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http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRiS-lU5fsBQqwp6jg5cjBwwVEPpRHf88PBjU7QGb6yZ6vCXrRy6gAu sein de la compagnie tous ne sont pas du même avis. Harvey Torriti (dit le Sorcier), qui parle couramment le dialecte sicilien, et a servi d'agent de liaison avec les clans de la Mafia qui ont soutenus les Alliés pendant l'invasion de la Sicile et plus tard pendant les débarquements en Italie, est d'avis, après la guerre, qu'il faut soutenir les sociaux-démocrates italiens. 


Angleton (Maman), le chef du contre-espionnage, pense lui que si l'on en gratte un on trouve un communiste qui reçoit ses ordres du Kremlin. Résultat, la Compagnie appuya de tout son poids les démocrates-chrétiens qui finirent par gagner les élections.

 

Angleton considère en outre que Torriti, idéal pour organiser une défection, n'est plus à la hauteur dès que la situation exige une vraie culture géopolitique et ne peut suivre Maman dans ce que T.S. Eliot avait appelé " la jungle des miroirs ".

 

Pour l'instant, le 31 décembre 1950 à Berlin, l'exfiltration de l'agent Russe dont Torriti s'occupe est en train de tourner au vinaigre. L'Ange déchu tire sur un agent allemand mais Torriti l'empêche de tirer sur l'agent du KGB qui l'accompagne : " On peut abattre les Allemands mais avec le KGB c'est une autre histoire. On ne leur tire pas dessus. Ils ne nous tirent pas dessus. "

 

Le très méfiant Angleton a un très bon ami anglais, un certain Harold Adrian Russel Philby - Kim pour ses collègues du MI6.

 

Quelques mois plus tôt, Jack et Léo, qui pratiquent l'aviron à Yale et n'ont pas encore été recrutés, discutent : Léo considère qu'il faut que l'Amérique cesse de faire patte de velours (comme avec les Allemands et les Japonais) pendant que les Russes, eux, font de tout leurs pays satellites des Etats esclaves et sabotent les élections libres en France et en Italie.

 

Aux Etats-Unis quand les sirènes d'attaque aérienne se déclenchent, à l'école, tous les enfants s'abritent sous la table.

Les alertes atomiques font aussi partie de la Guerre froide.

 

Les Coréens du Nord viennent d'envahir la Corée du Sud.

Ebby, qui a fait partie des équipes à trois hommes des Jedburghs entrainés par l'OSS (l'ancêtre de la CIA) et parachutés en France pendant la Guerre, songe sérieusement à accepter la proposition de Franz Wisner de rejojndre la CIA née de la constatation par Harry Truman en 1947 que l'Amérique a peut-être tout de même besoin d'une agence de renseignements même en temps de paix.

 

Déjà on fait à la CIA le reproche de n'avoir pas prévu assez tôt l'attaque nord-coréenne mais aussi avec son budget ridicule...

 

Ebby, Milicent, Léo et Jack, tous quatre en stage sous couverture, discutent de Truman qui a pris la décision quelques jours plus tôt de confier les chemins de fer à l'armée pour éviter une grève générale. C'est un vrai dur dit Jack. C'est surtout un sacré briseur de grêve répond Milicent. Un président digne de ce nom ne peut céder devant des grévistes pendant que le pays se bat en Corée ajoute Ebby.

 

Evgueni, après ses études à Yale (?), est de retour à Moscou. Il fait si chaud que l'asphalte fond. Son père, qu'il n'a pas revu depuis la mort de sa mère, lui présente un dénommé Starik, héros de guerre qui s'avère être colonel général du KGB...   

 

Plus tard, Evgueni, devenu Eugene, est de retour au Etats-Unis, incognito, et discute avec Bernice, en pleine rébellion contre le système capitaliste. La merveilleuse Amérique, dit-elle, a été construite sur deux crimes jamais mentionnées : le crime perpétré contre les Indiens et le crime contre les Noirs.

 

Le 9 avril 1951 Ebby dit adieu à son unité de commando albanais. Tous ont perdus un des leurs : le père de Kapo a été jugé, condamné, enfermé dans une cage puis jeté dans la mer du pont d'un navire...

 

Ils sont fin prêts pour rentrer clandestinement en Albanie et tuer Enver Hoxha. Cela devrait entraîner un " soulèvement des éléments démocratiques...une révolte en Albanie pourrait déclencher d'autres soulèvements dans les Balkans et dans les autres pays d'Europe de l'Est et même - pourquoi pas ? - en Ukraine, dans les pays baltes et dans les républiques d'Asie centrale...". Voeux pieux.

 

A Washington, le 25 février 1956, le directeur  Dulles détaille à l'intention d'un journaliste du New York Times  les quelques triomphes à l'actif de la compagnie : " Nous nous sommes débarrassés de ce Mossadegh, là-bas, en Iran...il y a deux ans nous avons soutenu moralement ceux qui ont renversé le fameux (?) Arbenz, là, au Guatemala, quand il a pris des communistes dans son gouvernement." Peut-être aussi, glisse le journaliste, parce qu'il a nationalisé 400 000 acres de bananeraies appartenant à une compagnie américaine...On lui rétorque que la Compagnie ne défendait pas les intérêts de la United Fruit mais les intérêts des Etats-Unis...dans le cadre de la doctrine Monroe...qui, en gros, définit dès 1823 les Amériques comme étant la chasse gardée des Etats-Unis. 

 

Le " Wiz ", le patron des opérations extérieures, apporte un cable au directeur. Khrouchtchev a prononcé devant le XXè Congrès du PCUS, où il a ouvertement dénoncé le culte de la personnalité, un euphémisme pour qualifier les 27 ans de terreur du règne stalinien. Une révolution !

 

En Hongrie, en octobre 1956, alors que la rebellion va bientôt secouer le pays, Ebby, venu apporter un message aux " contre-révolutionnaires " ( les Américains n'interviendront pas directement en Hongrie...) s'entend dire que " les fascistes vous torturaient pour vous faire avouer les crimes que vous aviez vraiment commis tandis que les communistes vous torturent pour vous faire avouer des crimes imaginaires ".

 

Après l'échec du soulèvement et la féroce répression russe, Radio Free Europe et Radio Liberty sont reprises en main et ne diffusent plus sur leurs ondes la recette de fabrication des cocktails Molotov...

 

Les caches d'armes secrètes sont abandonnées, la CIA fait profil bas et se recentre sur la collecte et l'interpétation des renseignements concernant son principal adversaire.

 

On met néanmoins sur pieds une opération consistant à assassiner Fidel Castro dans le cadre de la mise " hors d'état " de dirigeants étrangers...et devrait faciliter une éventuelle opération de débarquement à Cuba...

 

C'est le Sorcier, de retour d'Allemagne, qui est chargé de l'opération et on lui suggère de confier le boulot à Cosa Nostra...

 

Le FBI détient une bande dans laquelle Joe Kennedy, le père de John Fitzgerald "Jack " Kennedy, en course pour la présidentielle, demande à Mooney, un parrain de la mafia, de pousser pour l'élection de son gamin.

Et une autre où, dans une chambre de motel, Jack, après une partie de jambes-en-l'air avec Judy Exner, la petite amie de Giancana, le chef de Cosa Nostra à Chicago, remercie celui-ci pour son aide et lui remet une sacoche...

 

C'est grâce à ces bandes que J. Edgar Hoover, le patron du FBI, " tient " les Kennedy.

 

Joe Kennedy a promis à Giancana que si son fils était élu il nommerait Bobby ministre de la justice et que celui-ci laisserait la Cosa Nostra soufller un peu.

 

Pourtant Bobby, interrogeant Mooney devant un comité du sénat, traite pratiquement celui-ci de petite fille.

Racontant quelque temps après l'histoire à Torriti il promet qu'un de des jours il foutra une raclée à ce trou du cul...

 

L'opération de débarquement à Cuba se précise. Jack est très impliqué auprès des cubains anti-castristes que la CIA entraine dans une lointaine plantation de café en Amérique centrale. Ebby, lui, est de plus en plus opposé à l'opération.

Son opinion est que ce n'est pas le rôle de la CIA d'organiser l'invasion d'un pays, les forces armées sont là pour ça.

Que l'opération réussisse ou pas, cela risque d'handicaper la compagnie pendant des années. 

 

Selon Ebby la CIA a une facheuse tendance : envoyer des autochtones pro-américains se battre à sa place, en observant la scène bien à l'abri dans la forteresse Amérique pour voir combien pourrait survivre...

Il décide donc de démissionner mais le directeur Dulles ne l'entend pas de cette oreille. Si l'opération à Cuba échoue des têtes vont tomber à la CIA et il faudra des hommes tels que lui pour recoller les morceaux.

 

Le débarquement dans la baie des cochons est un fiasco. Prévenus les cubains ont organisé la riposte. Contrevenant les ordres, Jack a débarqué avec ses ouailles et ne s'en est sorti qu'in-extremis.

 

La CIA prend ses quartiers à Langley dans la banlieue de Washington.

 

Starik, le maître espion russe, se fait la réflexion que le jeu c'est aussi d'envoyer en Occident de faux transfuges porteurs de secrets véritables et de vrais transfuges porteur de faux secrets !

 

En 1974 l'antenne de Téheran prévoit que Muhammas Reza Chah Pahlavi restera à la tête du pays jusqu'au siècle suivant et que les fondamentalistes islamistes ne menacent nullement la stabilité du golfe persique ni l'approvisionnement en pétrole...

 

La même année, Angleton (Maman), qui ne s'est pas vraiment remis de la trahison de son ami Philby et voit des espions russes partout, croit avoir trouvé le fameux SACHA en la personne de Léo Kritzky, devenu le chef de la division soviétique à la CIA. Il le fait mettre au secret et espère le faire craquer.

 

Mais il ne cède pas et finit par être innocenté.

 

Starik commence à penser que son projet KHOLSTOMER (qui vise l'économie américaine et s'appuie entre autres sur la banque du vatican et ses activités de blanchiment) va peut-être voir le jour grâce à l'appui de Brejnev.

Pour que le projet puisse être mené à bien un jour, il a déjà fallu qu'un pape soit assassiné...

 

En 1983 la CIA est plus clairvoyante en ce qui concerne l'ISI, le service de renseignements militaires pakistanais : l'ISI monopolise le marché de la redistribution des largesses américaines et veut que la guerre russo-afghane se termine avec le pays aux mains des fondamentalistes (Talibans) pour renforcer leur position contre l'Inde.

 

Oussama Ben Laden, que la journaliste Maria Shaath qualifie de fondamentaliste enragé, exècre l'Occident comme il exècre les Russes...et  l'Amérique symbolise l'Occident...

 

L'Afghanistan est un vrai sac de noeuds. Il y a en réalité plein de guerres qui se chevauchent : des guerres ethniques, des guerres de clans, des guerres tribales, des guerres autour de la drogue, des guerres religieuses, les chiites iraniens contre les sunnites afghans, les taleb qui étudient le Coran dans leurs madrasas pakis contre la diaspora afghane dans les universités laïques, les Tadjiks de Massoud contre tout le monde, les wahhabites saoudiens contre les sunnites irakiens, les capitalistes avec un petit c contre les Communistes avec un grand C, le Pakistan contre l'Inde...

 

Lors d'un rendez-vous avec son agent traitant, Eugène, SACHA affirme qu'il y en a à la CIA qui ont sablé le champagne pour fêter ça quand Bobby s'est fait descendre, assassiné par un Palestinien dans la cuisine d'un hôtel de Los Angeles...

 

Lors d'une réunion Ronald Reagan exprime sa crainte de voir les islamistes afghans retourner les missiles Stinger que l'on veut mettre entre les mains des moudjahidins contre les Etats-Unis une fois la guerre terminée...

 

La CIA avait à l'époque détecté des signes de ralentissement de l'économie soviétique mais continuait de surévaluer son importance et son taux de croissance afin de calmer les acolytes de Reagan qui blêmissaient  dès qu'on évoquait la possiblité d'une baisse de l'économie et des dépenses militaires soviétiques. Pas question de remettre en question la logique qui motivait la décision du Président de faire construire le bombardier B-1 ou de budgeter une Marine de six cent bâtiments...   

 

Le KGB lui fait le pari que plus vite la guerre cessera, plus vite les fondamentalistes, avec le KGB qui tirera les ficelles, se tourneront vers les gisements de pétrole saoudiens.

 

Finalement Maman avait raison : Leo Kritzky était bien un espion russe ! En 1991 il y a déjà 7 ans qu'il a rejoint Moscou.

 

Eugène (Evguéni) a également réussi à rentrer au pays.

 

C'est désormais Gorbatchev qui est aux commandes du parti communiste et pour la première fois en mille ans d'histoire, les Russes sont allés aux urnes et ont élu leur président : Boris Eltsine.

 

Des représentants du Congrès expriment à Ebby, devenu directeur de la CIA, leur mécontentement : " On est là, à dilapider dans les 28 milliards de dollars par an de l'argent des contribuables pour les renseignements. Et l'événement le plus important depuis la fin de la 2è guerre mondiale - le déclin et la chute de l'empire soviétique - n'a pas été prévu. Bordel de merde, la CIA ne nous a même pas avertis une semaine avant ! ".

 

Dans le temps le directeur Casey avait vendu des armes aux Iraniens pour financer la rébellion contra au Nicaragua. Cela lui a explosé à la figure. Ebby ne veut plus de ce genre de chose.

 

En Russie un coup d'Etat est prévu pour le 1er septembre. Evguéni est aux premières loges. Devenu un entrepreneur et un banquier prospère, il a été approché par les conspirateurs en raison de ses liens avec le maître espion Starik qui, de son lit d'hôpital, voit d'un très mauvais oeil les changements en cours dans son pays.

 

Mais tout comme Léo Kritzky il est bien sûr contre le coup d'Etat et fait tout pour s'y opposer tout en faisant semblant d'y participer.

 

La CIA elle monte une opération qui n'est plus dans sa manière mais qu'elle estime indispensable : il s'agit de faire assassiner simultanément tous les conspirateurs !

 

Malheureusement le coup d'Etat a lieu avant que ce projet n'aboutisse. En Crimée les putchistes assignent Gorbatchev, coupé du monde extérieur, à résidence et prévoit d'arrêter Eltsine.

 

Des milliers de manifestants entourent le Parlement, forment spontanément un bouclier humain et organisent la résistance.

 

Eltsine, juché sur un char devant la Maison Blanche (le parlement), annonce qu'un coup d'Etat anticonstitutionnel d'extrême droite est en cours et qu'il proclamera comme illégaux toutes les décisions que prendra le " comité d'Etat ".

 

Leo se propose pour monter la garde devant le bureau d'Eltsine. Il y rencontre un certain Rostropovitch.

 

Lorsque 3 grands chars apparaissent et se dirigent vers la barricade les défenseurs parviennent à les repousser à coup de cocktails molotv mais trois d'entre eux sont tués, dont Leo Kritzky.

 

Evgueni, apprenant la mort de Leo par la radio restée fidèle à Eltsine, décide de venger son ami : il se rend à la clinique où est alité Starik et débranche la pompe qui maintient celui-ci en vie.

 

Revenu au QG des putschistes il est surpris en train de téléphoner au Parlement et tué à son tour par la femme d'un magnat de la presse rallié aux putschistes...

 

Finalement le putsch échoue, la décision d'attaquer en force le Parlement n'ayant jamais été prise. De plus le Peuple ne s'est pas rallié au comité mais a au contraire soutenu les institutions démocratiques toutes neuves.

 

L'Amérique a gagné la guerre froide. En ex-URSS un certain Poutine, un ancien membre du KGB puis du SRB, et qui, sentant le vent tourné, a joué un rôle dans l'échec du putsch et a pu récupérer à son profit, tout comme Jack présent à Moscou durant les évênements et tout comme la mafia russe à laquelle on a confié l'élimination à postériori des putschistes, une partie des sommes que Starik avait engrangé en Suisse pour mener à bien l'opéation Kholstomer, commence à faire parler de lui...

 

Avec son roman fleuve Robert Littell, le père de Jonathan Littell, auteur controversé des Bienveillantes, piétine quelque peu les plates-bandes de James Ellroy. En le lisant on pense très fort à la belle trilogie que JE a consacré aux coulisses du rêve américain et des clans Kennedy, Johnson et NIxon.

Je n'ai pas encore lu le 3ème tome, Underworld USA, paru 9 ans après le second, mais les 2 premiers offraient le même mélange de faits réels et de personnages inventés que La Compagnie ainsi qu'une relecture souvent explosive mais toujours rafraichissante d'une bonne part des évênements marquants de la seconde moitié du siècle dernier.

 

Plus classique dans la forme qu'Ellroy, Robert Littell, loin d'avoir livrer, en 2002, un livre testament (il est né en 1935), se montre au contraire très prolifique, avec 3 titres publiés depuis, tout comme son aîné de quatre ans,  John Le Carré. La fin de la guerre froide, leur " fonds de commerce " pendant des années, n'a pas tari leur plume, bien au contraire...  

 

Tag(s) : #Journal de lecture

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