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http://s1.e-monsite.com/2010/06/02/02/resize_550_550//1980_NORMANDIE-NIEMEN-UN-TEMPS-POUR-LA-GUERRE.jpgLe titre complet du récit d'Yves Courrière,  Normandie-Niemen Un temps pour la guerre, lui a été inspiré par une citation de l'Ecclesiaste (chap II, 3/8) " Il y a le moment pour tout, et un temps pour tout faire sous le ciel : Un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour la guerre et un temps pour la paix. "

 

«  Normandie-Niemen » : un nom connu, une aventure ignorée…

On sait en général que des pilotes français ont combattu les nazis sur le sol russe, auprès des soviétiques, durant la seconde guerre mondiale.


Combien étaient-ils ? Qui étaient-ils ?

A ces questions et à bien d’autres on trouvera les réponses dans l’ouvrage d’Yves Courrière qui retrace par le menu la saga devenue légendaire de la célèbre escadrille.

 

De plus Normandie Niemen constitue en quelque sorte, pour moi, une suite au livre de Jean Lopez (Koursk...), puisque l’escadrille a accompagnée la contre-offensive soviétique de la bataille de Koursk jusqu'aux confins de l'Allemagne...

 

Si pour Churchill et l'Angleterre la situation paraît désespérée, que dire, en ce printemps 1941, de celle du général de Gaulle et de sa poignée de Français libres ?

 


On le sait peu mais le 8 juin de Gaulle engage en Syrie et au Liban, contre les forces de Vichy, 6 000 hommes et une poignée de chars, de canons et d'avions. Il faut à tout prix éviter que les Anglais gagnent seul la bataille.

Le 24 juillet les troupes vichystes capitulent...

 

Les premiers mois de 1942 sont tout aussi catastrophiques. Les Etats-Unis, en guerre depuis Pearl Harbour - le 7 décembre 1941 - ont essuyé échec sur échec en Extrême-Orient et dans le pacifique.

Vichy signe avec Tokyo un accord de défense en commun de l'Indochine.

En Russie l'offensive de printemps peaufinée par Hitler doit mettre un terme à la résistance désespérée de l'Union soviétique.

 

Quant aux Anglais leur situation en Méditérranée est pour le moins critique.

 

C'est dans ce contexte peu propice que naquit à Carlton Gardens, à Londres, l'idée folle de créer une unité de Français libres combattant aux côtés des Russes sur le territoire soviétique.

 

Il faut dire que l'état-major anglais refuse que les unités françaises combattent en Lybie.

A Londres le jeune chef du 2è bureau des F.A.F.L., Albert Mirlesse, a une longue conversation avec un officier de l'armée de l'air française ralliée à la France libre, le colonel Charles Luguet, ancien attaché de l'Air à l'ambassade de France à Moscou.

 

D'après lui rien n'est joué en Russie. Grace aux facultés de résistance du peuple soviétique, " la guerre sera longue et dure. Les jeux sont loin d'être faits.... "

 

Puisque les Anglais ne veulent pas des deux divisions légères de de Gaulle, celui-ci allaient les proposer aux Russes !

En prime il y ajouterait quelques-uns des excellents pilotes des F.A.F.L. 

 

Parmi eux il y aura, tout naturellement, des descendants de Bolcheviks mais aussi des descendants de Russes blancs, des juifs, des Parisiens, des Normands, un Breton, un Provençal et deux comtes !

Ils rejoindront l'URSS, et d'abord les Forces Françaises Libres, après des périples parfois compliqués qui auront obligés certains à parcourir la moitié du globe…  

 

En Russie Leningrad, assiégée, meurt de faim. La ration des combattants est réduite à 200 grammes de pain par jour - et quel pain ! -, celle des civils à 125 grammes. Les autorités ont interdit la vente de viande sur les marchés. Il n'aurait pu s'agir que de chair humaine !

 

Sur place, l'escadrille " Normandie ", les " ambassadeurs du courage " comme les baptisera plus tard Ilya Ehrenbourg,  porte son choix sur les chasseurs soviétiques Yak 1, au grand dam des chancelleries occidentales.

 

Les rapports avec les femmes soviétiques sont parfois étranges. Ainsi Michel Schick qui a obtenu un rendez-vous avec une certaine Natacha l'entend soudain lui demander s'il a entendu parler des purges de staline en 1936-37 ?

Prudent il réserve sa réponse. Elle insiste : ce salaud de Staline a fait exécuté une bonne partie des 35 000 officiers de l'armée. Cette ordure a conduit notre peuple à la catastrophe...c'est un fou, un paranoïaque...buvons à la mort de ce porc !

Mais Michel, qui a préparé le concours de Sciences Po, comprend soudain la manoeuvre, se lève se dirige vers la porte en disant : " Vous tenez un langage irresponsable qu'un officier français en Union soviétique ne saurait entendre ! "   Alors Natacha s'excuse et explique que c'était les ordres... 

 

Le Yak 1, même s'il n'est pas le seul dans ce cas, offre la particularité d'avoir des mitrailleuses qui tirent à travers l'hélice...celles-ci doivent donc être soigneusement réglées.

 

Les pilotes français ne sont pas venus seuls, sur le sol russe, des mécaniciens les ont accompagnés.

Malheureusement ceux-ci ne sont, dans l'ensemble, pas assez qualifiés. Certains sont même jugés dangereux.

Finalement ils seront tous remplacés par des mécaniciens russes.

 

Le recrutement des pilotes n'a pas été de tout repos. A Londres Pierre Pouyade, le deuxième commandant de l'escadrille, fait l'article. Avec les plus jeunes il joue le gros tambour du soudard héroïque : " Qui est-ce qui veut se faire tuer, pas baiser pendant six mois et bouffer de la merde ? "

 

Et ça marche!

 

Plus tard , il retrouve " le grenouillement répugnant auquel se livre l'Afrique du Nord politique, partagée entre giraudistes et gaullistes ".

 

A Khationki, alors que commence la bataille de Koursk, Roger Tournelier, un jeune mécano, note dans son journal : " La canonnade fait rage. On croirait un orage continu. Impossible de dormir. Avec le survol du terrain, la D.C.A. ne cesse de tirer. Canon, très fortes explosions. La terre tremble. Moi aussi. "

 

Michel Schick est en première ligne dans une voiture radio. Sa fonction : radio-guideur. Feux, sang, explosions, hurlements. Devant lui les régiments sacrifiés montent les premiers à l'attaque dès que le pilonnage intense cesse.

Dans les unités disciplinaires pas de grades, pas de capitaine, pas de lieutenant. " Rien que de simples soldats. Ils ont tous fait des conneries. Alors ils avancent les premiers, à cause des mines...S'ils s'en tirent et s'ils ont eu une bonne conduite, à la fin de l'offensive ils retrouveront leur grade et leurs décorations...mais ils n'ont pas beaucoup de chance (de s'en tirer). "

 

Le soir du 17 juillet l'escadrille compte déjà six morts en quatre jours pour dix-sept victoires homologuées.

Tulasne disparu, Pouyade, " Pepito ", le plus ancien dans le grade le plus élevé, prend le commandement.

 

Pour lui la disparition de Tulasne, le compagnon de promotion de Saint-Cyr, est un rude coup au moral.

 

Yves Mahé, un des disparus, n'est pas mort mais il a été fait prisonnier. Dénoncé par des petits ukrainiens. Il faut dire qu'une partie importante des Ukrainiens et la majorité des musulmans atteints par l'avance allemande s'étaient placés avec empressement sous la houlette allemande.

 

Vlassov, officier général de l'armée Rouge, a constitué des unités formées de Russes blancs et de prisonniers soviétiques et s'est mis au service des Allemands. Mais cela " Normandie " ne peut pas le savoir.

 

Un matin à l'aube sur le terrain de Michkovo plat comme la main, une colonne de charettes paysannes apportent un millier de sapins coupées dans la nuit. Tout est prêt pour le camouflage.

 

Pouyade se souvient que pendant la drôle de guerre il avait coupé un sapin et l'avait brulé pour se réchauffer. Le propriétaire s'était plaint et Pouyade s'était fait tapé sur les doigts par le ministère !

 

" La guerre, la victoire, ce n'est pas seulement l'effort d'un état-major et de ses soldats, c'est celui de tout un peuple ! En Union soviétique, qu'il fût civil ou militaire, chacun se sentait mobilisé. "

Voilà qui plairait à Gilles Perrault !

 

En septembre plus rien ne semble pouvoir contenir l'avance des troupes soviétiques sur l'ensemble du front. En Ukraine les Allemands ont reculé de 500 kms au centre, de 1300 au sud. En Biélorussie, l'armée Rouge a atteint le Dniepr. Smolensk a été prise le 24 septembre.

 

Les beuveries, bien que rares, permettent aux hommes d'oublier dans l'amitié, l'alcool et les mots triviaux, les atroces conditions de la vie menée depuis 6 mois, la vision quotidienne de milliers de cadavres qui jonchaient la plaine et la disparition de trop nombreux copains.

 

Pouyade retourne à Alger pour recruter. Bien vite il en a " par dessus la tête du bordel d'Alger. (Il) préfère retrouver son merdier russe." Ici la guerre semble le dernier souci des gens, trop occupés à intriguer pour le camp de Giraud ou celui de de Gaulle.

Néanmoins Pépito parvient à recruter une cinquantaine de pilotes.

En mars il est de retour en Russie, à Toula.

 

Jeannel, très épris d'une jeune étudiante russe voit ses espérances ruinées lorsqu'elle lui raconte que la police lui a rendu visite et l'a menacer, si elle continuait à le voir, des travaux forcés dans un camp de travail...

 

Les français sont jugés " Nié Kulturé ! ". Sans morale !

 

Bien que ne devant pas se mêler de politique, certains se rendent au congrès antifasciste de Moscou où l'un d'eux, le " père Magloire ", représente la France et  prononce - en russe - un discours.

 

Pouyade a un autre problème à résoudre : il doit rencontrer le bouillant colonel Staline, le propre fils du petit père des peuples, dont les frasques étaient connues, qui souhaite rattacher l'escadrille à son corps aérien.

 

Finalement celui-ci est dans un bon jour et n'insiste pas trop.

 

Pour se changer les idées on se rend dans le village d'à côté où l'on pend un collaborateur russe qui avait vendu des partisans aux Allemands.

 

Depuis le début de la campagne de 1944 (le temps a filé !) " Normandie " se place en seconde position de toutes les unités de l'armée de l'air soviétique avec 86 victoires !

 

Le fleuve Niémen ayant été franchi malgré une forte résistance allemande " Normandie " obtient le droit de porter le nom de " Niémen ". Désormais ce sera " Normandie-Niémen ".

 

Parfois on s'ennuie et on se prend à regretter que le Niémen ne charrie plus ces bons et gros cadavres aux ventres ballonnés, cibles si agréables pour les pilotes qui, retour de mission, déchargeaient sur eux de pleins chargeurs de T.T. 7,65.

 

Le 15 août a lieu le débarquement en Provence. Le 17 août c'est la bataille de Falaise. A 2000 km d'Alitous (où se trouve maintenant l'escadrille), les Alliés tenaient le bon bout.

 

L'objectif est maintenant Koenigsberg, la ville sept fois centenaire des chevaliers Teutoniques, le berceau de Kant, le refuge de la cour de Prusse lors de l'invasion napoléonienne, la terre sacrée du nationalisme allemand. Il est clair que les nazis (et la Luftwafe) vont la défendre pied à pied.

 

Les combats aériens ne diffèrent pas de ceux de Pierre Clostermann : ..." Muche " cabre, se replace dans la queue du Stuka...pour essuyer une giclée de traçantes dont le mitrailleur arrière l'arrose généreusement. Par bonheur le pilote allemand zigzague pour se dégager, sinon Gaël était bon ! Dans le feu du combat, il a non seulement oublié la présence d'un mitrailleur arrière, mais aussi l'absence de glace pare-balles à l'avant du Yak 3, supprimée par Yakovlev pour gagner du poids ! Heureusement, le schwak de 20 mm est bien là et remplit son office. Le Stuka éteint à jamais sa sirène sur Chataloupien...

 

Aux commandes des " pointus " (avions ennemis) ce sont visiblement de jeunes pilotes, certainement venus du bombardement et récemment convertis à la chasse. Ils ne savent que piquer et se redresser...

 

Voilà de quoi, peut-être, relativiser le tableau de chasse de l'escadrille...

 

L'offensive contre Koenigsberg est un échec. L'armée Rouge n'a pas réussi sa percée. Sur un front étroit l'ennemi jouit à nouveau d'une densité favorable. La guerre ne se terminera pas avant le redoutable hiver d'Europe centrale.

 

Le premier pilote à fouler libre le sol allemand, à Gross-Kalveitchen, est Jean-marie-paul, marquis de Pange.

 

On apprend alors que de Gaulle va rendre visite à " Normandie-Niémen " où il n'a pas que des partisans, certains estimant que c'est " un homme qui a attisé les passions plutôt que de les calmer ".

Mais, à cause de la météo, il leur faudra faire le déplacement jusqu'à Moscou pour rencontrer le grand homme.

 

Ce n'est pas encore terminé, voilà venu le temps de la troisième campagne. Il faut tenir, malgré le manque de nouvelles des familles, malgré le froid (-43°cette nuit), malgré la nourriture douteuse, malgré la promiscuité de vingt camarades entassés dans la même pièce, malgré l'ennui de relire pour la dixième fois le même livre aux pages ramollis, malgré la dysenterie, malgré les punaises...

Certains ont renoncé à des permissions en France pour pouvoir continuer à jouir de ces merveilleuses conditions de vie !

 

Koenigberg tient toujours. A Paris, passé l'enthousiasme de la Libération, on se débat au milieu de mille difficultés.

 

La Luftwafe engage ses meilleures troupes et désormais on sort en force. C'est peut-être le chant du cygne de la Luftwafe mais les ultimes coups d'ailes sont meurtriers.

 

Tout de même Koenigsberg tombe au soir du 9 avril 1945.

 

Le 12 avril Georges Henry met un point final au palmarès de " Normandie-Niémen ".

En deux ans il y aura eu 273 victoires et 42 morts.

 

Les Russes sont dans Berlin, la radio annonce qu'Hitler se serait suicidé...

 

Mais les frères d'hier se sentent déjà " broyés "par la gigantesque machine qui, entre l'Est et l'Ouest, se mettait en route pour la conquête politique de l'Europe...

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