles Bronson, Telly Savalas, Robert Shaw...) le film ne convainc pas totalement mais il offre malgré tout, en plus de la dimension guerrière, un éclairage sur l'idéologie nazie assez intéressant.
Un général allemand reçoit dans son QG dissimulé dans un bunker, sous une ville à peu près entièrement détruite, le colonel Hessler, appelé à commander un des bataillon de chars, fers de lance de l'offensive.
Il lui explique que la guerre arrive à un tournant. Nous sommes en hiver 1944.
D'après lui le V2, remplaçant du V1, achèvera de détruire Londres (déjà détruite à 20%) tandis que le nouveau char sera 2 fois plus puissant que son équivalent américain.
De surcroit d'ici à 9 mois un chasseur à réaction sera au point qui redonnera à l'Allemagne la suprématie aérienne !
Les bombardements massifs des villes allemandes n'ont selon lui aucunement entamé le moral du peuple et les jeunes recrues sont tout aussi déterminées à se battre que leurs ainés.
Bel exemple d'aveuglement et de fanatisme "nazis".
Plus tard l'aide de camp du colonel, un simple soldat plus lucide que bien des offciers, demande à son supérieur quand la guerre va t-elle enfin se terminer et quand il pourra retrouver ses fils, soldats comme lui.
Hessler lui répond que jamais la guerre ne se terminera, qu'ils pourront continuer à porter l'uniforme et que le monde n'est pas près d'être débarassé des nazis.
Plus tard, l'aide de camp, outré, demandera une nouvelle affectation.
Bien photographié le film a néanmoins vieilli et il est assez aisé de faire la différence entre les scènes d'extérieur tournées en studio (vues rapprochées) et les autres, plutôt des vues d'ensemble.
De même lorsque les personnages sont dans des véhicules, la technique qui consiste à faire bouger le véhicule devant un écran où défile le paysage se voit un peu trop.
Pour le reste, la jeunesse des tankistes allemand répond à la jeunesse des recrues américaines pour lesquels la victoire est si proche qu'ils se sentiraient presque en vacances...autant dire que l'attaque des blindés allemands les surprend...
Quelques personnages hauts en couleur agrémentent le film tel que le sergent tankiste joué par Savalas plus préoccupé par ses trafics que par la guerre jusqu'à ce que sa bonne amie française se fasse tuer...
On a aussi droit à la fameuse scène, assez terrible, durant laquelle les allemands mitraillent leurs prisonniers américains dans une clairière enneigée.
En fait l'offensive est formée de 5 colonnes de blindés réparties sur 80 kms mais le film ne s'intéresse qu'à l'une d'elle commandée donc par le colonel Hessler.
Les allemands parachutent aussi derrière les lignes alliées des agents bilingues déguisés en membres de la police militaire américaine et chargés d'empêcher la destruction d'un pont essentiel pour le dispositif.
Leur mission d'ailleurs réussira.
Le film montre bien en outre la supériorité du char tigre sur le shermann dont les tirs entament à peine le blindage du tigre.
Dans le générique de fin il est indiqué que le film ne relate pas forcément tous les faits historiques mais offre une synthèse fidèle à l'esprit de cette bataille.
Il est question aussi d'un million d'hommes engagés dans cette bataille, sur un front, je le rappelle, de 80 kms. Si c'est bien le cas, on n'en a jamais la notion à l'écran.
J'ai déjà émis ici l'hypothèse que les années 60 n'ont pas donnés de grands films de guerres.
Mais évidemment on peut me contredire, les commentaires sont d'ailleurs fait pour ça !
Ainsi j'avais été déçu par Les Canons de Navarone (1961) et en effet mes films de guerre préférés, par exemple Un Pont trop Loin (1977) ou L'aigle s'est envolé (1977 aussi !) n'ont pas été tournés durant cette décennie.
C'est d'ailleurs vrai aussi de Bastogne (1949) que je recommanderais donc plutôt à ceux qui veulent "revivre" l'une des grandes batailles de la guerre 39-45.
Sans Retour (Southern Comfort) réalisé en 1981 par Walther Hill (48 Heures) se
déroule entièrement dans le bayou Louisianais et on bien content d'être au sec pour profiter du spectacle (très belles images) pendant que neuf soldats de la Garde Nationale en mission
d'entraînement y pataugent en butte à des cajuns peu amènes bien décidés à décimer la petite troupe. Maintenant vous pouvez respirer. Le casting est plutôt impressionnant, que les acteurs soient
connus ou pas : David Carradine, Fred Ward (L'Etoffe des Héros, Short Cuts), Peter Coyotte (mais c'est la première victime), Powers Boothe (La Forêt d'Emeraude)... Spécialiste du film
d'action Hill avait signé en 1980 un film au scénario assez proche mais qui a eu à subir les foudres de la censure : Les Guerriers de la Nuit, étonnant périple nocturne mettant en scène un
Gang de jeunes, les Warriors, à New York, adapté d'un livre beaucoup plus violent encore de Sol Yurick, qui transpose à notre époque L'Anabase de Xenophon .
Christophe de Ponfilly, documentariste reconnu
(Massoud l'afghan) décide au début des années 2000 de raconter l'histoire d'un soldat russe fait prisonnier par les combattants afghans puis relâché après quelques mois par le commandant
Massoud. Il réalise alors son premier film de fiction, L'étoile du soldat, qui sortira en 2006 à titre posthume, CdP s'étant donné la mort quelques temps avant à Rambouillet. On pense tout
de suite à un autre film de 1988, américain celui-là, dont l'argument est le même, La bête de guerre avec Jason Patric. Il s'agit d'un bon film de guerre qui montre assez bien le quotidien de
l'équipage d'un char russe pendant le conflit afghan. Mais le traitement est assez différent.