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C'était la première fois que j'allais au BAL sans partenaire. Le BAL est un espace d'exposition qui vient de fêter son second anniversaire, situé impasse de la Défense, métro Place de Clichy.

 

On peut y voir, en ce moment, une exposition consacrée au photographe Paul Graham. Une double exposition en fait puisqu'on y montre des photographies de 1984, regroupées dans une série intitulée Beyond caring mais aussi une série plus récente The present (2011).

 

En 1984 PG entreprend de photographier des salles d'attente et des couloirs. Celles et ceux des agences pour l'emploi, dans des lieux parfois improvisés, où se retrouvent tous les britanniques réduits au chomage par la politique économique agressive de Margaret Thatcher.

 

http://md0.libe.com/photo/457958/?modified_at=1349342654

PG n'est pas seulement un observateur : il est, lui aussi, au chômage. Prises sur le vif, sans qu'hommes, femmes, parfois enfants se rendent compte qu'ils sont photographiés, ses photos s'exposent en grand format, comme c'est l'usage désormais. Depuis quand expose-t-on la photographie de cette façon ? Longtemps la technique l'a interdit. Ce serait intéressant de savoir quel a été la première expo montrant des photos grand format. Avant d'être exposée, la photographie a du d'abord faire l'objet de livres. Une question à creuser...

 

De toute façon les deux séries font également l'objet de livres, avec les photos bien sûr mais aussi de nombreuses pages blanches, que l'on peut consulter sur tablette dans une petite salle.

 

Beyond en argentique, The present en numérique. Beyond : dedans. The present : dehors. Pour cette série PG a réalisé plusieurs dizaines de milliers de clichés parmi lesquels il en a sélectionné une poignée.

Le photographe numérique doit choisir son cadre mais aussi, bien plus qu'avant,  parmi d'innombrables images, celles qui font sens.

 

Sur place on se dit que la première série, moins conceptuelle, avec la patine donnée par le temps, ses personnages aux vêtements et à l'allure post-seventies, ses rouges vifs et ses cadres à bascule, est de loin la plus intéressante.

 

L'autre série, qui a demandé une si sévère sélection, revêt après coup une importance moindre même si on aime beaucoup certaines images comme celle-là.

Et on l'aime peut-être plus dans ce format réduit qu'en vrai.

http://www.le-bal.fr/wp-content/thumbs/Wall_Street_19th_April_2010_12-46-55pm1-635x635.jpg

En fait c'est celle de droite que je voulais. Où l'on retrouve son goût du rouge. Sans ce rouge et cet orange, la photo aurait été grise. Il ne montre pas exactement une arrière-cour mais, pourrait-on dire, une contre-allée. Un lieu de passage sans rien de remarquable mais où se déroule néanmoins un épisode de la comédie humaine...Un homme en chemise téléphone. Un autre sort du cadre. Un 3ème poireaute. Une femme quitte le cadre. Mais surtout l'homme au sac à dos, de dos, semble, lui, observer la scène. Presque comme un alter-ego du photographe. L'image se suffit à elle-même, nul besoin d'une "suite" ou d'un "avant". Ou peut-être que si ?

 

En tout cas ce qui est sûr c'est que le discours compte autant sinon plus que l'oeuvre elle-même. Voilà un travers bien contemporain. PG philosophe volontiers lorsqu'il commente son travail. Sur place une guide commentait abondamment les images du photographe. "Certains disent qu'ils pourraient faire la même chose. C'est à la fois vrai et faux. PG a réalisé plus de 30 ou 40000 photographies, etc... ».

Autre symptome : les artistes photographes contemporains produisent des images en apparence banales, des images littérales qui semblent se défier et même fuir le "beau".

Avant un travail conceptuel donnait mal à la tête, on n'y comprenait rien (même si c'était beau), c'était complexe et compliqué.

Rien de tel aujourd'hui. Banales et littérales mais réalisées avec un matériel et dans un format que vous ne pouvez pas vous offrir... 

L'idée de juxtaposer 2 photos prises à quelques secondes d'intervalle ne paraît pas à première vue révolutionnaire. The present. Un titre en lui-même ambitieux. Au moment de quitter la salle en sous-sol qui abrite la moitié des photographies retenues pour cette série (c'est donc une double expo mais aussi une demi expo), j'ai embrassé du regard toutes les photos, dont certaines posées à même le sol : l'ensemble est profondément cohérent.

 

La plupart des photographes cherchent à fixer des moments singuliers. PG lui s'intéresse plutôt à ce se passe quand il ne se passe rien.

Ce que confirme Paul Graham mais en ajoutant une autre dimension : essayer de "capturer l'essence d'un moment, d'un personnage ou d'une situation souvent échoue alors qu'une photo qui ne se veut rien de plus qu'un mémento peut étrangement y parvenir...".

Tag(s) : #Expos

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