Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

les-mensonges.JPG"La plus grande débâcle financière depuis la crise mondiale de 1929 s'est produite entre septembre 2000 et octobre 2002. En l'espace de quelques mois, plusieurs milliers de milliards de dollars sont partis en fumée."

 

C'est par ces lignes que Vincent Almond (il s'agit d'un pseudonyme derrière lequel se cache " un dirigeant de haut niveau au sein d'une grande multinationale ") débutait en 2003 son livre consacré au Krach boursier de 2001-2002 consécutif à l'éclatement de la Bulle Internet.

 

En 2011 Marc Roche dans Le capitalisme hors la loi (que j'ai juste feuilleté) écrivait à peu près la même chose en introduction à propos de la dernière crise en date qui a éclaté en 2008 avec la chute de Lehman Brothers.

Les crises - bancaires, boursières, financières, immobilières, économiques - se suivent et se ressemblent...se suivent et ne se ressemblent pas.

 

WorldCom, alors un des plus gros opérateurs de télécommunications américains, a été mis en faillite en juillet 2002.  C'est la plus grande banqueroute qu'ont connu les Etats-Unis.

 

Pour s'attaquer au problème du "mensonge boursier", à l'origine de cette crise, Vincent Almond, qui a l'époque considère, à juste titre, que le système de l'économie libérale est alors quasi monopolistique sur la planète, à l'exception de Cuba et de la Chine (!), propose de critiquer le système actuel non pour le détruire mais pour l'améliorer et le réguler davantage.  

 

A Wall Street, le mois de juillet 2002 a été l'un des pires depuis le krach d'octobre 1987 (encore un !).

Il faut remonter à 1931 et 1932 pour retrouver une chute aussi grave de l'indice Standard & Poors's 500 qui regroupe les 500 premières entreprises américaines.

La Fed et Alan Greenspan n'ont plus de marges de manoeuvre : les taux d'intérêts fédéraux sont déjà au plus bas (1,25% en novembre 2001).

Aujourd'hui on envisage sans doute plus facilement un taux encore plus bas ou ramené à 0.

 

Selon l'auteur, le problème tient au fait que le capitalisme ne repose plus sur des comptes justes et permet aux dirigeants de s'enrichir au détriment des actionnaires (mais aussi des salariés et de s clients).

 

Surtout, la déculottée des actions, depuis mars 2000, est proportionnelle aux illusions d'une croissance boursière infinie qui ont précédé le krach.

 

Le rôle des fonds spéculatifs, tels les hedge funds, dans cette croissance boursière a été primordial. Ces fonds achètent ou vendent des titres à découvert, c'est-à-dire sans les posséder réellement. Après les pics de l'année 2000, ils ont spéculé à la baisse en vendant en masse, à découvert, des actions qu'ils ne possédaient pas, alimentant ainsi la baisse.

 

Le développement spectaculaire des marchés dérivés a aussi accéléré les hausses et les baisses.

Ce sont des marchés où s'échangent des risques de prix. Il s'agit de spéculer par anticipation sur les prix futurs des actions, des obligations, des taux d'intérêt ou des cours des monnaies.

 

Ces formes de spéculation posent des problèmes éthiques : elles amplifient la volatilité des marchés au détriment des actionnaires individuels et des fonds de placement traditionnels.

 

Le Krach des années 2001 et 2002 a sans doute été surprenant mais le boom des années précédentes l'était tout autant.

 

Qu'est-ce que le marché boursier ? C'est le lieu où se rencontrent l'offre et la demande de titres mobiliers, principalement des actions et des obligations.

En mars 2000, la capitalisation boursière représentait, en moyenne, 91% du PNB.

En 1990, la capitalisation totale était de 9 400 milliards de dollars. Elle s'élevait à 36 286 milliards de dollars en mars 2000. 

 

Le marché de capitaux est donc constitué d'échanges de titres ou de devises, à très court terme ou à long terme. Les entreprises et les Etats se financent sur les marchés, en émettant des titres auprès des investisseurs institutionnels, des ménages et d'autres entreprises, qui y déposent leurs placements.

 

La Bourse n'est plus aujourd'hui un instrument de financement des entreprises et donc de l'économie. Les transactions sont donc majoritairement des spéculations, des ventes et des achats de produits dérivés, ou de titres à découvert, que les spéculateurs vendent ou achètent sans les posséder réellement.

 

Schumpeter, célèbre économiste autrichien, a défini le capitalisme par l'appropriation privée des moyens de production, le recours au marché pour les échanges, et, enfin, la création du crédit  via des établissements financiers.

 

En France, pays traditionnellement plus réfractaire au capitalisme, les dépenses publiques, en pourcentage du PIB, ont toujours été plus élevées que dans les autres pays de l'OCDE.

Il en va de même des taux de prélèvements obligatoires...

 

A partir du milieu des années 1990, les acteurs des marchés financiers ont joué les marchands d'illusions.

 

Ils nous ont vendu l'illusion d'une croissance inébranlable et régulière des titres mobiliers et en premier lieu des actions.

 

Le premier facteur de la poussée excessive des valeurs boursières est l'augmentation du flux d'épargne. De 1992 à 2000, les Etats-Unis ont connu près de huit années de prospérité, durant lesquelles la croissance économique a été supérieure à 4% par an en moyenne.

Le deuxième facteur qui est venu tonifier l'économie américaine, et donc ensuite mondiale, est le gain très fort de la productivité grâce aux technologies de l'information.

 

Les nouvelles technologies repoussent plus loin les frontières de l'économie classique.

 

La majorité de la classe moyenne américaine va alimenter le Nasdaq (le temple de la nouvelle économie), dans un premier temps avec son épargne retrouvée puis avec des emprunts contractés auprès de banquiers complaisants.

 

Enfin les marchés boursiers ont été dopés par les fonds spéculatifs.   

Les années 90 ont vu la création d'une multitude d'outils spéculatifs mais aussi leur perfectionnement.

 

Les marchés se sont déconnectés de l'économie réelle. La croissance des indices boursiers était trop supérieure à celle du PIB.

 

L'éclatement de la bulle Internet a ensuite fait voler en éclats un pan devenu majeur de l'économie mondiale. L'écroulement du Nasdaq fait tache d'huile. Les entreprises de télécommunications sont entraînés dans l'avalanche.

Le carnage des TMT (technologie-média-télécommunications) éclabousse toutes les entreprises d'électronique et de haute technologie. Les nouvelles industies comme les biotechnologies ou les énergies nouvelles subissent un contrecoup inattendu car elles n'arrivent plus à lever des fonds.

 

Les attentats du 11 septembre viennent saper le moral des ménages américains et affectent, jusqu'à la faillite parfois, les compagnies aériennes, le secteur du tourisme et les compagnies d'assurance.

 

Folies boursières des années 90, éclatement de la bulle Internet, krach des TMT, attentats du 11 septembre, crise des assurances et des banques, scandales financiers, perte de confiance, spéculations déstabilisatrices, taux d'intérêt trop bas, ralentissement de l'économie, environnement géopolitique instable...cet inventaire à la Prévert est suffisamment long pour expliquer le séisme financier.

Il faut expliquer en détail certaines de ces causes.   

 

Pour qu'il y ait spéculation et création d'une bulle, il faut que les titres convoités par les spéculateurs soient limités en nombre et non remplaçables par d'autres.

 

S'agissant de la nouvelle économie, les start-up ont été un Mai 68 de l'économie. Il fallait être jeune, audacieux, imaginatif et libertaire. On a tombé les cravates, sorti les jeans, le vendredi dans un premier temps, à l'occasion du friday wear, toute la semaine dans un second temps. 

L'entreprise allait éclater : plus de hiérarchie ! On installerait des tables de ping-pong et des salles de gymnastique dans les bureaux. Le travail se ferait en équipe, enfin, autour d'une pizza, dans des locaux décloisonnés et spartiates, où régnerait la liberté d'expression et de ton. L'imagination serait au pouvoir. Ce qui compterait, ce serait les idées et non les diplômes.

 

Le problème c'est qu'à l'époque le commerce en ligne n'est pas viable. L'auteur, d'ailleurs, semble penser qu'il ne le sera jamais. En 2001, Amazon n'a pas encore atteint l'équilbre financier.

 

Résultat, plus de 95% des star-up Internet de par le monde ont péri provoquant l'éclatement de la bulle qui à son tour entraîne la chute des investissements directs étrangers.

Les flux financiers investis dans les pays de l'OCDE ont reculé de 56% en 2001 par rapport à 2000.

 

Les entreprises de télécommunications sont alors confrontées à l'évaporation de près de 1 000 milliards de dollars sur l'autel d'une nouvelle religion : la convergence des TMT.

 

France Télécom aurait plus de 70 milliards d'euros d'endettement ! La faillite de WorldCom, en juillet 2002, est, à ce jour, la plus grosse faillite de l'histoire des Etats-Unis et donc du capitalisme mondial, avec 41 milliards de dollars de dette.

 

La responsabilité affligeante de grands dirigeants laisse des cours massacrés, des actionnaires ruinés, des actifs dépréciés, des entreprises endettés ou démantelées et des salariés licenciés.

 

La puissance de certains patrons est en effet devenue démesurée, en l'absence de contre-pouvoirs et d'organes de contrôle stricte. D'un  côté on peut vilipender les investisseurs institutionnels et la pression qu'ils exercent sur ces dirigeants qui doivent "sortir", contre vents et marées, 15% de rentabilité. Mais d'un autre côté il faut stigmatiser l'excès de pouvoir, l'arrogance et les décisions abusives de beaucoup de ces chefs d'entreprises à la tête d'immenses empires multinationaux, avec des chiffres d'affaires et des capitalisations boursières parfois supérieurs aux PIB nationaux et aux budgets de fonctionnement de grands pays européens.

 

Les scandales financiers se sont multipliés : Enron (société de courtage en énergie), par exemple, avait dissimulé 27 milliards de dollars de dettes. Les montages financiers imaginés par les meilleurs banques d'affaires de la planète avaient souvent pour but de cacher des dettes.

Alors même que les fonds éthiques se multipliaient la corruption et les fraudes augmentaient.

 

Les Européens, et les Français en particulier, ont eu beau jeu de tirer parti de l'affaire Enron pour condamner certains modes de fonctionnement de la comptabilité américaine.

Si l'on compare l'affaire Enron avec celle du Crédit Lyonnais, on voit que le pays de l'Oncle Sam a été beaucoup plus prompt à réagir que celui d'Astérix. Dix ans après (à l'époque) aucun des protagonistes n'a été interpellé ou réellement inquiété. C'est une forme bien française de collusion du pouvoir qui a conduit à l'étouffement de la plus grande gabegie financière épongée par les impôts des contribuables.

 

A l'été 2000 la capitalisation boursière d'AXA valait 100 miliiards d'euros et n'en valait plus que 19,4 milliards à fin juillet 2002.

 

Le prix des actions devrait dépendre beaucoup de la croissance future des bénéfices et donc de taux de croissance économique. Or, aujourd'hui, les facteurs psychologiques et les spéculations irrationnelles influencent d'une manière trop vigoureuse le cours des actions.

 

Pendant que les actionnaires individuels achetaient des actions, les dirigeants des grandes entreprises, sur-rémunérés (salaire, bonus, stock-options et avantages en nature), eux, vendaient tout en criant : "Ne vendez pas !".

Entre début juin 1999 et mai 2002, les présidents de sociétés ont vendu pour plusieurs milliards de dollars de stock-options alors que leurs entreprises avaient perdu 75% ou plus de leur valeur.

 

Ce n'est pas l'absence de loi qui a encouragé les malversations (scandales financiers, fraudes aux présentations des comptes) mais le laxisme des autorités américaines dans leur application.

Le contournement systématique des règles juridiques et comptables a constitué une "culture du mensonge" au plus haut niveau d'Enron et d'autres grandes entreprises.    

 

Pour résumer, la crise est due, en plus de la récession qui commençait début 2001, à plusieurs facteurs : l' "exubérance irrationnelle" des années 1990, l'explosion de la bulle Internet, l'effondrement des TMT, la spéculation à outrance, le marketing boursier forcené, la déconnexion du monde financier de l'économie réelle, l'effet dévastateur des stock-options, la crise en Amérique latine, les incertitudes sur les plans de retraite, les faillites, le marasme japonais, le comportement moutonnier des fonds de pension, la mondialisation malade de ses excès et une culture du mensonge, favorisée par la pratique de l'exagération, de la manipulation et du marketing financier. Tout cela malgré une inflation faible et des taux d'intérêt à leurs plus bas niveaux depuis quarante ans.

 

En France le "capitalisme incestueux" à la française a laissé certains patrons, puissants "maîtres" de l'économie nationale, siéger à plus de quinze conseils d'administration.

Quant aux administrateurs nommés par l'Etat leur négligence n'a souvent d'égale que leur incompétence. Ils ont laissé passer l'ardoise gigantesque du Crédit Lyonnais. Ils ont réédité leur exploit avec France Télécom, qui avec près de 70 milliards d'euros de dette nette en 2002, est aujourd'hui (à l'époque) l'entreprise la plus endettée du monde ! 

 

La mondialisation financière en soi n'est pas responsable de cette crise : c'est la folie spéculative et les excès de la globalisation financière, rejetons tardifs du néolibéralisme à la Thatcher ou à la Reagan, qui sont les coupables.  

 

La déréglementation des marchés financiers a favorisé l'afflux et les mouvements de capitaux au niveau international. Parmi les mesures majeures de cette déréglementation figurent, au premier chef, la disparition du contrôle des changes et la fin de l'encadrement du crédit. Ce sont désormais les taux d'intérêt qui régulent la politique monétaire et la lutte contre l'inflation.

 

Au milieu des années 80, le déficit de la dette américaine a nécessité un financement important par émissions de titres...La France, elle, a ouvert son système financier. Le poids des investissements étrangers en France a atteint un niveau record depuis 1984, année de la modernisation et de la  libéralisation de la Bourse de Paris. En 2001 le poids des investissements étrangers s'élevait à 40% de la capitalisation boursière alors qu'il était estimé à 17% à Londres et 6% à New York.

La liberté de circulation des capitaux financiers a été une des grandes révolutions silencieuses des années 80 et 90.

 

Pandant la dernière décennie (90) les entreprises ont financé leur croissance et leurs investissements non plus plus par des emprunts auprès des banques mais aussi par l'émission de titres, actions ou obligations, sur les marchés financiers. Les entreprises ont aussi pu placer leurs excédents de trésorerie dans toute une panoplie de produits dérivés et variés. Mais pour ne pas prendre de risques inconsidérés, elles se sont couvertes contre les risques, ce qui a généré l'éclosion des spéculateurs qui prenaient ces risques pour les entreprises en cas de baisse des cours ou des taux.   

 

Les mouvements de capitaux sont sans commune mesure avec l'économie réelle. Par exemple les mouvements de change sont 50 fois plus élevés que les sommes en jeu dans le commerce international.

Peu d'économistes s'expriment sur le problème préoccupant de la déconnexion croissante et flagrante entre l'économie réelle et les marchés financiers.


Les crises profondes de 1980 au Chili, en Uruguay et au Mexique, la crise asiatique de 1997 et 1998, les soubresauts monétaires en Amérique latine, l'écroulement de l'économie argentine de 2002 et le haut niveau du chômage européen figurent parmi les conséquences néfastes de la globalisation financière.   

 

De Gaulle avait raison de dire que "la politique de la France ne se fait pas à la corbeille (de la Bourse de Paris)", en effet elle se fait à Wall Street !

 

On assiste, depuis une décennie, à une extraordinaire concentration des secteurs d'activités économique autour de quelques multinationales, ces entreprises plus "riches" que des pays.

Parmi les 100 plus grandes entités économiques du monde (pays et entreprises), 29 sont sont des multinationales.

Le chiffre d'affaires de Wal-Mart, première entreprise du monde en 2001 avec 252 milliards d'euros, est égal au PIB de la Belgique et supérieure à celui de la Suède.

 

Les marges des entreprises se sont sévèrement dégradées en 2002 par rapport à 2001. Pour les augmenter, il n'y a que 2 solutions : soit augmenter les prix, soit baisser les charges. En période d'hyperconcurrence les entreprises risquent de licencier.

Les salariés deviennent alors des "variables d'ajustement".

 

Réductions des dépenses d'investissement, licenciements, faillites, resserrement des conditions de crédit, stagnation des créations d'emplois sont des menaces réelles sur l'économie mondiale.

Seul l'immobilier semble alors tenir bon des deux côtés de l'Atlantique.

Mais c'est justement l'immobilier (à travers les "subprimes") qui va craquer en 2008...

 

" Les hommes ne sont pas devenus plus cupides que par le passé. Ils ont simplement eu beaucoup plus de possibilités de l'être. L'économie dépend de façon critique de la confiance. La falsification et la fraude détruisent le capitalisme et la liberté des marchés, et plus largement les fondements de notre société [...]. Si nous réglons le problème des PDG, les autres problèmes disparaîtrons" (Alan Greenspan, le 16 juillet 2002 devant la commission bancaire du sénat américain).  

 

L'impact de la crise sur les retraites par capitalisation aura été encore plus grave, dans certains pays, que le ralentissement de la consommation.

 

En conclusion, nous dit Vincent Almond, il est indéniable qu'à la fin des années 1990 la croissance des indices boursiers a été déconnectée de la croissance de l'économie réelle. En revanche, la déliquescence des cours de Bourse, en sapant le moral des consommateurs par le phénomène de l'effet richesse à rebours et en dépréciant les actifs des entreprises, a conduit à une brutale réduction des investissements puis de la consommation, et donc à une crise économique larvée.

Le gonflement de bulles spéculatives n'avait pas entraîné l'économie à la hausse. Leur explosion, à l'inverse, a précipité la croissance économique dans le marasme. Et si le plus dur était à venir ?  

A la différence de 1929, le risque systémique (avec une déflagration en chaîne des faillites bancaires) n'est pas à craindre. 

C'est par contre ce qui a failli arriver en 2008. Cela se serait produit si les Etats n'avaient pas réagi vigoureusement en injectant des milliards dans le système bancaire...mais on était pas sorti de l'auberge pour autant...puisque que la crise boursière s'est muée en crise bancaire...puis en crise économique...alors que l'on commençait à voir le bout du tunnel...une nouvelle crise a déboulée : la crise de la dette...mais on va voir que Vincent Almond se montrait, en 2002, assez visionnaire... 

 

Mais l'appauvrissement du patrimoine des ménages les conduit à réduire leur consommation et donc freine la croissance. Car la consommation a été, pendant 10 ans, le vrai moteur de la croissance économique. Un fléchissement des dépenses des ménages viendrait se conjuguer avec un fléchissement des investissements. Le krach boursier deviendrait alors un krach économique, avec l'équation suivante : moins de croissance égale plus de chômage, plus de chômage égale moins de consommation, moins de consommation égale encore moins de croissance.

 

L'auteur liste 10 menaces pour l'avenir et en huitième position évoque le déficit budgétaire aux Etats-Unis et dans les grands pays européens.

Un des derniers chapitres s'intitule, en outre, "Et si le plus dur était à venir : illusions immobilières et menaces géopoliques ?".

 

La crise des subprimes résulte bien, à l'origine, de ces "illusions immobilières". Quant aux menaces géopolitiques, Vincent Almond parle bien sûr dans son livre des attentats du 11 septembre 2001 (mais montre que les choses allaient déjà mal avant) et rédige son livre alors que la première guerre du golfe a déjà eu lieu et que l'intervention en Afganistan vient de commencer...

 

Et il y aura bien sûr, en 2003, la guerre en Irak dont Stieglitz a estimé le coût faramineux à tant...

 

Tous les facteurs de la crise ont un point en commun : ils sont fondés sur l'exagération ou le mensonge des acteurs de drame boursier en 3 actes : premier acte, la folle montée des indices dans les années 90; 2ème acte, l'explosion des bulles spéculatives; 3ème acte, la contamination à la baisse de l'économie par la peste boursière. La catastrophe financière pourrait ainsi conduire à un cataclysme économique.

 

Il n'y a pas eu complot, en revanche il y a eu une somme incroyable d'erreurs, de fraudes, de mensonges, de mauvaise foi, d'illusions et d'exagérations qui mises bout à bout ou dans la même corbeille (!), ont créé les conditions d'une formidable arnaque planétaire en 2 temps : d'abord arnaque à la hausse absurde des indices boursiers, puis arnaque à la chute démente de ces mêmes indices.

 

Cette crise boursière qui se transforme en crise économique durable est aussi la crise d'une certaine forme spéculative et ultralibérale du capitalisme.

 

Le capitalisme éthique est celui des entrepreneurs, des innovateurs et des créateurs, qui prennent des risques pour créer de la richesse pour tous. L'enrichissement par la spéculation est une aberration d'un système sans foi ni loi. Les spéculateurs sont des profiteurs, des parasites, des charognards.

 

Les agences de notation, quant à elles, portent la responsabilité de n'avoir rien vu venir avant le krach. Jusqu'au premier trimestre 2000, elles ont continué d'afficher des notes positives, rassurantes et optimistes sur la santé des entreprises.

 

Ce n'est pas l'économie de marché qui a échoué mais un de ces avatars, le capitalisme exacerbé etexcessif qu'on appelle le "laisser-faire et laisser-aller". Les règles ne sont pas forcément des entraves à la liberté et à la morale.

 

Depuis bien longtemps, les banques centrales ne font plus le poids face aux flux gigantesques de capitaux qui, de jour comme de nuit, se déplacent sur les marchés financiers à la vitesse des électrons. La crise asiatique ne semble avoir servi de leçon à personne. 

Le marasme du Japon, malade de l'éclatement de la bulle immobilière en 1991, n'a pas inquiété les grands financiers mondiaux, plus préoccupés des avantages et du prestige que leur procurait leur poste, que de l'équilibre de la croissance mondiale.

 

Ce sont les Etats qui ont dérégulé les marchés et ils sont aujourd'hui tenus par leur promesse de respecter la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux. .

 

La récession boursière et économique pourrait durablement s'installer en Europe et donc en France, jusqu'en 2007.

Or on sait qu'à partir de 2008 (!) les marchés boursiers vont commencer à subir négativement les effets du départ à la retraite des baby-boomers. Ces retraités, pour sécuriser leur patrimoine, auront tendance à délaisser les marchés financiers et à préférer une épargne sûre. On ne peut donc plus s'attendre à un retour du Dow Jones ou du CAC 40 à leurs niveaux de 2000 avant une quinzaine d'années.   

 

Avait-il raison dans ses prévisions ? Je n'en suis pas sûr...les problèmes ont surgi ailleurs...dans l'immobilier et les dettes souveraines dont il parle également comme on l'a vu...   

 

Quoiqu'il en soit, des millions de petits porteurs ont perdu plus de la moitié de leur épargne et ne la reverront pas de sitôt. Les 2èmes victimes du krach sont les salariés des entreprises mises en faillite et qui ont perdu ou vont perdre leur emploi. Sur la 3ème marche figurent les retraités qui avaient misé leur retraite par capitalisation, aux Etas-Unis ou au Royaume-Uni, sur les fonds de pension.  

 

La prédiction de Schumpeter, l'un des plus grands économistes du XX7 siècle, qui annonçait la fin du capitalisme à cause de ses propres performances, et donc de ses propres excès, risque de se réaliser. Il est urgent que les gouvernements et les autorités financières interviennent pour réguler et sanctionner.

Il faut combattre la corruption, les abus de biens sociaux, les détournements de fonds, les fraudes comptables, les faux en écriture, la destruction de documents et les obstructions à la justice.

L'arsenal juridique le permet ; la morale publique l'exige. Ce combat doit être pragmatique et non idéologique.

Il faut garantir plus de transparence et d'honnêteté et prendre des sanctions exemplaires contre les tricheurs et les trompeurs.

La loi devrait autoriser la confiscation immédiate des biens des patrons fraudeurs, comme pour les narcotrafiquants.

 

Six années d'erreurs ou de tromperies ont jeté sous les feux de la rampe boursière les conflits d'intérêts entre les analystes financiers, au coeur de vrais scandales, et les directeurs financiers des grands groupes. Pourtant la profession avait un code de déontologie mais il n'a pas été respecté.

 

Il faut  donc freiner la spéculation. Le développement des produits dérivés est aujourd'hui trop fort.

La raison d'être des ventes à découvert, les swaps, des prêts et des emprunts de titres était la courverture contre les fluctuations mais ils sont devenus des instruments de spéculation.

 

Il faut réformer le capitalisme : la richesse matérielle ne peut être la finalité unique d'une société qui recherche l'équilibre...

 

L'économiste Paul Krugman, qui s'est demandé dans un article "pourquoi les économistes avaient échoué" à prévoir la crise de...2008, met en avant comme principal facteur, l'augmentation des prix de l'immobilier après....2002 qui nous "avait conduit dans des contrées totalement improbables. C'est, dit-il, la plus grossière erreur de valorisation du marché qu'il m'ait été donné de voir dans toute ma carrière. Encore plus évidente que celle de la bulle Internet, car celle-ci avait au moins l'excuse de concerner des technologies tout à fait nouvelles et dont le potentiel était alors inconnu. Mais, ajoute-t-il, cela fait environ 7000 ans que nous habitons des logements: nous aurions pu nous faire une idée raisonnable de ce qu'ils valaient...".

Le prix Nobel d'économie ajoute qu'il se serait donné des claques pour ne rien avoir vu venir....

 

Fin septembre 2011 est sorti en kiosque un numéro de Manière de voir édité par le Monde diplomatique intitulé Crise bancaire le casse du siècle...

Tag(s) : #Journal de lecture

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :