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Sans titreMark Frost est surtout connu pour avoir co-écrit, avec un certain David Lynch, la série mythique Twin Peaks.

 

Il a aussi créé Hill street Blues (aussi connue sous le titre Capitaine Furillo), la première série policière chorale "moderne", malheureusement introuvable en DVD ou en téléchargement, sans doute pour des questions de droit.

 

Etant donné le succès rencontré par les romans ou les films ayant pour thématique la seconde guerre mondiale (WWII), il n'est pas étonnant que Mark Frost s'y soit lui aussi intéressé, en tant que romancier cette fois, à la fin des années 2000 (le roman a été publié en 2007 en langue anglaise et en 2008 en français).

 

Alors même que l'armée allemande a été refoulée depuis les rivages de la Normandie jusqu'à ses propres frontières et que les Soviétiques progressent sur le front de Est, le Führer s'enthousiasme pour le plus ambitieux projet de contre-offensive de toute la guerre : l'opération Brouillard d'automne

 

C'est le lieutenant-colonel Otto Skorzeny, célèbre pour avoir, avec sa brigade de forces spéciales, fait évader Benito Mussolini emprisonné à Gran Sasso, au sommet d'une falaise italienne isolée, qui sera chargé de mettre sur pied l'opération Griffon.

Deux mille hommes, parlant couramment l'anglais, auront pour objectif de semer la confusion dans les lignes de défense américaine. Mais parmi eux, vingt hommes seront sélectionnés pour mener à bien une mission secrète...

 

Le second objectif n'est pas un simple roman de guerre mais plutôt une enquête policière qui se déroulerait pendant une opération militaire...L'enquêteur, c'est Earl Grannit (!), policier new-yorkais dans le civil, présentement officier dans la PM. Le criminel pourchassé est un officer SS particulièrement retors, le lieutenant Erich von Leinsdorf, qui s'est d'abord illustré à Dachau et a été chargé par Skorzeny de mener à bien, en profitant de la confusion créée par l'offensive allemande, la fameuse mission secrète...

 

Un jeune homme, le soldat de première classe Bernard Oster (Bernie), s'est vu, contre son gré, associé à l'officier SS. Ayant grandi à Brooklyn, il se sent plus américain qu'allemand et s'efforcera de lui mettre des batons dans les roues...

 

Chemin faisant, tout au long de ce roman bien documenté, on apprend des choses intéressantes, par exemple qu'en "décembre 1944, plus de 40% des marchandises "de luxe" débarquées en Normandie n'étaient jamais parvenues aux soldats du front", "des milliers de soldats alliés avaient déserté au cours des derniers mois pour s'engager dans ce trafic lucratif, pillant les trains de ravitaillement de l'armée pour revendre les marchandises aux Français, aux Belges et même aux Allemands solvables".

Avant d'être confronté au meurtre mystérieux de 3 GI's, Grannit monte une opération coup de filet destinée à stopper un trafic de marchandises de contrebande.

 

L'opération Brouillard d'automne débute exactement à l'heure prévue par le déclenchement de tirs d'artillerie à l'est.

La tâche des commandos Skorzeny consiste à perturber au maximum la riposte américaine : par exemple en retournant ou en arrachant des poteaux indicateurs pour égarer les convois de troupes alliées ou en sectionnant les poteaux téléphoniques et télégraphiques. 

Vers 6 h 30 les tirs d'artillerie cessent brusquement. C'est le signal qui déclenche l'avancée de trois corps d'armée vers la Belgique et le Luxembourg.

 

L'enquête de Grannit sur la mort des 3 GI's (mais l'un d'eux n'en est peut-être pas un) à un poste de contrôle, est d'emblée compromise, impossible de suivre la piste en pleine offensive allemande. Mais pour lui pas question de laisser tomber, "cette affaire cache quelque chose d'important".

 

A Versailles, le 16 décembre à 15 heures, Dwight Eisenhower soigne une gueule de bois consécutive à un abus de champagne. Il y avait de quoi faire la fête : les armées alliées alignent les succès sur l'ensemble du front et le président Roosevelt a demandé au Congrès de le nommer au poste de General of the Army (Maréchal).

 

Sur la carte Eisenhower pose son doigt sur la trouée de Losheim, un secteur appelé le "front fantôme" qui a vu déferler les panzer sur Paris quatre ans plus tôt et par où en 1870 et surtout lors de la première Guerre l'armée allemande avait réalisé des percées décisives.

Aujourd'hui, alors que l'hiver est là, cette partie du front est très dégarnie. C'est pourtant là que les "Fritz" ont massé une dizaine de divisions. Mais à l'aube il s'avère que c'est en réalité 36 divisions, soit un demi-million d'hommes, qui se sont rués sur ce secteur...

 

Grannit et son second, Ole Carlson, acquièrent vite la conviction qu'ils ont affaire à des espions allemands mais, dans la confusion provoquée par l'offensive, ils ne parviennent pas à en informer le QG.

A Malmedy, le 17 décembre, Bernie, qui vient d'échapper de justesse à un massacre perpétré contre un groupe de sodats américains prisonniers par une compagie de SS, ramasse un tract de propagande allemand rédigé en anglais dans lequel on demande aux soldats américains : Au fait, savez-vous pourquoi vous vous battez ? 

 

Après quelques péripéties Von Leinsdorf et Bernie se retrouvent. Bernie ne croit plus trop à leurs chances de mener à bien leur mission : des deux côtés, on leur tire dessus. " C'est la première chose qu'on vous apprend à l'armée - répond Leinsdorf - les plans ne sont valables que jusqu'au moment où on rencontre l'ennemi. "

 

Schmidt, à la tête d'un autre escadron de quatre hommes, s'est fait pincé par Grannit et Olson. Il leur révèle, sous la contrainte, qu'ils avaient avec d'autres commandos et un renfort parachutiste, pour mission de s'emparer et de tenir 3 ponts.

 

"Lancer les dés c'est tout ce qui leur reste - répond-il à une remarque de Grannit comme quoi cette mission " C'est un sacré pari ".

Il leur révèle aussi, mais sans vouloir dire de quoi il s'agit, qu'il existe un second objectif.

 

Dans une ceinture cachée sous sa chemise, Schmidt transporte deux mille dollars, mille livres britanniques en billets contrefaits et des sommes plus réduites en billets belges, hollandais et français.

Les soldats américains en Europe transporte rarement des espèces sur eux et payent de préférence au moyen de billets spécialement imprimés pour l'armée, la " monnaie d'invasion ".

 

Grâce à lui il apprennent également que l'opération a pour nom de code Griffon. Ole pense qu'il a été embringué dans cette histoire sans même savoir de quoi il retourne, Grannit lui rétorque que "tous les méchants ont toujours une histoire triste toute prête".

 

L'alerte concernant les commandos Skorzeny a finalement été donnée et cela a pour résultat, outre une "paralysie" du secteur due aux nombreux contrôles réalisés par la police militaire, que des milliers de soldats se mettent à se soupçonner les uns les autres.

 

Pendant ce temps Bernie hésite à tuer Leindsdorf alors qu'il en a l'occasion, celui-ci étant aux prises avec un sergent qui le soupçonne d'essayer de saboter le plasticage d'un pont. Il ne s'y résout pas : après tout il ne sait pas encore en quoi consiste le second objectif...

 

Après avoir pu, grâce à un obus providentiel, se débarasser du sergent, le SS explique à Bernie que " la vie ne vaut rien. Il n'y a ni honneur, ni dignité, ni moralité, ni esprit. Seulement du sang et de la viande. La vie c'est de la merde. Rien d'autre...un être humain, ça se démonte aussi facilement qu'une horloge. " C'est ce que son séjour à Dachau lui a appris.

Il a aussi son avis sur la France : " Un beau pays...mais des gens épouvantables. "

 

Grannit gamberge lui aussi. Depuis qu'il s'est engagé il a appris qu'une armée en campagne ressemble à un iceberg : les combattants du front rerésentent la partie immergée, la plus petite. Et, pour chaque fantassin qui expose sa vie au feu allemand dans les Ardennes, on compte six ronds-de-cuir - ceux qui remplissent les formulaires en 3 exemplaires, considèrent qu'ils en ont assez fait pour la journée et filent au cinéma. Après tout la police fonctionne de la même façon, une minorité se coltine le sale boulot tandis que les autres remplissent des paperasses...

 

Pour Leinsdorf "les gars de la France libre, de Gaulle, l'armée américaine peuvent raconter qu'ils dirigent la boite, mais en fait personne ne gère rien du tout. Et le seul dieu devant lequel ils s'agenouillent tous dans cette ville, c'est le dollar américain (Bernie et Leindsdorf ont réussi à rejoindre Reims mais leur objectif est de gagner Paris puis...)."

 

Grannit est à deux doigts de pincer Leinsdorf, lors d'un rendez-vous dans un cinéma de la ville où les membres de plusieurs commandos Skorzeny doivent se retrouver, mais il ne parvient à mettre la main que sur Bernie. Celui-ci arrive à le convaincre de l'aider à attraper Leinsdorf.

 

Le 21 décembre, trois heures avant l'aube, la 150è Panzer Brigade, sous le commandement d'Otto Skorzeny, peut enfin prendre une part active à la bataille des Ardennes. Le plan s'étant révélé irréalisable, Skorzney se porte volontaire pour la prise de la ville clé de Malmédy. En début d'après-midi il faut se rendre à l'évidence : l'arrivée de deux compagnies de l'infanterie américaine signe l'heure de la retraite. Tous les chars ont été détruits et moins de la moitié des soldats ont survécu à l'assaut. Pour couronner le tout, Skorzeny est blessé lorsqu'un obus renverse le véhicule blindé qui le conduit au QG, près de Ligneuville.

 

Sa blessure au front s'étant infectée il doit être évacué vers un hôpital allemand. Pour lui l'offensive est terminée.

 

A Paris, la nuit, à la faveur des fréquentes pannes électriques, les résistants et partisans multiplient les exécutions sommaires en représailles contre les "collabos".   

 

Grannit, Colson et Bernie ont eu aussi gagné Paris où ils s'adjoignent les services de l'inspecteur Massou : "Bref une soirée comme une autre à Montmartre...à la recherche d'un meurtrier au beau milieu d'une guerre !"

Mais Leinsdorf parvient à leur échapper, non sans avoir semer sur sa route, selon sa fâ(u)cheuse habitude, quelques cadavres, masculins comme féminins.

 

Son véritable objectif c'est Versailles et l'hôte prestigieux de son château : Eisenhower.

Voilà quel était donc le "second objectif".

 

Dans le parc du château où il a réussi à se glisser à la faveur de l'obscurité et en attirant les forces de sécurité sur les lieux d'une explosion de son cru, "la parfaite géométrie du paysage le conforte dans sa volonté d'accomplir la mission qu'on lui a confiée et il sait à ce moment que son destin le guidera jusqu'au bout."

 

Nous savons déjà qu'Eisenhower n'a pas été tué à Versailles dans la nuit du 22 décembre 1944 mais, si l'on en croit Mark Frost, il s'en est fallu d'un cheveu.

 

En réalié le "second objectif" n'a été que le fruit d'une rumeur, répandue par les hommes des commandos Skorzeny, que celui-ci a décidé de laisser courir...

Tag(s) : #Journal de lecture

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