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http://www.ladiffusiondulore.fr/100-151-medium/les-paras-perdus.jpgEn 1987, Jean Mabire, historien controversé pour certains de ses ouvrages traitant avec complaisance, semble t-il, de la Waffen SS, troque son costume d'historien contre celui du romancier et raconte les pérégrinations, le 6 juin 1944, d'une quinzaine de parachutistes de la division All Americans, largués au dessus des marais du Cotentin, quelques heures avant le débarquement.

Ecrivain régionaliste, l'auteur connaît comme sa poche cette région, ses charmes et ses pièges, et ses habitants, leurs défauts et leurs qualités, ce qui donne à son récit un parfum d'authenticité supplémentaire.

La plume de Jean Mabire, malgré un certain flottement stylistique par endroits, est celle d'un grand écrivain.

On peut trouver un assez bon équivalent cinématographique au livre en regardant le film de Sydney Pollack Un Château en Enfer (1969), avec entre autres Burt Lancaster et Peter Falk.
Un peu tape-à-l'oeil, le film baigne néanmoins dans une atmosphère de brumes et de mystère, assez semblable à celle du livre.

Bon nombre de parachutistes se noient d'emblée dans les marais. Les autres sont presque incapables de se repérer (malgré la saison le brouillard est persistant) et dans ces conditions, leurs officiers étant de plus introuvables ou morts, ont bien du mal à accomplir leurs missions.

A la place, nos héros passeront le plus clair de leur temps à aller et venir entre le château de Barnehou, la demeure du comte Tancrède de Lisle, royaliste, mais plus fidèle au roi d'Angleterre George VI qu'au comte de Paris, et le domaine du Thot, où Maître Héroult règne sur une centaine de "vergées" et une vingtaine de vaches.

Pour être 100% américains, les soldats de la division sont surtout des naturalisés de fraîche date, comme, déjà, en 1914.
Ainsi le sergent Muller dont les hommes se méfient et dont on apprendra qu'il a fait partie, à New York, d'un mouvement de jeunesse hitlérien.

Parmi eux aussi un "cajun" de Louisiane qui va se rendre compte que son français ne lui permet pas toujours de communiquer avec les normands. Le mystérieux et flegmatique para aux yeux gris qui les rejoint et prétend appartenir au 101ème Airborne, parle lui parfaitement la langue : il est de mère française.

Un soldat américain d'origine géorgienne finira même par tomber sur un de ces cousins, enrôlé lui de force par l'armée allemande.

L'auteur indique en note en bas de page que les deux hommes, chacun dans un uniforme de l'armée adverse, sont inhumés l'un au cimetière allemand d'Orglandes, l'autre à Colleville-sur-Mer.
Est-ce à dire que Mabire raconte une histoire qui est réellement arrivée ? Ou s'agit-il d'une "astuce" pour donner plus de réalité encore à son histoire ? 

Ils doivent aussi s'accommoder de la présence d'un correspondant de guerre inexpérimenté, David Blumenfield, du journal Globe, qui à son corps défendant deviendra brièvement un héros (il détruit un blindé allemand en lançant une grenade par une fenêtre) avant de retomber dans l'anonymat et de devoir fuir, seul et sans ses lunettes, dans les marais, lorsque les Allemands reprennent du poil de la bête .

 

Comme si les violences et les horreurs « ordinaires » de la guerrre ne suffisaient pas (encore qu'Allemands et Américains aient bien du mal à se trouver et à se combattre dans ces marais), les soldats des deux camps découvrent plusieurs corps atrocement mutilés.

 

Le comte comprend tout de suite de quoi il retourne : "Le mal rôdait. Comme dans les temps fabuleux. La guerre avait réveillé les démons." Le "varou" (loup-garou) frappe sans ménagement et ajoute à la confusion qui est déjà grande.


"Ici tout n'était que caprice.  L'eau semblait respirer au rythme de la mer toute proche et le marais évoquait quelque étang, immense et froid, sous la chape presque compacte du brouillard".

L'aventure ne se terminera pas bien pour tout le monde. Des secrets de famille seront dévoilés, le mystère du "varou" éclairci et des combats auront tout de même lieu. Le sexe et même une histoire d'amour y trouveront leur place.

Au final "La campagne de Normandie ne commençait pas trop mal pour les Alliés. Sauf pour ceux qui avaient déjà laissé leur peau".

 

 



Tag(s) : #Journal de lecture

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