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http://bluehydrangeas.files.wordpress.com/2006/06/salinger.jpgJean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de Littérature, rend hommage, beaucoup mieux que je ne pourrais le faire, dans Le Monde daté 7-8 février, à l'écrivain J. D. Salinger qui vient de mourir à l'âge canonique de 91 ans.

Pour Le Clézio, Salinger était un maître et plus encore un modèle.
Il a ressenti un peu de chagrin lorsqu'il est devenu évident que celui-ci ne publierait plus mais, dit-il, Salinger a choisi de "dire les choses une fois et puis (de) se taire". Il avait droit, lui, à être parfait "pour toujours".

Si l'on en croit les "révèlations" de sa fille dans son livre L'attrape-rêve (ce qu'en dit en tout cas Wikipédia), Salinger, loin d'être parfait, était tout simplement un être humain, avec ses qualités, ses défauts et ses excès.

Son roman initiatique L'Attrape-coeurs est publié en 1951. Il publiera encore deux recueils de nouvelles en 1961, Franny et Zooey et 1963, Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers dont The Waste Land dit le plus grand bien ici ( link) puis cessera de publier.

Il serait sans doute intéressant à propos de comparer le nouvelliste Salinger et le nouvelliste Truman Capote.

Il ne fera plus aucune apparition publique. Certains auteurs, Kerouac par exemple, ont très mal vécu la notoriété et on peut comprendre que Salinger ait  refusé de jouer le jeu. Il n'a pas voulu jouer le jeu du "star système" et accepter le statut d'écrivain,  d'intellectuel, qui l'aurait obligé à donner son opinion, à s'exprimer et à se "positionner" sur les "sujets de société", la politique, les guerres, etc...

On peut se consoler en considérant que l'important c'est son oeuvre, ses livres et pas le personnage, public ou privé. 
L'avantage, si l'on peut dire, c'est que l'oeuvre est courte. Elle ne comporte pas cinquante titres mais trois. Il est donc assez aisé de tout lire.

Personnellement je n'ai lu que son roman, assez tardivement, en 2004. J'en conserve un excellent souvenir.
Comme le dit Le Clézio, l'auteur a su, à l'âge avancé de 30 ans, "nous glisser dans la peau d'un adolescent de 13 ans". Tiens c'est drôle, pour moi Holden Caulfield, le narrateur, était quand même un peu plus âgé que ça.

Salinger a aussi réussi à parler, à écrire "ado". Mais si vous faites lire le livre à un ado d'aujourd'hui il risque de vous dire que c'est juste une histoire de "voyou". J'ai fais l'expérience.

Bien sûr l'histoire se passe dans les années cinquante, c'est une toute autre époque. Quoique...
De toute façon il faut lire les 253 pages de ce "petit" livre, grand par le style et par la profondeur de son immersion dans la psyché adolescente et fugueuse.


On peut lire aussi, après 12 millions d'autres lecteurs ("12 millions d'exemplaires déjà vendus dans le monde"), un autre roman d'appprentissage L'Ombre du vent, publié par Carlos Ruiz Zafon en 2001.

Comme le roman de Salinger, c'est donc un best-seller. Un véritable exploit pour un livre qui n'est ni un thriller ni un livre de recettes de cuisine !


Il y a tout de même un policier et une enquête dans le livre mais ce n'est en rien un roman policier tel qu'on l'entend habituellement.


Il s'agit plutôt d'une quête, celle d'un adolescent dans la Barcelone de l'après-guerre, qui après avoir "adopté" un livre dans le Cimetière des Livres Oubliés, se met en tête de reconstituer la vie de son auteur, un écrivain "maudit" nommé Julian Carax.

La jeunesse de l'écrivain, entre Paris et la capitale catalane, finit par se confondre avec celle de son jeune lecteur, devenu un véritable fan.
Zafon joue avec sans doute un peu trop de maestria avec son lecteur et construit un roman labyrinthique, multipliant les récits dans le récit, les histoires dans l'Histoire, en prenant garde toutefois à ne pas perdre totalement son lecteur. 

Il faut bien admettre que l'on est scotché, mais en même temps, lorsqu'on tourne la dernière page, on est pas fâché non plus d'en voir le bout...

D'autant que contrairement à son illustre aîné Zafon prolonge son "immersion" tout au long des 637 pages de son roman...
On pourrait presque dire que L'Ombre du vent, plein d'artifices et d'artefacts, constitue l'exact antithèse de L'Attrape-coeurs.


Personnellement, même si la savante architecture de Zafon laisse admiratif,  je souscris davantage à l'oeuvre plus souterraine, plus "tripale", moins "m'as tu vu" , de Salinger.

S'il est certain que je lirais un jour ces deux receuils de nouvelles, il n'est pas sûr en revanche que je lise le nouveau succès de Zafon Le Jeu de L'Ange

 



   
Tag(s) : #Journal de lecture

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