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http://www.bouquinsurf.com/images/LEDIABLE.jpgAu départ je voulais lire La conspiration des ténèbres, du même auteur mais pour l'avoir feuilleter plusieurs fois je ne l'ai jamais vraiment commencé.

 

Il faut dire qu'il s'agit d'un gros livre de 824 pages et bien que qualifié d'hypnotique par le Washington post, cette quête qui vise à " l'élucidation des mystères qui entourent la vie et l'oeuvre du réalisateur Max castle "

ne m'a jamais suffisamment attiré pour me lancer.

 

Par contre j’ai tout de suite été séduit par Le Diable et Daniel Silverman, aux dimensions il est vrai plus modestes (476 pages). Les deux ouvrages sont disponibles au Livre de poche.

 

Pour moi Théodore Roszak c'est d'abord le souvenir de son roman sans doute le plus célèbre : Puces. Là on peut parler sans trop se tromper de science-fiction ou de thriller technologique à la Crichton. Mais TR est aussi un essayiste, chantre de la contre-culture américaine (aux côtés de Marcuse et Chomsky ?).

 

Toutefois, à propos de Silverman, j’avais quand même une appréhension : est-ce que cela n’allait pas être trop " théologique " ?

 

En fait il y a bien dans le récit des mésaventures de l'écrivain Daniel Silverman, juif et gay, au pays des Evangélistes, une dimension métaphysique mais à aucun moment on a affaire à un pensum.

 

D'autre part il ne s'agit pas véritablement d'un polar ou d'un thriller. D'ailleurs si sur la 4ème de couverture de La conspiration il est question d'un " grand thriller historique...", à propos du Diable...il est fait mention d'un " roman aussi palpitant qu'effrayant ".

 

Je viens juste de me rendre compte que sur la couverture des deux livres le mot thriller apparaît. Après tout le terme fait vendre. 

 

Cette fois, contrairement à mes habitudes, je n'ai souligné aucun passage du livre et je ne vais donc pas pouvoir me reposer sur les citations qui forment d'ordinaire la trame de mes comptes rendu. 

 

Je me sens donc un peu démuni...mais il faut bien se lancer !

 

Un écrivain californien dont les livres se vendent de plus en plus mal reçoit une invitation à tenir une conférence dans une petite université évangélique du Minnesota.

 

Daniel Silverman se demande bien pourquoi on le considère là-bas comme " un humaniste juif de premier plan " mais un chèque de 12000 dollars, ça ne refuse pas. Certes il va fallloir convaincre Marty, son compagnon, car pour la première fois ils ne passeront pas le réveillon du nouvel an ensemble...

Apprendre que Gore Vidal était pressenti avant lui achève de le convaince.

 

Le dialogue assez hilarant entre Daniel et son agent nous met tout de suite dans le ton : on sait déjà qu'on ne va pas s'ennuyer. De même le retour en arrière sur son presque best-seller , son premier livre, publié par un jeune auteur " pétant le feu " vaut le détour.

 

D'autant plus que l'auteur jette un regard assez ironique sur l'évolution récente du monde de l'édition (" Des non-livres pour des non-lecteurs, le vrai pognon est là ") et donne du métier d'écrivain un vision à la fois drôle et touchante quand il évoque les " sensations sensuelles de l'artisan " qui aime être " à l'intérieur de sa tête, chercher des angles et des variations ".

 

Daniel a en tout cas découvert qu'il était convaincant, en tant qu'écrivain, dans la peau d'une femme.

 

La particularité des oeuvres de DS tient au fait qu'il s'empare de grands classiques et les réécrit selon un autre point de vue. Madame Bovary par exemple raconté du point de vue de l'héroïne ( Moi Emma ) ou Moby Dick raconté du point de vue de...la baleine !

 

Malgré le montant du chèque Marty est loin, très loin d'être enthousiaste à l'idée de la séparation.

Il offfre néanmoins une bouteille de Canadian Club à son amant et lui conseille de se soûler dans l'avion et de rentrer " sans (avoir) dessoûler ".

 

C'est pour ouvrir de nouveaux horizons à leur communauté de Frères évangéliques réformées libres dans le Christ (!) que Swenson, le doyen des Etudes religieuses, a voulu faire appel à DS.

Il sera leur glasnost.

 

En attendant c'est plutôt à la glace et à la neige que Silverman est d'abord confronté. Sur place les conditions climatiques sont catastrophiques. Une tempête de neige s'annonce. Le simple aller-retour envisagé par Silverman apparaît dès le départ compromis. 

 

La communauté qui l'accueille est adepte du " dispensationalisme ". Pour eux, près de 99% de tout ce qui existe appartient au " monde des ténèbres ". De leur point de vue, boire du Coca-Cola et même du café est un péché mortel !

 

Il est persuadé d'avoir affaire à la Moral Majority mais on lui explique que cela va beaucoup plus loin que ça.

Dans le coin on pense par exemple que les Teletubbies encouragent l'homosexualité et que Barney le dinosaure est le malin en personne.

 

D'autre part, par ici, on ne paye pas d'impôts à l'Etat démocratique qui n'est rien d'autre qu' "un complot laïque contre le peuple de Dieu". Le gouvernement laisse faire, semble t-il, parce qu'il ne veut pas de vagues.

 

Lorsque Silverman s'entend dire que la Shoah n'a pas existé ou que ce qu'on en dit est très exagéré, il décide de balancer sa conférence aux orties et préfère parler à son auditoire de sa tante Naomi, internée dans un camp de la mort .

 

Plus tard, aidé en cela par le fantôme de Papi Zvi, son grand-père et celui de Shenandoah Fish , un résident imaginaire  de Livreville, là où dans l'esprit de Daniel se retrouvent tous ses héros littéraires, il avoue même son homosexualité alors qu'il ne s'exprime d'habitude jamais sur ce point.

 

Certains dans l'assemblée reçoivent assez mal ses confidences d'autant qu'il ajoute pour faire bonne mesure qu'il est aussi pour la liberté de l'avortement !

 

Dès lors Silverman ne se sent plus en sécurité et n'a qu'une envie : décamper le plus vite possible. Mais la tempête de neige a redoublé de puissance, routes et aéroports sont bloqués.

 

Devenu persona non grata il est prié de rester à l'écart des toilettes et ne pas s'approcher des jeunes gens !

 

Il décide alors qu'il est un anthropologue chez des sauvages. " Houga-houga ". Contraint et forcé il accepte de disputer des parties de dame avec le professeur Jasper qui, à coup de citations bibliques (du reste tout le monde ici est rompu à ce petit jeu), va tenter de le convaincre qu'il vit dans l'erreur et le péché.                              

 

Il doit également éviter tout contact avec Hask, le plus dangereux de ses hôtes, soupçonné d'être un poseur de bombes. 

 

Ce que les étudiants apprennent dans cette école ce n'est pas l'amour, car le monde moderne est amoureux de l'amour, mais la crainte. La crainte de Dieu.

 

Il a tout de même la surprise de faire la connaissance de l'alliance (secrète) des gays et lesbiennes de North Fork. C'est en fait aux manoeuvres de ces jeunes gens qu'il doit en dernier ressort son " plaisant " séjour en ces lieux.

 

Finalement, après bien des aventures et moultes discussions métaphysiques, il sera sauvé in-extremis et, grâce aux " photographies mentales " (un truc d'écrivain) prises pendant son séjour ainsi qu'à sa relecture peu dévote d'un classique de la littérature moraliste Le voyage du pélerin, il connaitra même un regain de succès avec sa nouvelle oeuvre La quête du gay...

Tag(s) : #Journal de lecture

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