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http://www.cinemovies.fr/images/data/affiches/2009/the-girlfriend-experience-16981-1405013098.jpgGirlfriend experience, sorti en 2009, la même année que les 2 volets de son biopic consacré à Che Guevara ( Che - 1ère partie : L'Argentin) , permet d'effectuer un saut de 13 ans dans l'avenir par rapport au film précédent.

 

Soderbergh ne ralentit donc pas le rythme.

 

On pourrait me reprocher un manque de rigueur, et on aurait raison, dans mon approche de l’œuvre de ce cinéaste. Pourquoi ne pas avoir commencer par Sexe mensonges et vidéo, son premier opus ?

 

Parce que je ne l’avais pas sous la main et parce que, comme Soderbergh lui-même il me plait de jouer avec le temps et la chronologie. L’excuse est certes commode mais de cette façon la surprise sera toujours au rendez-vous !

 

Chelsea, dans la petite vingtaine, exerce la profession d'escort girl. Son petit-ami l'accepte, quoique de plus en plus mal.

 

Les hommes la payent aussi pour qu'elle les écoute...ils lui parlent de leurs investisements pour les futurs études de leurs fils...elle est d'abord une oreille attentive pour leurs jérémiades, surtout en ces temps de crise économique (la crise financière de 2007-2008 est passée par là)...l'économie s'est cassée la figure (disent-ils) et cela les stresse..."Je me sens stressé, je devrais voir un psy mais avec toi ce sera plus cool"...  

 

C’est dire que les mots sont premiers et qu’ils sont d’ailleurs les premiers instruments de la coercition…

 

Le commerce des mots précèdent toujours le commerce des corps. Et il y a quelque chose d'insupportable dans ce commerce des hommes avec une femme...qui rend le film assez pénible...

 

Mais c'est bien sûr voulu et c'est un mécanisme déjà expérimenté par Soderbergh, avec plus d'humour cependant, dans Full frontal (2002) sur lequel je reviendrais...

 

Les hommes passent leur temps à lui dire quoi faire, comment investir (l'or c'est mieux) et veulent constamment améliorer l'image de cette jeune femme à peine sortie de l'adolescence ou optimiser son site Web ou l'aider à se diversifier, moyennant bien sûr finances…et pourquoi tu n’écrirais pas un bouquin ? qui pourrait devenir un film ?

 

Il faut dire qu'à 2000 dollars de l'heure elle est "bankable"...Homo-economicus...

 

Elle évolue dans un monde à la jonction de la mode, du sexe, des affaires et du cinéma....

 

"Les couples comme vous sont rares, les gens croient pouvoir séparer amour et sexe et quand ils le font ils sont intimidés, ils deviennent émotifs, jaloux." A qui Chelsea dit-elle cela ? A un homme qui lui masse les pieds...client ou masseur ? On ne sait pas très bien. D'ailleurs on ne sait pas toujours très bien qui est qui (un écrivain ne peut être qu’un scénariste, de passage à NY pour une projection)…même si finalement les bribes de dialogues apportent pas mal d'informations sur les divers personnages...mais cela demande une certaine agilité d'esprit et un effort de concentration. 

 

Chelsea et un de ses clients dinent au restaurant, enusite ils vont au cinéma, rentrent en taxi à l'hôtel, discutent du film puis il lui parle longuement d'un ami qui n'arrête pas de lui emprunter de l'argent, puis ils baisent, parlent un moment et il s'endort...

 

Film de scénariste et de dialoguiste (David Levien et Brian Koppelman) dans la mesure où le film est presque entièrement dialogué, on y voit, dans divers lieux (bars, chambres d’hôtel, boutiques, restaurants, galeries, voitures) Chelsea ou son petit ami, le plus souvent en pleine conversation, il est toujours question de fric, d'économie, de business, de position sociale ou...de lignes de vêtements...

 

Chelsea aimerait bien ouvrir une boutique mais se demande si sa profession d'escort girl ne risque pas de rebuter une partie de sa clientèle...bien sûr ce serait différent s'il s'agissait d'un sex shop...

 

Film de cinéaste aussi par le soin extrême apporté au cadre, à l’image, aux couleurs. Personnages silhouettés, filmés de dos, reflets…alernance presque mathématique de plans rapprochés et de plans d'ensemble...

 

Ici l'image est parfaite, lisse et sans aucun grain...la DV n'est pas (comme dans Bubble autre expérience cinématographique ( Bubble - Steven Soderbergh 2 ) à l'ordre du jour...

 

Avec ce  21ème film Soderbergh atteint une certaine forme d’abstraction, à l’instar d’un Gus Van Sant avec Elephant, Gerry ou Paranoid Park…la musique, douce et lancinante, avec de brusques éclats de rock progressif, avec aussi l'intervention, dans des scènes en extérieur, de musiciens de rue, un batteur, un couple de chanteurs de folk, participe bien sûr à cette esthétique un peu glacée...  

 

Les dialogues d’une scène chevauchent les images de la scène suivante donnant au film tout à la fois fluidité et sentiment d'irréalité…succession de séquences prises en " cours de route "...

 

La parenté avec Bret Easton Ellis est flagrante à travers le journal de Chelsea, tapé sur son ordinateur portable : je portais une robe et des souliers Michael Korsrs, des dessous La Perla…on s'est retrouvés au bar, avons parlés 1/2 heure...on a baisés pendant une heure dans la chambre d’hôtel, parlés de ça pendant environ 15 minutes et il s’est endormi…on se croirait dans Américan psycho

 

Chelsea, une grande soeur des étudiantes perdues et dévoyées des Lois de l'attraction de BEE (adapté au cinéma par Roger Avary) ?

 

Elle a pour règle de ne rencontrer que des hommes ayant déjà eu affaire à des escorts girl mais peut faire une exception …si votre date de naissance concorde avec la sienne.

 

Même si elle n'emploie pas le mot, démodé, Chelsea croit au karma et dans les astres...table beaucoup sur les rencontres et le feeling...elle est paumée mais elle ne le sait pas.

 

Elle croit sentir quelque chose chez un client et accepte, contre les règles, en désaccord avec son petit-ami, de partir avec lui en week-end. Elle part la première mais il ne la rejoindra finalement pas : une communication vidéo avec ses enfants l'a décidé à rejoindre sa famille...

 

Mais elle le revoit, malheureuse, après qu'un blogueur spécialisé dans l'érotisme lui ait demandé de glisser un coton-tige en elle pour la "gouter"...et lui avoir fait miroiter un voyage à Dubai où le fric coule à flot des robinets et où les jeunes femmes russes font un carton mais ça pourrait changer au profit des américaines...

 

Soderbergh réussit l'exploit de ne montrer aucune scène de sexe même dans la version alternative non censuré !

Mais Chelsea écrit dans son journal : il m'a demandé de me masturber et il s'est masturbé en me regardant...

 

Un journaliste s’intéresse à elle, dans le cadre de son métier, parce qu’elle est la seule escort girl qu’il connaisse à avoir un petit ami…mais finalement il aimerait bien pouvoir dépasser le stade d’une relation interviewé/interviewer…Il voudrait connaître la vraie Chelsea, le vrai diamant, pas le faux...  

 

Il y a un coté "pop" dans ce film mais "pop" triste...on peut d'ailleurs le rapprocher du film d'Alan J Pakula de 1972, Klute, avec Jane Fonda (Potter, Klute, Bastogne, Indochine, la Victoire en Chantant... ).

 

Son petit ami, coach physique, est beau et baraqué et ressemble vaguement à l’acteur de Querelle de brest et de Midnight express…il ira finalement en WE à Las Vegas parce qu'elle a accepté de partir en WE avec un client ... 

 

Soderbergh signe aussi la photographie et le montage.    

 

Actrice porno à l’origine, Sasha Grey a de faux airs de Katerine Zeita-jones…et elle a l’air de tout chez Soderbergh, sauf précisément d’une actrice porno…timide et presque éteinte…ou tout simplement jeune et immature…

 

Dans le dernier plan on la voit, en petite tenue, enlacer, juste prendre dans ses bras, un de ces clients qui a juste tomber le pantalon...on ne sait pas ce qui va suivre mais le message semble clair : en ces temps de Crise généralisée, on a tous besoin d'amour mais plus encore de contact...

Tag(s) : #Cinéma & DVD

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