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Sans le faire exprès, j'ai entamé la lecture de Wall Street peu de temps avant le 80ème "anniversaire" du Jeudi Noir, le 26 octobre dernier.

Le livre est donc doublement en phase avec l'actualité, d'une part du fait de cet "anniversaire" et d'autre part à cause de la crise bancaire et financière que nous venons de traverser et dont les conséquences se font et se feront encore sentir aujourd'hui et demain.

Plus encore qu'un "roman vrai", les auteurs, Gordon Thomas, auteur de livres sur le Mossad et la CIA, et Max Morgan-Witts, producteur et réalisateur (on remarque qu'aucun des deux n'est économiste à la différence de Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New York, qui a préfacé le livre), les auteurs donc ont plutôt écrit un véritable roman-feuilleton et l'on prendrait à coup sûr plaisir à retrouver jour après jour dans les pages d'un quotidien les aventures des "requins" de la finance qui sont les véritables héros de l'ouvrage, dans lequel on croise aussi à intervalles réguliers des personnages historiques, tel Winston Churchill ainsi que des géants de l'industrie tel Henry Ford...

Un autre des acteurs de cette saga s'appelle Joe Kennedy qui "faisant partie d'une communauté détestée par ses voisins (il est d'origine irlandaise)" a appris à faire partie des plus aptes pour survivre "dans un monde dominé par la bourgeoisie protestante". C'est bien sûr le père de John Fitgerald Kennedy, surnommé "Jack", qui sera, bien plus tard, président des États-Unis.

Eunice Barber, journaliste de la North American Review découvre que 90% des femmes salariés possédaient alors un compte en banque et que parmi celles-ci 80% détenaient des titres. De plus en plus de femmes "jouaient à la Bourse".

Toutefois les rois de la finance sont des hommes : ils ont pour noms, entre autres, Charles Mitchell, président de la National City Bank, alors en guerre contre le Federal Reserve  Board, bien décidé à augmenter le taux d'intérêt à vue afin de freiner la spéculation (en rendant plus onéreux l'achat d'actions à crédit) ou bien encore Billy Durant, le célèbre spéculateur, qui promet au banquier de voir au plus tôt son ami Herbert Hoover, nouvellement élu president des Etats-unis, pour le convaincre que "le Federal Reserve Board était en train de tuer la poule aux oeufs d'or", alors que le marché est en forte hausse.

L'un des pires rivaux de Ford, et de sa célèbre Ford T, n'est autre que Charles Mott, le tout puissant vice-président de General Motors qui est aussi accessoirement président du conseil d'administration de l'Union Industrial Bank.

Chevrolet et Pontiac se vendent comme des petits pains et le rachat de Vauxhall en Angleterre et d'Opel en Allemagne promet d'être juteux.  

Mais l'exentrique Henry Ford a une autre bête noire : le
New York Stock Exchange, autrement dit Wall Steet, selon lui entièrement aux mains des Juifs. Jamais au grand jamais sa société ne sera côté en Bourse !

Pendant que le président Hoover s'entretient avec un certain nombre de directeurs de journaux des "excès" de la bourse, à l'Union Industrial Bank de Flint, la "ligue des gentlemen", composé d'un certain nombre d'employés, dont le vice-président et le propre fils du président, détournent allègrement des fonds pour jouer à la Bourse.

Parmi les "requins" seuls deux hommes, plus lucides que leurs pairs, rejettent avec force l'idée    
"qu'on avait trouvé le moyen de faire en sorte que le marché à la Bourse soit en hausse perpétuelle"  : Giannini, le banquier italo-américain à la tête d'un empire et Jesse Livermore le célèbre "baissier"
de Wall Street (spécialiste de la vente à découvert qui consiste à "emprunter" des actions, à les revendre immédiatement puis à les racheter lorsque la baisse est intervenue; le bénéfice se compose de la différence entre le prix de vente et le prix d'achat moins la commission).

Thomas Lamont est un "requin" encore étonnamment beau malgré ses cinquante neufs ans. Associé de la banque d'affaires JP Morgan, celui qui connaît un nombre impressionnant de rois,  présidents, dictateurs, tyrans et hommes d'Etat sur toute la planète, aime bavarder joyeusement avec les portiers sur l'escalier de la banque...

La banque Morgan ne prête qu'aux "sociétés géantes de l'industrie" et dispose de 500 millions de dollars.
En tant que banque privée elle n'a de compte à rendre à personne.

Edith Stone, la fille du célèbre financier juif, entreprend un voyage en Europe et profite de la traversée pour commencer sa pièce qui aura pour personnage principal Wall Strett.
Les journaux allemands, lus juste avant son départ, lui ont déjà causé un choc : il n'y est question que de la nouvelle figure de la politique allemande, un certain Adolph Hitler, pour qui la "menace" communiste n'a d'égale que la "menace" juive. 

En Angleterre, où on pouvait dire encore que "le soleil ne se couchait jamais sur l'Empire", les travaillistes reviennent au pouvoir.

En Italie Mussolini est au pouvoir et un journaliste parle de Wall Street comme d'une nouvelle puissance faisant "appel au plus fort instinct de la nature humaine (l'appât du gain ?)" et dont l'autorité est supérieure à celle de la Société des Nations (l'ancêtre de l'ONU)...

A Wall Street le boom continue tranquillement et on prévoit même de battre un record en ce qui concerne les nouvelles émissions en Juillet.
Mais Livermore est sceptique et résume la situation dans son langage peu chatié : "Sûr, faut que ça pète."

Crawford, le directeur de la bourse, a l'impression, lui, que "chaque usine, chaque compagnie commerciale, chaque affaire est d'une certaine manière présente ici sous la forme d'actions".
Parmi elles les actions des services publics (voir pour une définition Black Out, Arthur Hailey )- eau, gaz, électricité - après une brève chute allaient sûrement remonter.

Pour Giannini dans un marché en hausse il n'est guère dangereux d'investir à tort et à travers (comme le font trop souvent les petits investisseurs) mais si la baisse arrive les dégâts seront terribles.
Or si un professionnel de la Bourse peut faire face à une perte importante, un père de famille risque au contraire d'être définitivement ruiné.

D'autres que lui sont conscients des risques : les prédicateurs itinérants qui avec leurs sinistres avertissements n'ont jamais été aussi nombreux devant Wall Street.

Ils ne sont pas les seuls : en ce dimanche 11 aôut, "de toutes les régions du pays les gens se dirigent vers Wall Street pour voir ce qui allait se passer le lundi." Qu'est-ce qui les y a pousser ?
Quoi d'autre que la cupidité ?

Wall Street attire aussi des étrangers. Ainsi un certain Willy Messerschmitt espère y trouver des capitaux qui devraient "servir à construire une flotte militaire secrète pour aider l'Allemagne à se venger de la défaite de 1918". Il a reçu l'appui d'un homme qu'il commence à admirer ouvertement : Adolph Hitler.

Confronté à un phénomène de hausse continue de la Bourse, Livermore se voit obligé de changer son fusil d'épaule et se transforme en "haussier".

A l'époque NY connait ses premiers embouteillages et les premières automobiles équipées de récepteurs-radio font leur apparition.

Le 24 août Giannini prend publiquement position contre les excès des achats à terme.

Choquée par ce qu'elle a vu en Allemagne Edith Stone écourte son voyage en Europe.

Depuis le mois de mai de petites secousses ont commencé à agiter le marché. Livermore prévoit la possibilité prochaine d'un gigantesque séisme financier.

Le 26 septembre le montant des sommes empruntées par les porteurs de titres atteint le chiffre effarant de 6 800 000 000 de dollars (à multiplier par 50 pour obtenir des dollars d'aujourd'hui) !

Winston Churchill, qui à la suite de la victoire travailliste a entrepris un voyage aux "Amériques", et se trouve alors à New York, succombe lui aussi à la croyance que la Bourse représente encore le moyen le plus rapide - et peut-être le plus sûr - de faire fortune.

Cela fait désormais partie de l'American Way of Life : des coursiers, des mécaniciens, des plombiers, des couturières ou des serveurs jouent à la Bourse...sans rien y connaître.

Thomas Lamont, de la banque Morgan, rédige un rapport sur l'économie américaine pour le président Hoover.
Il décrit la récente "démocratisation" de la Bourse comme devant permettre de "répartir largement la propriété des grandes entreprises industrielles entre des centaines de milliers de petits actionnaires...et d'éliminer ainsi les inégalités sociales et les conflits qui dressent encore les uns contre les nantis et les défavorisés...".

Puis le pire survient. Alexander Neyes le lucide chroniqueur financier du Times écrit cette manchette : "LE KRACH LE PLUS DESASTREUX DE L'HISTOIRE 12 894 650 ACTIONS CHANGENT DE MAINS LA BOURSE SAUVEE DE L'ECROULEMENT PAR LES BANQUES".

Ce n'est encore que le début de la fin mais le Jeudi Noir a eu lieu sans que personne ou presque n'ait prévu cette chute brutale due à "quelques (!) ventes irréfléchies", selon le mot de Thomas Lamont.
Beaucoup pensent que la Bourse va en ressortir assainie...et que le pire est passé.

Mais le Lundi 28 octobre la chute est plus forte encore.

A Flint la "ligue des gentlemen" a perdu 3 500 000 dollars...détournés sur les comptes des clients de la banque. Il va leur falloir confesser la plus grosse escroquerie financière de tous les temps...

L'Amérique, le pays le plus puissant du monde, le plus riche de toute l'histoire de l'humanité...était en train de payer chèrement son goût immodéré pour l'enrichissement facile.

Le Krach a de fortes répercussions partout dans le monde et singulièrement en Allemagne où la crise et son cortège de faillites et de chômeurs vont faire le lit d'Hitler...

Après la Bourse c'est au tour de l'économie américaine de se détériorer...la consommation s'écroule et entraine logiquement une chute de la production...

Malgré cela les "experts" et la presse affirment que la nouvelle année s'ouvre sous les meilleurs auspices...
La fête était finie mais les illusions elles ne voulaient toujours pas mourir.

 



 

 


 
Tag(s) : #Journal de lecture

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