Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

http://bd.casterman.com/docs/Contents/708/_photo.jpgShutter Island.

Nouvelle adaptation après Mystic River, réalisé par Clint Eastwood en 2002 et Gone Baby Done, premier film en tant que réalisateur de l'acteur Ben Affleck, d’un roman de Denis Lehanne.


Noir c’est noir. L'histoire que racontait Mystic River n'était déjà pas bien gaie (une jeune fille est assassinée; son père, vite persuadé que le coupable est un de ses amis d'enfance, lui-même victime, lorsqu'ils n'étaient que des gamins, d'un duo de pédophiles, se fait justice mais il s'avère que ce n'est pas le véritable meurtrier...), Shutter Island est plus sombre encore, quoique dans un genre différent.


Justement, avec ce film, Scorcese sort de son registre habituel.

Du coup on est un peu décontenancé.


En 1954, un marshall réputé (Leonardo Dicaprio, déjà à l'affiche des Infiltrés, ressemble de plus en plus à Orson Welles ! )  et son nouvel adjoint se rendent sur une île où sont enfermés de dangereux fous criminels.


Ils doivent enquêtés sur la disparition d'une femme internée pour avoir assassiné ses enfants. Mais sur place la situation s'avère beaucoup plus compliquée qu'il n'y parait et les apparences , trompeuses.


Par exemple le marshall a des raisons très personnelles d'être là. Il est en outre hanté par des visions du camp de Dachau et par celles d'un drame familial.


L'endroit n'a rien à envier, dans le genre anti-paradis terrestre, à une autre île prison, souvent vue au cinéma, Alcatraz (voir par exemple L'Evadé d'Alcatraz, 1979, avec...Clint Eastwood où, en 1995, Meurtre à Alcatraz avec Kevin Bacon, également au générique de Mystic River...).


Bien joué, bien filmé et bien photographié, le film n’est au final pas d’une grande originalité.

Les dialogues par exemple ne font que satisfaire au minimum syndical.


Malgré un casting haut de game (Ben Kingsley, Max von Sydow...) et une ambiance presque constamment glauque et suicidaire (tempête, arbres dégoulinants de pluie, rochers battus par les vagues, mabouls et soignants inquiétants) Shutter Island ne convainc pas totalement.


Le scénario aussi finit par être un peu étouffant, qui déroule son histoire d'une manière un peu trop inexorable, sans laisser souffler une seule seconde le spectateur, qui lui aussi finit par manquer un peu d'air.


http://applications-internet.mairie-brest.fr/VIPBI21/interligo.web.front/UploadFiles/publications/7935/623796.jpgL’échange (2008), de Clint Eastwood justement, auquel on peut penser même si on est plutôt ici avant guerre, m’a paru plus réussi.


Et il est aussi question de folie, d’internement, de psychopathie, de meurtre, de police et de politique chez Eastwood.


D'un style très maîtrisé, comparé à celui, plus relâché, de Créance de Sang ou de Gran Torino ( Gran Torino ), L'Echange brasse plusieurs thèmes, sans jamais se mélanger les pinceaux ni verser dans le pensum. C'est sans doute le film le plus politique d'Eastwood. 


Une femme élève seule son enfant (une situation que la morale réprouve mais il est vrai que nous sommes dans les années 20/30 en Californie, une période plutôt "libérale"...) et un beau jour, un vilain jour plutôt, celui-ci disparaît.



Des mois plus tard, la police lui "rend" son enfant en prenant bien soin de médiatiser ces touchantes retrouvailles. Seulement voilà : ce n'est pas son fils.


Elle n'aura dès lors de cesse de récupérer son enfant, se heurtant à l'indifférence puis à l'hostilité d'une police très largement corrompue.

Lorsqu'elle dérange trop on l'a déclare "dérangée" et on l'interne, à l'instar de toutes les "hystériques" qui ne se conforment pas à la norme sociale.


L'époque, finalement, n'est pas si libérale que ça. Seul un prédicateur (John Malkovitch) qui a l'habitude de pourfendre dans ses émissions à la radio la corruption policière (c'est son "fonds de commerce"), prend fait et cause pour elle.


Parallèlement on fait la connaissance du tueur d'enfants sans doute le plus ignoble de l'histoire du cinéma. J'ai rarement autant frémi devant un film que lorsqu'on le voit à "l'oeuvre", armé d'une hache.


Classique dans sa conception, L'Echange est un film moderne dans son propos.


L'histoire se déroule sur plusieurs années, sans ellipses ou presque et avec une fin "fermée".

Une fin susceptible de donner du grain à moudre aux partisans de la peine de mort pour les crimes les plus odieux, dont doit d'ailleurs faire partie CE.


Angelina Joile s'en tire plutôt bien, entourée d'une flopée d'excellents seconds rôles. L'acteur interprêtant le personnage du tueur aurait lui mérité un oscar. 


Le film offre en outre une reconstitution historique toute en nuances, nimbée dans une photographie, entre noir et blanc et couleurs, de toute beauté.  


Scorsese est un cinéaste italo-américain qui a fait partie de la nouvelle vague hollywoodienne des années 70 avec Sidney Lumet (Tigerland vs La Colline des Hommes Perdus ), Coppola, Arthur Penn ou Altman. Ces réalisateurs se caractérisaient par leur souci de s'affirmer en tant qu'auteurs et donc d'obtenir le "final cut" (le montage final) pour échapper aux contraintes des studios et des producteurs. 

 

Clint Eastwood se situe plutôt comme un passeur entre le cinéma classique et le cinéma moderne.

On a dit de lui qu'il est le dernier des classiques. En fait, à l'instar d'un Coppola, il a  lui aussi éprouvé le besoin de produire ses films de manière indépendante et créé pour se faire sa propre maison de production, The Malpaso Company. 

 

Si l'on regarde d'un peu plus près, des films comme Honkytonk Man ( Nashville Lady, Honkytonk Man )Josey Wales et bien sûr Impitoyable sont en fait très modernes. D'abord par leur scénario sans fioritures, qui offrent une vision plutôt âpre, et partant plus réaliste que dans le cinéma hollywoodien, des sujets abordés.

Impitoyable est ainsi une véritable entreprise de démythification du western mais respecte aussi une des lois du genre avec le morceau de bravoure de la confrontation finale.  

 

 

Je disais plus haut que Scorsese avait réalisé avec Shutter Island un film qui  sort de son registre habituel.

 

En fait à mieux y regarder il ne s'est jamais laissé enfermer dans un style de film. Les films sur la mafia ne sont en fait pas si nombreux et il  a su se renouveler; d'Alice n'est plus iciWanda ou Alice n'est plus ici ? ) à Aviator en passant par Gangs of New-York , jusqu'à réaliser un remake d'un film hongkongais :  Les Infiltrés (où, pour le coup, il est bien question de la mafia).


En matière de réalisation Scorsese est un virtuose, ce que n'est pas Eastwood. Lorsque l'exercice n'est pas simplement de style comme dans Casino (son chef d'oeuvre, à la fois une histoire de Las Vegas et du crime organisé), Raging Bull  (film de boxe en n&b avec De Niro) ou Aviator (impressionnant biopic sur Howard Hugues) Scorcese se montre inégalable.

 

Finalement pourquoi trancher ? Ce sont tous deux de grands cinéastes. Allez , ne soyons pas trop normands : si on me mettait le couteau sous la gorge, je choisirai...Clint Eastwood !

 


 


Tag(s) : #Cinéma & DVD

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :