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http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS3_6qAW7a-5-r_LQSXPS1Yft4SGPOkT5TdEIX7hzlgM5GjfUYwDieter Dengler est né en 1938 à Wildberg, un petit village de la Forêt-Noire. En 1944 sa mère est informée du décès du père de Dieter en Russie. Peu après les avions de chasse alliés mitraillent la gare de Wildberg. Les appareils volent si bas, à quelques mètres au dessus du sol, que Dieter peut aisément distinguer les visages des pilotes et leurs grosses lunettes noires. Les enfants du village considèrent ces raids aériens comme des jeux. Dieter est captivé par ces avions au fuselage harmonieux, par ces moteurs qui grondent d'une manière terrifiante.

Plus tard à Calw, après de nombreuses épreuves dues à l'occupation et à l'absence de ravitaillement, Dieter travaille comme outilleur-ajusteur dans le même atelier d'où s'était enfui Herman Hesse quelques années plus tôt.

 

Il parvient finalement à rejoindre les Etats-Unis et s'engage dans l'armée de l'air. Son bataillon est affecté au parc de matériel de différentes bases. Quelques années plus tard il réussit les épreuves offertes aux engagés qui souhaitent devenir pilotes. Puis réussit les tests d'entrée pour l'école aéronavale de Pensacola. A l'issue d'un entraînement intensif il reçoit sa feuille de route pour le Vietnam.

 

Dès que son porte-avions quitte la base Dieter rassemble ses affaires de survie incluses dans le kit distribué à tous les pilotes et le complète de quelques autres choses suceptibles d'être utiles.

Notamment des pilules jaunes censées remédier à presque tout, des tablettes de sel et des pilules énergétiques. Mais aussi des morceaux de boeufs séchés, des tranches de saucisson épicé et des noix caramélisées.

Il demande au gréeur de parachutes de lui confectionner un sac de couchage en cousant ensemble deux toiles de nylon vert foncé d'un mètre sur deux et d'y ajouter une fermeture éclair au sommet.

Il prétend avoir perdu sa carte d'identité et en demande une nouvelle. Il trafique les semelles de ses chaussures de marche allemande non réglementaires afin d'y dissimuler sa véritable carte d'identité et un exemplaire des Conventions de Genève.

Il a aussi caché 100 dollars dans chacune des languettes de ses chaussures. Il a également conservé son vieux passeport allemand périmé. Et la liste n'est pas close...

Il ne s'arrête pas là et adopte le nom de Wilson qu'il note sur son casque, sa combinaison et tous ses autres équipements. Superstition, prémonition ou précautions d'usage ?

A croire qu'il se doute qu'il va lui arriver quelque chose...

 

La première mission est programmée le 2 février 1966.

Les Skyraider - des bombardiers Douglas monomoteurs à pistons - traversent le Vietnam et s'enfoncent au Laos. 

Dieter découvre une jungle verdoyante, parfois percée d'une falaise blanche culminant à plus de 600 mètres d'altitude.

 

Alors qu'il manoeuvre afin d'être bien positionné son Skyraider plonge en avant et commence à vibrer violemment. Il relâche les gaz, conscient d'avoir été touché et empoigne le manche des deux mains en hurlant de toute la puissance de ses poumons. Il essaye de contacter les autres appareils mais la radio ne fonctionne plus. Son avion a piqué du nez et chute quasiment à la verticale. Il lâche ses bombes et libéré de ce poids, l'avion bondit dans le ciel.

Mais deux nouvelles explosions rendent l'appareil totalement incontrôlable. Une seule solution : sauter.

 

Pour cela il faut d'abord larguer la verrière après avoir défait les sangles d'attache. Puis il faut grimper sur le siège.

Une nouvelle explosion secoue l'appareil et il décide de reprendre les commandes. Il réussit à se sangler à nouveau après s'être débarrassé de son parachute. 

Il passe in-extrêmis au dessus d'une crête verdoyante et jette ses codes d'identifcation, ses notes et ses cartes tout en cherchant un endroit où atterrir. Il repère une petite clairière à environ 800 mètres devant lui. 

Son esprit et ses mains suivent de manière confuse toutes les procédures prévues en cas de crash.

Il a la présence d'esprit de larguer ses réservoirs d'essence externe.

 

Son aile gauche accroche le sol et projette le nez de l'avion contre la terre.

 

Les 8 tonnes du Skyraider rebondissent dans l'air puis l'appareil culbute encore et encore comme s'il faisait la roue.

 

Dieter crie en fermant les yeux, les bras repliés devant son visage, à travers cette cacophonie de tôle arrachée et de terre labourée.

 

Enfin, tout devient silencieux.

 

Son avion a été abattu, lors de sa toute première mission, derrière les lignes ennemies, au Laos.

 

Depuis son enfance en Allemagne, durant et après la guerre, il avait appris à se prendre en main. En sa qualité d'ancien scout, il avait l'habitude d'effectuer de longues marches et de vivre en plein air. Au cours de son entraînement au sein de la Navy, il avait suivi le programme de formations à l'évasion à Warner Springs, en Californie et avait été la première recrue qui avait réussi à s'évader à trois reprises.

 

Mais pour l'instant, alors qu'il s'est déjà éloigné de l'épave, il se fait tirer dessus. En rampant il se dissimule dans des buissons. Il entend un son tout proche et aperçoit des pieds marrons foncé à un mètre de lui.  C'est son premier Pathet Lao, vêtu d'un pagne et tenant à la main une longue machette.

Il est obligé de détruire sa radio et d'abandonner son calibre .38.

 

Cette fois il parvient à s'échapper. Il décide d'aller d'abord vers le Nord parce que l'ennemi va supposer qu'il cherchera plutôt à aller vers l'ouest, vers la Thaïlande.

 

Après quelques péripéties, c'est la capture. Après avoir traversé un sentier à quatre pattes, Dieter entend quelqu'un crier " Yute, Yute !" et ses yeux rencontrent le canon d'acier froid d'une carabine M1, directement pointée sur mon visage.

 

Il tente de se faire passer pour un civil allemand mais tout ce qu'il récolte c'est un violent coup de crosse sur la nuque.

 

Ses gardes semblent vouloir l'emmener au Nord-Viêtnam...

 

Plus tard, alors qu'un chef de village fait signe à leur groupe de s'en aller parce qu'il n'y pas de nourriture pour eux, Dieter constate que ses gardes n'aiment pas qu'on leur dise ce qu'ils ont à faire. Ils sont jeunes, aucun n'a plus de 20 ans, le moins âgé ayant environ 13 ans. Ils décident d'aller vers le village sans permission mais les villageois tirent un coup de semonce et ils renoncent devant le risque de fusillade...

 

Dans un village, où une patrouille de Viêts prend Dieter en charge, des cris et des hurlements rompent soudain le calme. Une explosion assourdissante retentit à proximité. " Des bombes ! ". Tout le monde se réfugie dans une galerie. Dieter a failli se faire tuer par les siens...  

 

Dieter n'est pas toujours maltraité. Un matin il se réveille à côté de quelqu'un qui s'est blotti contre lui pour se réchauffer. Une couverture a été étalée sur eux....

 

Souvent on marche sans faire de halte jusqu'à ce qu'il ne reste plus que quelques minutes avant que le soleil ne disparaisse derrière la montagne...

 

Dieter est interrogé par un homme qui lui parle en français. Tout en regrettant de ne pas avoir mieux étudier cette langue à l'école, il éprouve d'abord une joie infinie à l'idée d'avoir trouvé quelqu'un avec qui parler .

 

Il a le droit d'écrire deux lettres, une à sa mère et une à sa fiancée. Bien que réticent il se laisse photographier.

Le chef de province s'interroge : " Comment avez-vous pu vous faire avoir par les Américains ? Ils ont tué votre père (plutôt les russes en fait) et rasé vos villes et, maintenant, vous allez leur sacrifier votre vie. " 

Dieter répond qu'il ne fait que son devoir et refuse de signer une déclaration condamnant les bombardements américains....

 

Plus tard ses gardes, dont il a dénoncé les mauvais traitements à son égard, le passent à tabac...

 

Une nuit, dans un village, il parvient à défaire ses liens et à s'enfuir dans la jungle. Il a pu récupéré son sac de couchage, ses chaussures et, en prime, une machette.

 

Il décide de rejoindre une montagne qu'il aperçoit au loin. Alors qu'il a déjà commencé à grimper, il entend les Laotiens l'appeler " Americale ! Americale ! ".

 

Bien qu'au cours d'un briefing on lui ait dit qu'il était impossible d'escalader une montagne karstique, c'est précisément ce qu'il est en tran de faire. Il espère que de là-haut il pourra envoyer des signaux à l'aide d'un petit miroir.

 

Toute la matinée il attend en vain le passage d'un avion. Vers 15 h il est assoiffé et au bord de l'évanouissement.

 

Il doit redescendre. Son but : retouver un trou d'eau où il s'est déjà désaltéré. Il étanche sa soif mais il se retrouve submergé d'hommes qui crient, s'agitent, hurlent.

 

Nouveau passage à tabac mais cette fois, petite inovation, il est suspendu à une branche d'arbre, la tête en bas.

 

Sa main gauche, trop longtemps immobilisé, pend désormais mollement à l'extrémité de son poignet. A sa grande surprise, une fois confié à des soldats réguliers de l'armée nord-vietnamienne, on lui rend ses chaussures et son sac.

 

Puis c'est enfin l'arrivée au camp de prisonniers avec sa palissade de bambous aux extrémités aiguisées de 4,50 mètres de haut.

 

Il y fait la connaissance de Duane, un pilote d'hélicoptère de l'Armée de l'air, qui est là depuis 9 mois.

Les autres, Procet, un thaïlandais, Y.C. Tou, un Chinois, Phisit et Thani, des asiatiques, Gene, un américain, qui sont là depuis deux ans et demi, appartenaient à Air America, la compagnie de transport aérien proche de la CIA, opérant en Asie du Sud-Est.

 

Pour Dieter ces durées de détention sont ahurissantes : on lui a dit qu'on le libérerait dans dix jours.

 

Un garde au visage écrasé, que ses compagnons de cellule, ont baptisés Nook the Rook, lui emprisonne les pieds dans un carcan de bois. Il découvrira vite qu'il est assez aisé de s'en libérer.

 

Il est à nouveau interroger par les soldats vietnamiens restés dans le village voisin. C'est Little Hitler, ainsi que l'ont surnommé les prisonniers, accompagné d'autres gardes qui a conduit Dieter et Procet, qui fera la traduction, en dehors du camp.

 

Quand on lui demande de décrire son avion, il dessine sur le sol un appareil avec neuf moteurs, cinq sur l'aile gauche et quatre sur l'aile droite !

 

Finalement on l'enferme dans la même hutte que les autres. En plus des carcans, ils sont menottés pour la nuit mais il est possible de se débarasser des menottes presque aussi facilement que des carcans.

 

Enfermés dans un espace confinés, Dieter estime que c'est un miracle qu'ils ne se soient pas entretuer : ils se querellent parfois mais il leur arrive aussi de rire avec une telle ardeur qu'il a l'impression qu'il va exploser.

 

Il y a deux ans Gene a reçu un petit colis de la " maison " mais les gardes se sont servis d'abord ne lui laissant presque rien.

 

Un jour, alors qu'on leur a annoncé qu'on les emmenait à Yamalat, où se trouve le chef de province, on les tranfère dans un autre camp, très proche du précédent mais mieux camouflé.

 

Sous l'emprise de ses superstitions, un garde, surnommé Crazy Horse, n'hésite pas à ouvrir le feu sur la jungle en direction d'un endroit où il pense qu'un fantôme se cache.

 

Dieter a peu à peu retrouvé l'usage de sa main gauche.

 

Les prisonniers doivent parfois rester assis à la même place toute la journée, menottés les uns aux autres, dans un air étouffant et infesté de moustiques, suffoquant dans la puanteur de leur merde.

 

Régulièrement le riz vient à manquer. Pour les prisonniers comme pour les gardes. Certains d'entre eux partent alors en expédition pour en trouver.

 

Les prisonniers décident d'un commun accord de s'évader lorsque viendra la mousson. En économisant sur leurs maigres rations, ils parviennent à stocker et à faire sécher du riz.

 

Même habitués à manger des rats morts nauséabonds et des asticots, la purée de tétards que leur apporte celui qu'ils appellent le vieil homme, est difficile à avaler.

 

Puis, après de multiples préparatifs, arrive le moment tant attendu : la nuit de l'évasion.

 

Dieter réussit à se glisser dans la hutte des gardes pendant que ceux-ci sont dans la cuisine.

Il récupère deux fusils chinois qu'il lance à Procet et Phisit et s'empare d'un M 1.

 

Mais les gardes ne se laissent pas capturer sans opposer de résistance. Ils surgissent de la hutte et commencent à tirer.

 

Dieter abat l'Idiot, qui se précipite vers lui sa machette brandie au-dessus de sa tête, d'une balle à bout portant.

 

Finalement il s'enfuit avec Duane.

 

Plus tard, après diverses péripéties, ils réussissent à faire un feu et à attirer l'attention d'un C-130 qui lance une fusée éclairante puis une autre. Pour eux aucun doute, ils vont être sauvés. Ce qu'il faut c'est rester vivant jusqu'au lendemain matin pour accueillir l'hélicoptère.

 

Mais le lendemain aucun hélicoptère ne se montre.

Ils se sentent abandonnés.

 

Alors qu'ils s'approchent d'un village abandonné à la recherche de nourriture, ils sont repérés et un villageois surgit devant eux les deux mains levées au-dessus de la tête et agrippées au manche d'une machette.

 

Après un moment d'hésitation il tranche net la tête de Duane.

 

Puis comme Dieter lance ses mains vers lui, il s'enfuit.

Dieter ne demande pas son reste et rebrousse chemin. Il échappe in extremis au piège que les villageois essayent de refermer sur lui.  

 

Plus tard alors qu'il est caché au bord d'une rivière, dix-sept paires de jambes défilent devant lui : des Viêt Cong, tous armés.

 

Il commence à les suivre. Il peut observer ses pisteurs en train de le traquer ! Dieter est si affaibli qu'il commence à avoir des hallucinations. Il entend Duane lui parler.

 

Il n'arrête pas de s'évanouir, de sombrer dans l'inconscience, de vomir. Mais une force inexplicable le fait aller de l'avant.

Il s'engage dans le lit d'une rivière, tue un serpent et en mange la moitié. Soudain il entend le grondement d'un camion.

Puis il réalise que c'est un avion.

 

Un Skyraider ! Il essaye de confectionner un SOS mais ne se souvient plus dans quel sens le " S " doit s'écrire...

 

Un second Skyraider tournoye maintenant dans le ciel. Le premier avion bat des ailes pour signaler qu'il l'a vu.

 

Puis 2 hélicoptères arrivent. Il faut faire vite : les Viêt Cong descendent dans le canyon et commencent à tirer.

 

Un Sikorky HH-3E se positionne au dessus de lui et un harnais de sauvetage commence à descendre.

 

Et enfin ça y est : il est à bord de l'hélicoptère. Il pleure et pleure encore puis le monde se brouille autour de lui.

 

C'est à la détermination d'un jeune pilote de Skyraider qu'il doit sa survie. Son grade lui a permis d'exiger l'envoi d'hélicpotères. 

Dieter était dans un tel état de dénutrition qu'il serait sûrement mort le lendemain.

 

Plus tard Dieter fera le tour du monde - en moto, en auto-stop et à pied. Une pensée ne le quitte jamais : je suis vivant et je suis libre.

 

Dieter Dengler est mort, libre, en 2001.

 

Werner herzog a d'abord réalisé un documentaire sur cette incroyable histoire puis un film hollywoodien avec Christian Bale.

Tag(s) : #Journal de lecture

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