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http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ7lqLbvg-8dbnk9L-8TdjzpOUzmsVDTJy79PUh62av7OJR0o2mHwGilles Perrault, l’auteur du Pull-over rouge, a été parachutiste en Algérie.

On l’aurait plutôt imaginé en porteur de valises...

 

En 1961 il consacre donc son premier livre à ceux qui sont alors devenus une véritable institution au sein de l’armée : les parachutistes.

 

Ce sont les Russes qui les premiers entrevoient les possibilités qu'offre cette arme neuve. Mais ils n'utiliseront  leurs unités parachutistes qu'avec parcimonie.

 

Le 21 mai 1941 des parachutistes allemands sont lâchés sur la Crète. Dans leurs rangs les pertes sont énormes et les allemands ne doivent finalement qu'aux raids de leurs stukas la conquête de l'île.

 

Deux ans après c'est au tour des Alliés de jouer la carte aéroportée en Sicile. Ce n'est pas vraiment une réussite.

 

En Normandie (D-day) les pertes sont moins lourdes mais le désordre est immense.

 

C'est le largage de 10 000 hommes sur le littoral méditérranéen, le 15 août 1944, qui sera enfin une réussite totale.

 

On sait qu'en Hollande l'opération aéroportée se soldera par un fiasco (voir Un pont trop loin).

 

Quoiqu'il en soit les parachutistes deviendront des régiments d'élite et jouiront rapidement d'un grand prestige.

 

Le propos de l'auteur n'est pas, on va le voir, de dresser un historique de l'emploi des forces parachutistes à travers le monde...

Pour Perrault l'existence même de ce corps d'élite suppose en fait un délitement du corps social.

Pour lui " l'armée n'est pas autre chose (...) que l'expression vivante de cette foi collective. " Celle-là même qui présidait à la levée des légions romaines : " chaque homme valide doit s'armer, préparer ses vivres pour cinq jours, se munir de pieux pour les retranchements  et se rendre au Champ de mars...".

De même, lors de la grande Révolution (française) " tous les français sont en réquisition permanente pour le service des armées...(dans ce but  il faudra ) exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l'unité de la République. "

 

Dans le même ordre d'idées " le système des commissaires politiques qui prévaut dans les armées soviétique et chinoise montre qu'elles s'inspirent du même principe : on y est communiste avant d'y être soldat, et le meilleur communiste est aussi le meilleur soldat. "

 

Il ne craint pas de citer Céline parlant de ces français (assurément des soldats cul de plombs comme Perrault les appelle) qui voilà vingt ans (en 1940) avaient " foutus le camp, la chiasse au cul, de Breda en Hollande jusqu'à Bayonne ".     

 

" Si les troupes de choc parachutistes tiennent une si grande place dans le Vietnam de Diem, dans le Congo de Mobutu, dans la Corée de Chang, et, d'une manière générale, dans toutes les sections non communisées de l'Afrique et de l'Asie, c'est que ces pays, en dépit de leur jeunesse apparente, continuent à participer de la décadence occidentale. " Nous y voilà !

 

En 1955-1956, l'assassinat d'un parachutiste par un terroriste, dans une ville d'Algérie, coûtait aux musulmans un minimum de cinquante morts...".

 

Gilles Perault revient sur une affirmation encore de mise aujourd'hui : " Il est de bon ton d'affirmer que jamais dans l'Histoire une armée régulière n'a triomphé d'une insurrection nationale utilisant les méthodes de la guérilla...en fait l'issue d'une guerre de ce type dépend de la détermination qui anime les forces régulières. Si quelque grand motif leur fait ardemment désirer la victoire, la guérilla ne peut résister aux coups de boutoir qui lui sont portés. "

 

On sait aujourd'hui que la guerre d'Algérie, par exemple, a été militairement gagné par l'armée française (sans qu'elle soit animée par un si grand motif) et que c'est un processus politique qui a conduit à l'indépendance...

 

" A Dien-Bien-Phu le commandement vietminh n'eut pas besoin de soumettre quelques divisions à un conditionnement psychologique intense : c'est toute l'armée qui était prête à se ruer sur nos barbelés. "

 

On sait aussi que derrière l'armée vietminh, l'armée chinoise était en embuscade...

 

Après avoir évoqué les colonels de choc qui ont pris le pouvoir à Séoul, Perrault constate que " la militarisation politique progressive du monde libre constitue un symptôme inquiétant, surtout si on l'oppose au rôle joué par l'armée dans le monde communiste, où elle n'a point de part aux affaires publiques. " 

 

" Le phénomène parachutiste, c'est avant tout une fascination, c'est un nouveau romantisme, c'est l'explosion furieuse, magnifique, haïssable de ce que Robert Brasillach a défini en cinq mots qui ne veulent rien dire et disent tout : " LE FASCISME IMMENSE ET ROUGE ! ".

 

Car l'équation qui est au coeur du propos de l'auteur est celle-ci : Parachutistes = Fascistes.

 

Il est temps après cela de s'intéresser à la jeunesse puisque c'est dans la jeunesse que l'un et l'autre recrute : A Stockholm, en janvier 1957, cinq mille jeunes de quinze à vingt ans envahissent le centre de la ville, mettent à sac les magasins et lynchent une centaine d'agents. "   

" Lynchent " ? Est-ce que cela veut dire qu'ils les tuent ? Je ne crois pas quand même...mais des évènements similaires surviennent en Pologne et à New York. On dirait bien que la jeunesse des trente glorieuses s'ennuie.

 

Alors qu'aujourd'hui on ne se souvient que des évènements de 1968, on voit ici que la jeunesse s'était déjà révoltée 10 ans auparavant.

 

Perrault rappelle " la régularité parfaite avec laquelle la France robuste du XIXè siècle digéra ses jeunes, utilisant même à ses basses oeuvres le déchet irréductible des têtes brûlées et de cadets trop fougueux , dont on se débarassait dans des expéditions coloniales lucratives. " Pas si lucratives en fait mais bon...

 

Déjà en 1961 " le brûlot communiste s'est transformé en bateau de croisière..." Perrault n'est donc finalement pas si fasciné que ça par le monde communiste...

 

Il n'y a donc plus d'idéaux. Chaque bloc en est réduit à " compter chacun ses frigidaires. "

 

Elever de 20% en cinq ans le niveau de vie des peuples ? Pas de quoi satisfaire la soif d'absolu de la jeunesse.

 

Pour Perrault l'aventure fasciste n'est pas seulement un sursaut du capitalisme mais bien plutôt un " mouvement quasi irrationnel  ".

Le mot mouvement doit aussi se comprendre au sens littéral : " La nation  allemande : une colonne en marche, et peu importe vers quelle destination et pour quelle fin cette colonne est en marche. "(Alfred Rosenberg, théoricien du parti nazi.

 

" L'emploi qui sera fait plus tard de cette dureté si chèrement acquise est autre chose. Mais, au départ, le fasciste et le parachutiste ne voient rien de bas dans l'ascèse où on les jette. "

Souffrances et sacrifices conduisent l'un comme l'autre sur le chemin de la perfection.

 

Gilles Perrault revient plus loin de manière assez étonnante (on croyait le sujet tabou) sur ce que certains ont appelés le génocide vendéen, qui , plus encore que la Terreur, jette une ombre sur la Révolution française. " Il n''y a plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. " Mais le général Westerman, selon la Convention, n'a pas vraiment terminé le travail. On propose d'empoisonner toute la Vendée à l'arsenic.

En fait si on en reste là (après avoir tout de même abondamment utilisé le fer et le feu), nous dit Perrault, c'est parce que les révolutionnaires " n'avaient pas trouvé leur Eichmann. " (le responsable de la "logistique" de la solution finale)

 

" L'Histoire n'est qu'une longue suite d'horreurs perpétrées par de braves gens que rien, dans leurs antécédents, ne prédisposaient à de semblables extrémités. "

Cette conception, qui a toujours ses défenseurs aujourd'hui, a été quelque peu battue en brèche. Elle a le défaut d'évacuer l'aspect politique de la question. En outre si les tortionnaires sont des hommes, tous les hommes ne sont  pas des tortionnaires.

La légitimité du combat absout les excès qu'il comporte.

 

" Au parachutiste (en Algérie) revient la torture, au journaliste de gauche qui insulte ce parachutiste, il n'est demandé que d'être un contribuable diligent. " 

 

La haine fasciste, cette répulsion physique pour un adversaire que l'on ne tient pas pour un homme, elle existe chez eux (les parachutistes), certes, mais son objet se limitent à leurs compatriotes " intellectuels " et " progressistes ", aux " politiciens "...Pour le fellagh, au contraire, ils n'ont pas de dégoût, et pas même de ressentiment. Il est pour eux cet adversaire presque fraternel (dont on) estime (...) les vertus guerrières..."

 

En conclusion Gilles Perrault demande que l'on trouve " un emploi digne de sa valeur (...) à cette jeunesse qui piétine sur le seuil de France. " Cinquante ans après cet emploi  n'a toujours pas été trouvé. Les évènements de mai 68 paraissent avoir dans un premier temps donné raison  à l'auteur.

Par contre aucun colonel parachutiste n'a tenté en France en tout cas de prendre le pouvoir par la force, si on excepte l'épisode de l'OAS, qui là encore a sûrement conforté l'auteur dans son opinion mais a heureusement fait long feu.

 

L'armée du peuple est donc susceptible, on l'a vu, d'aller massacrer les " Vendéens ". Au Rwanda c'est une armée du peuple (Hutu) qui a massacré les Tutsis.

 

Ne vaut-il pas mieux dans ces conditions disposer d'une armée de métier, même et y compris avec ses unités parachutistes " fascistes " ? 

 

Tag(s) : #Journal de lecture

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