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http://ecx.images-amazon.com/images/I/51RGSGM98JL._SL500_AA300_.jpgLa lecture du récit d’Ann Rule Un tueur si proche (1980), consacré au tueur en série Ted bundy, est d’autant plus impressionnante lorsqu'on a à l’esprit les images du film de Matthew Bright (Ted Bundy, 2003)…

 

C'est à propos de ce tueur hors du commun que l'on pour la première fois utiliser l'expression "tueur en série".

 

Ann Rule, sorte de Pierre Bellemare américaine, a commencé par écrire pour des revues spécialisées des histoires policières véridiques, basées sur une solide documentation fournie, entre autre, par ses amis policiers.

 

Elle n'a pas le talent littéraire de Truman Capote (De sang froid) ou de Norman Mailer (Le chant du bourreau) mais son style est fluide et agréable à lire.

 

Elle a elle-même été policière à Seattle dans les années cinquante et a suivi des formations et des stages en criminalistique…Elle vit elle-même un drame lorsqu’elle divorce et se retrouve seule avec ses 4 enfants et que leur père, déjà malade, meurt d’un cancer quelques années après…

 

Ann Rull a bien connu Ted Bundy qui a été au nombre de ses amis même si elle n'a jamais été, comme indiqué sur la couverture du livre, sa meilleure amie. Elle est donc aussi partie prenante dans ce récit.

 

On apprend dès le début que Ted est un enfant illégitime, c'est lui-même qui fait cette confidence à l'auteur, alors qu'ils travaillent tous deux dans un Centre d'aide d'urgence à Seattle. Il a longtemps cru que sa mère était...sa soeur. Après avoir appris la vérité sur le tard, vers 20 ans, il se sent désormais capable "de pouvoir entreprendre autre chose".

 

En fait il entreprendra beaucoup de choses par la suite, tâtant même de la politique aux cotés des Républicains, sans jamais rien achever sinon ses études, perpétuellement recommencées. Il restera jusqu'à la fin un "éternel étudiant", incapable de se lancer véritablement dans une "carrière" ou une autre.

 

Ted a une vie soigneusement compartimenté : il sort avec Meg, qui n'a d'yeux que pour lui, et semble très attaché à la fille de Meg, Liane, mais simultanément passent plusieurs jours avec son amie Stéphanie et se fiance avec elle.

 

Le « travailler plus pour gagner plus » n’est pas un vain mot aux Etats-Unis mais une réalité : un  shérif peut très bien travailler le WE comme chef de la sécurité dans un McDo…

 

Susan, une des premières victimes du tueur, occupe 2 emplois à plein temps pendant l’été pour payer ses cours…

 

Il faut se souvenir que contrairement à une idée répandue la journée de travail est plus courte là-bas qu'au pays de l'art de vivre. Souvenez-vous : dans les films hollywoodiens il n'est pas rare qu'on dîne à 17h30 !

 

Une fois étudiante elle continue d'occuper un emploi à temps complet dans une maison de retraite... et elle est en plus intéressée par un poste de délégué de résidence ! 

 

Susan est intelligente et prudente et ne sort jamais seule le soir mais elle disparaît pourtant après s'être rendu un soir à une réunion de délégués terminée dès 21 heures...

 

George Ishii, le plus grand criminaliste de tout l'ouest des Etats-Unis, qui participe à l'enquête sur la disparition de Georgeann Hawkins adhère aux théories du Dr Edmond Locard, un criminaliste français selon lequel " tout criminel laisse une trace de son passage sur le lieu du crime et emporte avec lui quelque chose appartenant au même lieu ".

 

Mais après avoir parcouru à quatre pattes les vingt-sept mètres de l'allée où la disparue a été vue pour la dernière fois, ils ne trouvent...rien du tout.

 

Dans les coulisses d'une salle de spectacle où une pièce scolaire doit être jouée, un inconnu aborde la professeure d'art dramatique pour lui demander de l'accompagner sur le parking pour "identifier une auto". Il est beau, porte la moustache et il a un regard étrange et perçant.

Ce soir là Debby Kent disparaît. Des témoins ont entendus deux cris perçants monter du côté ouest du parc de stationnement.

 

La police découvre les restes de six cadavres mais aussi des fémurs appartenant probablement à d'autres disparues. 2247 sosies de Ted (à ce moment on connaît déjà là le prénom du tueur)  et 916 véhicules ont été contrôlés. Les psychiatres pensent que le tueur est victime d'un déterminisme psychique qui le poussent à pourchasser et à tuer toujours le même type de femme.

 

A ce stade le nom de Ted Bundy figure sur une liste de 200 suspects.

 

Des crimes ont eu lieu dans le Washington et l'Utah et ne vont pas tarder à se multiplier dans le Colorado.

 

Les victimes de cet Etat avaient toutes été préoccupées (dispute, échec amoureux...) et l'homme qui les avaient approché avait peut-être senti qu'elles étaient alors vulnérables.

Le prédateur entraîne le plus faible à l'écart du troupeau, puis tue tranquillement sa proie.

 

Ted finit par être arrêté pour avoir brûlé deux stops. Dans sa voiture dont il a retiré le siège passager, on découvre un passe-montagne, un pied-de-biche, un pic à glace, de la corde, du fil de fer, des gants, une lampe torche, de grands sacs à ordure en plastique vert, une paire de menottes, des bandes de draps déchirées et une cagoule confectionnée à partir d'un collant.

 

Il est relâché sous caution personnelle. Le nom de Ted dit quelque chose au détective Thomson.

Il pense que c'est l'homme qui avait tenté d'enlever Carol DaRonch et est sans doute responsable des disparitions de Melissa, de Laura et de Debby.

 

Le 21 août Ted est placé en détention préventive pour possession d'outils de cambriolage. Il est libéré mais à dater de ce jour il n'échappera plus au regard des forces de l'ordre.

 

Finalement arrêté, il apprend toutes les "ficelles" de la vie carcérale, comment fendre les allumettes dans le sens de la longueur - car elles sont rares, etc.

 

Il commence à écrire de longues lettres à l'auteure.

 

Deux Ted Bundy commence à émerger du tableau général : le fils idéal, l'étudiant de l'université de l'état de washington, diplômé avec mention, l'avocat et l'homme politique en herbe.

 

De l'autre le magouilleur de charme, manipulateur pour du sexe ou de l'argent, quelque soit l'âge des femmes, qu'elles aient 18 ou 65 ans. Et il y avait peut-être un troisième Ted Bundy. Un homme qui pouvait devenir glacial et hostile aux femmes à la moindre provocation.

 

Un rapport centré sur la théorie de la dualité Jekyll-Hyde l'accable. Mais les psychiatres sont perplexes. Ils le trouvent normal. Il faut dire qu'il est aussi diplômé en psychologie.

 

Au pénitencier il devient vite pour les autres détenus un "avocat de derrière les barreaux".

 

Il se défend lui-même au cours de son procès. Il est condamné dans l'Utah à 15 ans d'emprisonnement pour attentat à la liberté individuelle mais peut espérer être remis en liberté conditionnelle d'ici 18 mois (!).

 

Dans le Colorado un dossier autrement plus solide est constitué.  Dans la centrale de l'Utah se trouve un autre prisonnier encore plus célèbre : Gary Gilmore (voir le Chant du bourreau de Norman Mailer), un assassin condamné qui a choisi volontairement la peine capitale.

 

Au palais de justice d'Aspen Ted saute par la fenêtre de la bibliothèque située au 2ème étage, à 7 mètres soixante au-dessus du niveau de la rue.

 

Repris, il s'évadera à nouveau d'une prison du Colorado en découpant avec une scie à métaux un carré de trente centimètres dans une plaque métallique scellant l'endroit au plafond de sa cellule où devait être installé un dispositif d'éclairage.

 

Il s'enfuit en Floride. La Sororité Khi Omega est une des plus belles résidences du campus de l'université de Floride.

C'est là qu'une nuit le tueur commet un véritable massacre. Trois de ses victimes en réchappent mais il a assassiné deux autres étudiantes. Comme il n'est pas rassasié la même nuit il agresse une autre étudiante à quelques pâtés de maisons de là. 

Une jeune fille abordée par Ted devant son école et "sauvée" in extremis par l'arrivée de son grand-frère est interrogée sous hypnose. Elle revit l'incident et fait une crise d'hystérie : quelque chose dans le visage de l'homme l'avait terrifiée comme si elle y avait lu la méchanceté et le danger à l'état pur.

Ted est de nouveau contrôlé par un policier alors qu'il essaye, à 1 h 47 du matin de voler une voiture. Il parvient à s'enfuir. Peu après un agent en patrouille apprend par sa radio que la coccinelle qu'il suit a été volé.

Il prend la voiture en chasse, celle-ci finit par se ranger sur le bas coté. Alors qu'il veut lui passer les menottes le conducteur s'enfuit. Croyant apercevoir une arme il tire et croit blesser l'homme à la jambe. Mais celui-ci se rebiffe. Finalement l'agent parvient à lui passer les menottes.

Ted Bundy se retrouve de nouveau en cellule. Cette fois des mesures sont prises pour éviter toute nouvelle évasion.

Ted s'intéresse au procès du fils de Sam, un tueur en série au coeur ou plutôt à la périphérie du film de Spike Lee Summer of Sam. La question est de savoir si celui-ci va être déclaré juridiquement responsable. Si c'est le cas aucun autre inculpé pour meurtre ne pourra s'en sortir en plaidant l'irresponsabilité dans le pays.

Ann Rule va participer au procès de Ted à Miami en tant que journaliste.

Lors du témoignage du policier qui l'a arrêté Ted joue successivement les rôles d'accusé, d'avocat de la défense puis de témoin !

Le premier rang, juste derrière Ted et son équipe de défenseurs, était rempli de jeunes femmes, les "groupies de Ted" !

Extérieurement, Ted Bundy incarnait la réussite et l'accomplissement de soi ; intérieurement tout n'était que cendres. C'est un sociopathe. N'étant pas sujet à la à la culpabilité, il cherche l'assouvissement de ses désirs dans une gratification immédiate. Le psychopathe complexe est toujours très intelligent et a depuis longtemps intégré mes réponses adéquates à fournir à ceux dont il désire obtenir quelque chose. Il est subtil, calculateur, astucieux et dangereux. Et il est perdu.

Ted finit par parler devant des policiers. Ses propos sont enregistrés. Ses aveux sont horrifiants. Il se considère comme " une voyeur et un vampire", dévoré par ses fantasmes et asservi à la sensation de puissance que lui apportait ses crimes. Ted a menti tout au long de sa vie. 

Bob Keppel, un policier, pense que Ted a tué au moins une centaine de femmes.

Il est exécuté sur la chaise électrique le 24 janvier 1989.

Ted est le prototype du tueur psychopathe en apparence normal et usant de son charme pour approcher ses victimes…que l’on a retrouvé depuis dans nombre de romans…et par exemple dans Insoupçonnable de Linda La Plante qui fera l'objet de la prochaine chronique littéraire.


Comment fait-il pour avoir des relations (presque) normales avec certaines femmes alors qu’il trucide les autres ? Il est vrai qu’il s’en prend à des jeunes femmes qu’il ne connaît pas…

 

Henry lui (Henry, portrait d'un serial killer) avait vraiment une tête de monstre (avec même un œil en moins il me semble)…à tel point que c’est un acteur plutôt pas mal qui a été choisi pour l’interpréter…encore un film qui fait froid dans le dos…

 

Un prédateur à comparer au tueur français de l’émission de TV, dit le " grêlé " qui n’hésite pas, comme Ted bundy, à guetter sa proie un long moment au vu et au su de tous…


Dans L’étrangleur de Boston, Tony Curtis souffre d'une double personnalité et ne se rend pas compte qu’il viole et assassine…c'est déjà plus acceptable…après tout ce pourrait être aussi le cas de Ted et la double personnalité pourrait même être l’explication si les psychiatres ne l’avaient exclue…


Malgré quelques effets de ralenti ou d'accéléré et quelques scratchs visuels..la réalisation du film Ted Bundy est trop sage et il aurait sans doute fallu la patte d'un grand réalisateur...mais peut-être n'ont-ils pas voulu s'y frotter..après tout ce n'est pas le Zodiac, un monstre "invisible" qu'on voit à peine dans le Zodiac de David Fincher,  mais Ted bundy le jeune homme de bonne famille, gentil, bien élevé, séduisant...violeur et assassin...C'est plus " casse gueule " pour Hollywood comme sujet....

Tag(s) : #Journal de lecture

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