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http://www.united-red-army.com/wp-content/themes/ura-theme-2/images/gd-affiche-fr.jpgAlors que son dernier film, Le soldat-dieu, est à l'affiche, il n'est pas inutile de revenir sur l'avant dernière production de Koji Wakamatsu. 

 

Après le film d’Uli Eidel sur les Brigades Rouges (La bande à baader), celui de Bellochio sur l’enlèvement d’Aldo Moro (Buongiorno notte) et Carlos d'Olivier assayas, le réalisateur japonais poursuit la mise au jour des ressorts de la violence ultragauchiste dans les années 60 et 70.


URA s’intéresse à la branche japonaise de cette internationale terroriste et entreprend d'examiner, à froid, les conditions du développement de cette violence meurtrière.

 

FRG et FAR s’associent pour former la URA dans le contexte d’un pacte de solidarité avec les Etats-Unis mal vécu par une frange importante de la jeunesse estudiantine gauchiste.

 

Le réalisateur brosse tout d’abord le contexte économique et surtout politique du Japon depuis 1960 jusqu’au début des années 70.

 

Il le fait en mêlant scènes reconstituées (réunions de groupuscules) et images d’archives.

Ces dernières sont agrémentées d’idéogrammes explicatifs. Comme le film ne peut être vu qu’en VO sous-titré, il peut donc y avoir 2 sous-titres à la fois : le premier traduisant ce que dit le narrateur en voix off, le second traduisant les idéogrammes superposés aux images d’archives.

Heureusement, j'adore les idéogrammes et la calligraphie.

 

Le film est d'ailleurs visuellement très réussi.

 

Il n’est pas rare qu’un film commence de cette façon mais cela dure en général 5, 10 ou au maximum 15 minutes. Là nous avons droit à une demi-heure, 1 heure de ce traitement.

 

Le coté positif c’est que nous sommes effectivement bien informés de la situation dans les universités (manifestations, occupations de locaux consécutifs entre autres à une augmentation des frais d’inscription, tiens il y a là comme un écho avec l’actualité), du contexte politique mondial (guerre du vietnam, mouvements de jeunesse avec en point d’orgue mai 68 en France) et local (accords américano-japonais, bases américaines sur l’île d’Okinawa) et du contexte économique (à la fin des années 60 le japon devient la 2ème puissance économique mondiale)…

 

Toutes ces explications sont intéressantes et nécessaires mais la forme adoptée dans cette première partie rapproche le film du documentaire fiction et cela peut surprendre.

 

Une fois cette longue exposition achevée, la fiction peut reprendre ses droits et l’on suit alors un groupe de jeunes militants dans la montagne où ils suivent en secret un entraînement militaire. Ils sont issus des FRG et des FAR. Chacun a son refuge.


Entre-temps on a assisté à l’arrestation d’une nombre important de militants (« nous vous arrêtons en vertu de la loi sur les explosifs »), à l’attaque raté d’un commissariat (2 ou 3 militants armés abattus) et au cambriolage réussi d’un magasin d’armes.

 

Pendant 2 heures (le film dure trois heures) on suit pas à pas les militants dans leurs marches, leurs exercices de tir (ils font « bang ! » avec la bouche) et leur vie en collectivité.

 

C’est là que cela se gâte. Le chef des FAR qui auparavant avait déserté et la chef autoproclamée des FRG mettent de plus en plus l’accent sur la nécessité de pratiquer l’autocritique.

 

Mais cette autocritique se retourne le plus souvent contre son auteur : très vite les coups pleuvent (il faut se « durcir » pour devenir un soldat de la révolution) puis suivent les stations prolongées attachés à l’extérieur.

 

Il y a des morts. Une militante doit se frapper elle-même : son visage boursouflé par les coups fait peine à voir. Il y aura au moins 6 morts, certains parmi les plus vieux militants des 2 organisations. Rien ne nous est épargné.

 

Koji Wakamatsu est une sorte de revenant. Il était déjà producteur exécutif sur l'Empire des sens en 1976. Il a signé des films aux titres révélateurs tels que Sex-jack ou Femme cruellement torturée qui s'inscrivent dans une tradition du cinéma nippon mèlant allègrement torture et érotisme : le pinku eiga.

 

Ancien yakusa, Wakamatsu développe un sens critique et social qu'il n'hésite pas à appliquer à ceux qui pronaient la révolte la plus radicale alors même qu'un développement économique fulgurant permettait aux plus déshérités d'espérer sortir de leur condition. C'est ainsi que les Trente Glorieuses ont paradoxalement vu naître, au Japon comme en Occident, des mouvements de jeunesse dont certains membres sont rapidement partis à la dérive.

 

Le soldat-dieu, que je n'ai pas encore vu, s'en prend lui à l'idélogie militariste qui a conduit le Japon à vouloir dominer l'Asie, dès avant la deuxième guerre mondiale pour ensuite attaquer la flotte américaine à Pearl Harbor, à travers le personnage d'un soldat violeur rentré en héros dans son village, défiguré et amputé des bras et des jambes !

 

 

     

 


 


Tag(s) : #Cinéma & DVD

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