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http://bougaud.free.fr/hippo/biblio/Oragesdacier01.jpgA 17 ans, Ernst Jünger s'enfuit de chez lui pour s'engager dans la Légion étrangère française. Rentré en Allemagne, il s'engage dans les corps-francs et participe en première ligne à la première guerre mondiale de 1914 à 1918.

 

Arrivé à Bazancourt, petite ville de Champagne, les jeunes recrues tendent "l'oreille au rythme lent des laminoirs du front, mélodie qui, durant de longues années, allait (leur) devenir familière."

 

Jünger tient, sous forme de journal, une chronique quotidienne de la guerre de tranchées. 

 

Lorsqu'on sort de la tranchée en rampant  "on tremble sous l'effet de deux sentiments contradictoires : l'émotion du chasseur, portée à son comble, et l'angoisse du gibier".

 

"Les gros et petits calibres, percutants, fusants, à retardement, non éclatés, culots et shrapnells s'unissaient en un pandémonium qui affolait les yeux et les oreilles."

 

Jünger sait trouver les mots : "...les gros calibres dégringolaient devant nous comme une paroi de feu...les coups pleuvaient si drus qu'ils semblaient s'abattre sur le casque et les épaules, et qu'ils fouissaient la terre sous les pieds comme de grosses bêtes."

 

Le pire ne sont pas toujours les bombardements incessants : "J'y pus observer qu'aucun tir d'artillerie n'est capable de briser la volonté de résistance aussi radicalement que le froid et l'humidité."

 

" Je m'installais avec les officiers des transmissions, des gaz et des lance-mines dans une baraque en bois légère qui n'incarnait pas précisément l'idéal d'un abri à l'épreuve des bombes."

 

L'attente est parfois pire que le combat : "...on cherche à s'occuper le plus possible pour échapper au ver rongeur des pensées."

 

Jünger me manque pas d'occupations, il lit beaucoup et pas seulement en permission, y compris des journaux français et anglais trouvés dans les tranchées ou simplement à Berlin lors d'une permission.

 

Il sait prendre de la hauteur : "...la double bataille de Cambrai. Elle entrera dans l'histoire comme la première tentative de rompre par de nouvelles méthodes l'encerclement mortel de la guerre de positions."

 

L'adversaire, le plus souvent, ce n'est pas le Français mais l'Anglais voire l'Ecossais, l'Hindou ou le Neo-Zélandais...

 

Lorsqu'il faut se mettre en route pour la première ligne on se sent comme " un animal sauvage  qu'on traîne hors de sa tanière, un marin qui voit s'abîmer sous ses pieds la planche de salut...".

 

Le 16 juin 1917, on entre en quelque sorte dans une guerre nouvelle. "Ce que nous avions connu jusqu'à présent, sans d'ailleurs le savoir, c'était la tentative de gagner la guerre par des batailles rangées d'ancien style et l'enlisement de cette tentative dans la guerre de positions. Maintenant, c'était la bataille de matériel qui nous atendait, avec son déploiement de moyens titanesques. Celle-ci fit place à son tour, vers la fin de 1917, à la mêlée organisée des blindés...".

 

L'esprit parfois joue de drôles de tours : "Qu'il me soit permis de mentionner, à titre de curiosité, que la première pensée qui m'occupa après mon entrée dans ce nid de mitrailleuses fut celle d'un refroidissement dont je souffrais ce jour là. L'enflure des amygdales m'a toujours inspiré des soucis quant à ma santé; aussi me tâtais-je le cou et je constatai, rassuré, que le bain de vapeur de premier ordre que je venais de subir m'en avait débarrassé."


La Grande bataille (la grande offensive du 21 mars 1918) marqua un tournant dans ma vie intérieure, et non pas seulement parce que désormais je tins notre défaite pour possible.


On peut parfois lire dans les "minuties" de la guerre des annonces étranges : "le commandant X a perdu un fox-terrier taché de noir répondant au nom de Zippi...".


La relève est toujours un soulagement : " Nous poussâmes tous un soupir de soulagement lorsque nous eûmes tourné le dos à Puisieux, autour duquel grondaient, montant dans le ciel, les orages d'acier du grand combat final. "


Blessé à maintes reprises, Jünger recevra la Croix Pour le Mérite. 

Tag(s) : #Journal de lecture

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