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http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/0/4/4/9782841863440.jpgL'originalité de l'ouvrage c'est d'offrir le regard d'un étranger, en l'occurence d'un états-unien, sur notre pays.

Pas seulement celui d'un envoyé spécial ou d'un correspondant mais celui d'un homme qui se trouve être journaliste et qui vit en France depuis de longues années.

Aux Etats-Unis, dit-il dès l'introduction pour expliquer son désarroi face au pays le plus étatisé du monde, "on n'a même pas de carte d'identité".

Mais il dit plus loin que dans son pays d'origine, le permis de conduire en fait office. C'est pour lui l'occasion de dénoncer le "racket" qui s'est développé, en France bien sûr, autour de l'obtention du précieux sésame. En ce moment j'en sais quelque chose !

Au passage il nous apprend que l'ambassade US confisque le passeport de ses ressortissants vivant ailleurs que Rive gauche ou à Neuilly-sur-Seine. Etonnant pour le pays le moins bureaucratique du monde !

 

Même la carte de presse n'existe pas non plus aux USA.

Le marigot étatique va vite devenir un cauchemar pour celui qui, la cinquantaine approchant, désire se "mettre en règle".

Le chacun pour soi américain, observe t-il, est remplacé par le chacun pour moi français.

Un de ces amis "anti-fonction publique" estime que "les emplois de fonctionnaires devraient être réservés aux femmes et aux hommes de santé fragile. Le fait qu'ils soient accessibles à tous prive la france d'une part de ses ressources vitales".

Mais la paperasserie n'est pas le domaine réservée de la fonction publique. Ainsi lorsque Stanger envoie à son syndic la photocopie de la facture de l'assureur avec la mention "payée", on lui réclame une a-t-t-e-s-t-a-t-i-o-n.

L'obsession française de l'attestation se fonde en fait sur une profonde méfiance à l'égard de l'administré, toujours soupçonné de ne pas être en règle. On pourrait dire aussi qu'il s'agit d'obéir à un impératif de sécurité et de lutter contre la fraude. Mais est-ce bien ce qui motive la complexité de la moindre démarche administrative ?

En France, un contribuable de base qui reverse chaque année l'équivalent de la totalité de ses revenus du 1er janvier au 15 juillet en impôts, taxes et cotisations, est capable de sortir de la clinique (ou de l'hôpital) après une intervention sur ses hémorroïdes pour dire à tous :" c'est merveilleux notre Sécu, je n'ai rien payé de ma poche...".

Lorsque l'auteur découvre le bulletin de paye à la française il se sent gagné par une certaine nostalgie du monde du travail aux Etats-Unis et son bulletin de salaire qui a la taille réduite d'un chèque bancaire et un seul prélèvement obligatoire : 6% pour  la "Sécu" (en fait la retraite versée à partir de 66 ans).

Il rejoint Jacques Marseille quand il évoque une idée du patronat qui proposait d'ajouter la part "employeur" au salaire brut de l'employé pour ensuite le laisser payer toutes les cotisations. Ce qui reviendrait au même et pourrait aussi permettre à chacun de choisir entre retraite par capitalisation et retraite par répartition.

En France les fonctionnaires sont vus comme "des saints et des saintes sous-payés pour exercer un dur labeur,  sans stock-options ni prime d'intéressement..."

Mais quand il dit que si on avait plafonné les impôts à 60% des revenus aux Etats-Unis les contribuables auraient envahi Washington pour brûler la Maison Blanche il se trompe : l'Etat prenait 80% des revenus des "riches" en moyenne aux USA de 1932 à 1980 (Frédéric Lemaître; Le Monde 11/12-4-2010).

Nous sommes des adeptes de la politique tax and spend (taxer et dépenser) qui était aussi celle des Démocrates et qui aux Etats-Unis a garanti au parti républicain vingt ans de Reagan et de Bush & Fils.

Aux Etats-Unis 80 000 agents sont chargés de recouvrer l'impôt sur le revenu contre 125000 en France...Cherchez l'erreur !

Cela explique, ajoute t-il, qu'un plombier qui travaille au noir accepte volontiers d'être payé par chèque car on controle très peu. Mais qu'en pensent les plombiers qui sont en règle ?

En France on a même réussi à inventer les taxes sur les taxes (par exemple sur les factures EDF) !

Plus loin il admet que même aux Etats-Unis les agriculteurs sont subventionnés.

Malgré cette "pluie" de subventions l'existence des agriculteurs hexagonaux n'est pas rose si l'on en croit les manifestations actuelles et, aujourd'hui 27 avril, les tracteurs sur le périphérique parisien...

Pour ce qui est de la Sécu il propose, pour ceux qui en ont les moyens, de remplacer la Carte Vitale au profit de la carte Visa !

 

Autrement dit il estime, la santé étant un business qui coûte cher à l'Etat mais rapporte gros à l'industrie pharmaceutiques et aux pharmaciens, qu'une partie de ce coût pourrait être supporté par les consommateurs les plus aisés. On peut en conclure que la Sécu devrait être réservée aux plus démunis...

 

Dans le domaine de l'énergie le montant des sommes colossales investies dans le nucléaire par l'Etat demeure un secret.

La plupart des gens, par ailleurs, s'inquiète des OGM mais ignorent les effets néfastes de l'uranium ou des pesticides.

 

Dans le domaine culturel Stanger s'étonne que la décision de numériser des livres ait été prise seulement après que deux jeunes californien fondateurs de Google en ait eu l'idée en proposant à cinq grandes bibliothèques anglo-saxonnes de numériser plus de 10 millions de livres.

 

Depuis qu'il existe un ministère de la Culture, avec 25000 fonctionnaires culturels, où sont les nouveaux Balzac, Flaubert, Hugo, les nouveaux peintres impressionnistes, la nouvelle nouvelle vague, etc...?

A part Houellebecq et Nothomb qui, des créateurs français, est aujourd'hui mondialement connu ?

 

Le slogan « la culture n'est pas une marchandise » n'a nullement empêché le déclin de la culture française à l'étranger.

 

Quid des films sur la politique actuelle ? En France c'est un sujet tabou. Le peuple le plus politisé du monde, qui a donné à l'humanité 1789, n'y a pas droit.

C'est tout juste si on arrive à faire un film sur Mitterrand en fin de vie...

 

Stanger estime que l'art géré par des fonctionnaires finit toujours par servir leurs patrons, les élus, plutôt que le public.

 

Aucune palme d'or à Cannes pour le cinéma français depuis vingt ans, affirme t-il. Là il se trompe les Frères Dardenne en ont eu deux et Entre les Murs l'a même eu en 2008.

 

L'élitisme culturel domine par exemple à travers le festival d'Avignon, show estival fréquenté essentiellement par des bobos.

 

En tant que journaliste il a droit aux « congés spectacles ». Les employeurs du spectacle versent 10% à une caisse qui les reversent aux « artistes ». Pourquoi ne verseraient t-ils pas directement ces 10% comme le fait RTL pour les journalistes pigistes ?

 

En ce qui concerne le monde du travail, la masse du travail non déclaré ne disparaitra pas tant que les cotisations à l'URSSAF feront doubler le coût de la main d'oeuvre.

 

Plus loin on apprend que pour avoir un appart' aux Etats-Unis il faut juste, comme documents, un...chèque pour payer le premier mois et la caution.

Marseille a bien montré qu'à force de protéger le locataire on a considérablement diminuée l'offre de logements locatifs.

Solution à la française (Stanger n'en parle pas) : la taxe sur les locaux vacants. Il fallait y penser !

Parallèlement on a mis au point toutes sortes de crédit d'impôts pour inciter les propriétaires à investir dans le secteur locatif.

 

Les experts français en logement public ont réussi à rivaliser avec la triste performance américaine en matière de...ghettos !

 

Il admet que l'Amérique a besoin de plus de logements sociaux. New York par exemple ne comptent que 417000 personnes vivant dans un HLM.

 

L'apartheid scolaire est un problème aussi aux Etats-Unis où les établissements scolaires jouissent pourtant d'une beaucoup plus grande économie et où par le « busing » et d'autres pistes, on essaye avec un certain succès de mélanger les classes (dans les deux sens du terme)...

En France la fonction publique applique aveuglèment des règles théoriques qui ne changent pas suffisamment la donne sur le terrain...Cela au nom de la sacro-sainte Egalité.

Or pour jouir de l'effet ascenseur social il vaut mieux avoir un parent prof...

 

Stanger va jusqu'à se demander à quoi servent les profs (attention : terrain miné !), citant le cas d'un prof de philo (après celui du prof de maths qui disait à ses élèves «Si vous ne comprenez pas, je ne peux pas vous expliquez !»), trop occupé par le syndicalisme pour assurer ses cours et dont les élèves ont eu un taux de réussite de 9,09 de moyenne contre 9,54 pour une autre classe avec un prof présent !

 

Quant à l'idée que les profs n'ont pas à jouer le rôle de surveillant, Stanger pose cette question : Comment fait-on dans les autres pays, y compris le mien ?

 

J'en profite pour ajouter mon grain de sel (c'est moi qui parle et non Stanger). Autre tabou : les mauvais profs. Il n'y a pas de mauvais profs (ce serait bien la seule profession dans ce cas) seulement de mauvais élèves !

 

Et l'absentéisme ? Le seul absentéisme qui pose problème, c'est celui des élèves, celui des profs il n'en est jamais question. Pourtant l'élève absent ne fait du mal qu'à lui-même tandis que le prof absent pénalise toue la classe !


Mais Stanger continue : le zonage scolaire limité à trois zones, pour « étaler » les vacances scolaires, étonne l'américain qui dans son pays en dénombre...15000 !

 

Résultat : pas de « grands départs » et beaucoup moins d'autoroutes congestionnées.

 

Et le bac ? 4000 lycées réquisitionnés, 140000 correcteurs, un million de collégiens (lycéens ?) flanqué à la porte de leur établissement pendant les épreuves. Tout ça pour un examen qui élimine...5% des élèves (après le repêchage et les redoublements)!

 

J'ai quand même envie d'en rajouter une couche : on a fait semblant de raccourcir les vacances d'été mais dans les faits les élèves n'ont pratiquement pas cours en juin (à cause des examens, le dernier conseil de classe a en général lieu début juin).

 

Ma solution : supprimer la moitié des « petites » vacances scolaires (une semaine au lieu de deux, ce n'est déjà pas mal, non ?) et permettre ainsi d'alléger la journée des élèves...et des enseignants ! On sait qu'un enfant ne peut pas rester concentré plus de quatre heures par jour de toute façon !

 

Stanger rappelle que l'une des mesures « phares » de Jack Lang a été d'ajouter une semaine aux vacances de la Toussaint qui n'en comptaient qu'une !

 

Les médias français s'étaient émus de ce que des travailleurs sur le chantier des JO d'Atlanta n'avaient pas de logement. Je me souviens que l'un d'eux vivait dans une cabane.

Dominique de Villepin a lui découvert qu'en France on pouvait être SDF avec un CDI. Sur ce point la France fait maintenant aussi bien que l'Amérique !

 

Un autre « étranger », lui aussi fin observateur de l'hexagone, un canadien cette fois, notait que le taux élévé de prélèvements obligatoires « ne fait bénéficier de ses largesses que ceux qui en ont désormais le moins besoin, au détriment des jeunes, des chômeurs, des femmes et des jeunes issus de l'immigration ».

 

Le principal problème vient de la multiplication des lois, décrets, ordonnances et réglementations qui entraînent invariablement un accroissement du nombre de fonctionnaires pour les mettre en oeuvre et veiller à leur bonne application.

 

Il y a, nous dit-il, un fonctionnaire de la marine pour trois marins.

 

L'Etat français, à travers sa fonction publique, a crée un pays où il fait relativement bon être défavorisé, malade, fainéant et chômeur.

 

Une autre notion "typiquement" française sur laquelle Stanger s'interroge c'est la précarité. Manifestement Stanger ne comprend pas ce statut. Cela ne lui parle pas. Peut-être parce qu'au Etats-Unis on n'hésite pas à cumuler les emplois, lorsqu'un seul ne permet pas de vivre.

 

 

Il ne comprend pas davantage le statut des intermittents. Pourquoi, entre deux rôles, ne trouvent-ils pas un petit boulot ?

 

Pourquoi faut-il générer des entreprises ? Afin de créer des emplois et de la richesse pour soutenir un Etat de plus en plus endetté.

 

Stanger note qu'un Jacques Marseille, le pape des réformistes, est autant aimé qu'un père fouettard.

 

Et pourtant la France réussi, pour l'instant, le tour de force de rester dans le peloton de tête des nations ! Le modèle français ne serait donc pas si mauvais ?

Tag(s) : #Journal de lecture

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