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http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/archive/2/2e/20070326072504!Normandy_Invasion_June_1944.jpgLa première chose que l'on peut noter à propos de ce récit du débarquement allié, c'est qu'il ne s'intitule ni Le Débarquement (Georges Blond) ni Le Jour le plus Long (Cornelius Ryan) ni le D-Day et la Bataille de Normandie (Antony Beevor) mais Invasion 44.

 

Le fait qu'il ait été écrit, en 1964, par le général Hans Speidel, chef de l'état-major de Rommel, explique sans doute le choix d'un tel titre : en effet du point de vue allemand il s'agissait bel et bien d'une invasion !

 

Ce livre a du avoir quelque importance à l'époque de sa parution puisqu'il bénéficie d'une courte préface d'Ernst Jünger lui-même (Orages d'acier - Ernst Jünger ).

 

On le trouve dans la défunte collection J'ai Lu-Leur aventure, entièrement consacrée à la seconde guerre mondiale, avec ses couvertures illustrées d'un bleu profond. A ce propos impossible de retrouver sur Internet la couverture d'Invasion 44 alors que j'avais déjà réussi à la trouver auparavant. D'ou l'illustration un peu passe-partout ci-dessus. 

 

C'est aussi dans cette collection que l'on peut trouver Le Gr and Cirque de Pierre Closterman.

 

Il ne peut être qu'intéressant d'avoir, sur un aussi vaste sujet, le point de vue d'un homme qui fut l'un des acteurs de l'évênement et possède en outre la hauteur de vue permettant de dépeindre un tableau complet de la situation militaire mais aussi politique, coté allemand.


Toutes les autres histoires du débarquement, sauf peut-être l'ouvrage récent d'Antony Beevor si il a repris la méthode qui a été la sienne pour La Chute de Berlin, ont été écrites du point de vue des Alliés.

 

Hans Speidel a contribué à la préparation secrète de la conjuration et de l'attentat manqué du 20 juillet 1944 contre Hitler (voir à ce sujet le film Walkyrie).

 

C'est, en quelque sorte, son sauf-conduit après la guerre.

 

D'autre part, s'agissant d'un évènement de cette importance, il n'est peut-être pas inutile de lire plusieurs ouvrages et je compte bien me plonger un jour prochain dans la "somme" que semble constituer le livre d'Antony Beevor.

 

En 1943 la situation militaire de l'Allemagne n'est pas folichonne et a été marquée par une série ininterrompue d'échecs y compris sur le plan politique : chute de Stalingrad en février, capitulation de l'armée germano-italienne en Afrique, perte de la Sicile et chute de Mussolini en été, débarquement des Alliés en Italie, capitulation des Italiens en septembre, écroulement

de la guerre sous-marine et aérienne.

 

A l'Ouest la Wehrmacht , insuffisante quantitativement et qualitativement, s'attend à l'invasion des Alliés derrière le "mur" tout neuf de l'Océan Atlantique.

 

A l'Est c'est la débâcle. Les armées se replient, déchiquetées, au prix de durs combats.

 

Pour Hitler la bataille décisive du Mur de l'Atlantique doit être envisagée comme une pure et rigide défensive, le long de la côte.

 

En conséquence toute liberté stratégique est interdite au commandement du front ouest.

 

Le maréchal Rommel, commandant en chef du Groupe d'armées B, demanda en vain que fussent placées sous ses ordres, dans sa zone de commandement, en vue d'une mission défensive décisive, les trois armées et l'organisation Todt (chargée des constructions et des fortifications).

 

Le front de l'Atlantique mesure environ 4000 kilomètres. Une soixantaine de divisions d'infanterie "de secteur" y sont engagées mais elles sont constituées par de vieilles classes et leur équipement est insuffisant.

 

La Luftwaffe, sur tout le front ouest, ne dispose plus que de 70 chasseurs et 90 bombardiers.

 

Le 6 juin les Alliées effectueront 25 000 sorties aériennes !

 

Rejeter l'adversaire à la mer : tel est le seul mot d'ordre. Aucune leçon n'est tiré des expériences

du débarquement  Allié en Italie.


Or, selon le mot de Frédéric le Grand, "celui qui veut tout défendre ne défend rien". 

 

C'est à 5 h 30 que commença, tel un coup de tonnerre, le bombardement de la côte du Calvados par des centaines de canons de marine.

 

Dans l'après-midi du 6 juin s'esquisse le centre d'un débarquement de grand style entre l'Orne et la Vire. Dans la soirée, grâce à sa maîtrise absolue de la mer et de l'air, l'adversaire avait constitué entre l'Orne et la région de Ryes, une tête de pont de 25 kilomètres de largeur qui avait jusqu'à 10 kilomètres de profondeur et, à l'angle sud-est du Cotentin, une seconde tête de pont de 15 kilomètres de largeur et de 4 kilomètres de profondeur.

 

Très vite Hitler et le Commandement suprême de la Wehrmacht s'attendent à un second débarquement sur la côte de la Manche. Rommel lui n'y croit pas.

 

En conséquence des divisions inutilisées stationnent inutilement sur le front de la Manche.

 

Il n'est pas davantage question de dégarnir le front de Méditerranée ou la Bretagne.

 

Les contre-offensives échouent l'une après l'autre face à la redoutable efficacité et à la puissante supériorité des forces aériennes et navales adverses.

 

Hitler, lors d'une conférence le 17 juin à Margival, n'en a que pour la stratégie dite des "forteresses" (des villes à tenir à tout prix). Or l'ennemi ne se souciera pas de ces "forteresses" et n'y fixera aucune force importante, préférant les contourner.

 

Mais il est vrai que le Fürher ne voulait pas voir la situation telle qu'elle était mais vivait au milieu de ses rêves et de ses désirs.

 

Rommel adresse un ultimatum à Hitler et le 17 juillet 1944 sa voiture est mitraillée par des chasseurs-bombardiers ennemis. Il est grièvement blessé. 

 

Le Feldmarschall Von Kluge assume alors le commandement suprême du groupe d'Armée B.

 

Le 20 juillet Hitler échappe à un attentat et à partir de cette date la méfiance à l'égard de Von Kluge ne cesse de croître.

 

Patton et ses blindés effectuent une percée depuis Laval et sur l'axe Alençon - Le Mans puis en direction de Paris. 

 

En Méditerranée le débarquement est imminent, de même que, plus au nord, la chute de Paris. C'est la 2ème Division blindée du général Leclerc qui pénètre la première dans la capitale, rencontrant une résistance assez faible.

 

Mais l'ardente poursuite des Alliées se ralentit soudain. Hans Speidel refuse d'y voir des problèmes de ravitaillement mais il s'agit bien de cela et non de craintes excessives quant à la puissance du "Mur de l'ouest".

 

Remis de ses blessures Rommel n'est pas tiré d'affaire pour autant : convaincu d'avoir été mélé à l'attentat du 20 juillet il est acculé au suicide.

 

Au fil du temps il avait découvert l'amoralité croissante du régime qui ravalait l'Etat et l'armée au rang de simples exécutants du Parti et n'était mu que par l'appétit de gloire, la soif de meurtre, l'orgueil et la vanité.

 

La bataille de Normandie est perdue : si le Commandant allié avait exploité à fond les grandes possibilités stratégiques qui s'offraient à lui, la guerre se serait terminée dès 1944.

 

Le total des pertes allemandes se chiffre par un demi-million d'hommes.

 

Hitler a constamment négligé le conseil de Goethe : "Il n'y a pas un combattant prudent qui méprise son ennemi".  

Tag(s) : #Journal de lecture

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