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Band of brothersLa série produite par Tom Hanks et Steven Spielberg Band of Brothers est une adaptation du livre que l'historien Stephen Ambrose a consacré à l'épopée de la compagnie E (506è régiment, 101è Airborne) - du débarquement en Normandie, au nid d'aigle d'Hitler en passant par la Hollande et les Ardennes...

A partir des archives et, surtout, des témoignages des survivants ce spécialiste de la seconde guerre mondiale a composé son récit, jour par jour..

 

Le second conflit modial a été tellement énorme, il a brassé tellement de personnalités, de généraux et d'hommes d'Etat éminents - ou moins éminents - que les gens se sont lassés de lire des livres sur Eisenhower et le haut commandement, Roosevelt et la stratégie de la guerre. Ce qu'ils recherchent à présent ce sont les expériences personnelles des soldats, des marins, des aviateurs...dit l'auteur dans sa préface : " Je suis très heureux de participer (aux côté de Tom et Steven) à cette tentative de faire revivre les combats de la Seconde Guerre mondiale au travers de ces histoires individuelles ". 

 

Les 140 hommes de troupe, sous-officiers et officiers qui constituaient l'effectif de départ de la compagnie E étaient blancs, célibataires, chasseurs et sportifs et volontaires pour devenir parachutistes. Ils voulaient faire la guerre aux côtés d'hommes bien préparés et bien entraînés auxquels ils pourraient faire confiance.  Etait-ce vraiment le meilleur calcul pour espérer rester en vie ?

Les pertes subies par la compagnie se sont élevées à près de 150% de l'effectif de départ. Parvenue à son maximum d'efficacité, en Hollande, en octobre 1944, et dans les Ardennes, en janvier 1945, c'était une des meilleures unités d'infanterie au monde.

 

A Camp Toccoa c'est le lieutenant (puis capitaine) Sobel, commandant de compagnie, surnommé "le cygne noir", qui est chargé d'entraîner les hommes. Cet entraînement est particulièrement dur et intensif : trois sur cinq seront éliminés et reversés dans l'infanterie.

Sobel était un tyran au petit pied et presque tous le haïssaient. Dans son dos, ses subordonnés - dont le parler ordurier ("con", "foutre", "merde" et leurs dérivés) a fait d'eux des initiés, les membres d'un groupe - le traitaient de tous les noms, l'épithète le plus couramment employée étant "putain de juif". Pourtant " Herbert Sobel a fait la compagnie E."

 

A Fort Benning le moment tant attendu est arrivé : ils reçoivent la récompense pour laquelle ils travaillent depuis 6 mois, les ailes d'argent que l'on épingle sur leur poitrine. Après cet instant inoubliable, chaque membre de la compagnie E, chaque membre du 506è est devenu à jamais un homme hors du commun.

 

A Fort Bragg, la division commence à s'interroger : où allait-on les envoyer, vers l'Est ou vers l'Ouest, en Angleterre, en Méditérranée ou dans le Paciifique ?

 

Ce sera New York puis Liverpool...

 

La compagnie E allait rester à Aldbourne, à 130 kms à l'ouest de Londres, pendant neuf mois ; de loin son plus long séjour au même endroit. 

 

La plupart des connaissances acquises à l'entraînement ont été très utiles au combat, mais c'est cette intimité, cette confiance totale, cette camaraderie confortées à l'occasion de ces longues nuits humides et froides, passées à craphuter dans la campagne anglaise, qui se sont révélées les plus utiles.

 

Le 25 avril, à l'occasion d'un entraînement en vue du débarquement sur la côte sud-ouest de l'Angleterre, des torplleurs allemands réussissent à se glisser parmi les transports de troupe et les engins de débarquement  de gros tonnage à bord desquels se trouvaient les hommes de la 4è division d'infanterie, parvenant à en couler deux et à en endommager plusieurs autres. Plus de 900 hommes périssent noyés mais "l'incident est tenu secret par les Alliés de peur qu'il ne porte atteinte au moral des troupes..."

 

Le mercredi 31 mai 1944, l'entraînement avait pris fin. Il avait duré 22 mois presque sans interruption mais subir le baptême du feu est une expérience extrême pour laquelle on en peut jamais être parfaitement prêt.

 

Pendant la traversée de la Manche, le sergent Lipton assiste à un spectacle que personne n'avait jmais vu ; un spectacle inoubliable pour tous ceux qui ont eu la chance de le contempler depuis les airs : une flotte d'invasion forte de 6000 bâtiments se dirigeant vers la côte normande.

 

Une heure avant le gros des troupes aéroportées, des éclaireurs spécialement entraînés ont été parachutés afin d'installer au centre des zones de largage des radiobalises destinées à guider les avions leaders. Mais lorsque les autres appareils les perdent de vue les pilotes se trouvent désormais dans l'impossiblité de savoir quand allumer la lampe verte déclenchant le largage...

 

13000 et quelques autres représentants de la fine fleur de la jeunesse américaine sautent,  constituant la première vague d'assaut lancée contre l'Europe continentale, la forteresse d'Adolph Hitler.

 

Du 6 au 14 juin la compagnie E ne chôme pas : le 12 elle perd 10 hommes lors de la prise de Carentan; le 13 elle en perd 9 de plus pour défendre cette même ville.

De 139 hommes, le 6 juin l'effectif a été réduit à 74, dont 18 tués, le 29 juin.

 

Le capitaine Winters, aussi apprécié que Sobel avait pu être haï, s'est auparavant illustré en détrusant avec une poignée d'hommes 4 canons de 88.

 

Cela lui vaut d'être proposé pour la médaille d'honneur du congrès.

 

Fritz Niland est le dernier survivant d'une fratrie de 4. Deux de ses frères sont morts le jour J, le troisème sur le théâtre d'opérations Chine-Birmanie-Inde. Fritz Niland va être rapatrié, pour lui la guerre est terminée. Cela ne vous rappelle rien ? Cette histoire vraie a bien sûr inspirée le film Il faut sauver le soldat Ryan.

 

Le 10 juillet, la compagnie E gagne Utah Beach afin de se préparer à embarquer pour l'Angleterre. A Aldbourne on leur donne 2 uniformes neufs, leur arriéré de solde - plus de 150 dollars - et une permission d'une semaine. Le lendemain matin ils sont dans le train pour Londres. Mais peu après l'entraînement reprend avec en plus la nécessité d'incorporer de nouvelles

recrues fraîchement débarquées...

 

Dès qu'ils sont de retour au front, leurs doutes et leur nervosité s'envolent, ils redeviennent insensibles, impitoyables, impassibles. Ils retrouvent confiance en eux et l'exaltation du combat ; la volonté de se surpasser et de vaincre reprend le dessus. En tout cas c'est ainsi que le sous-officier Lipton voit les choses.

 

Le soldat-écrivain Webster note lui que les gars ne sont plus aussi enthousiastes ni aussi pressés de passer à l'action qu'avant la Normandie. Ils n'ont plus envie de se battre.

 

Plus tard le 15 décembre 1944 la guerre fera une surprenante victime : Glenn Miller, que 6 hommes de la  compagnie E avaient pu voir en concert le 25 juin, meurt mystérieusement ce jour là lorsque le petit monomoteur qui le transporte disparaît au dessus de la Manche au cours d'un voyage Londres-Paris...

 

Pendant ce temps les armées alliées poursuivent leur avance à travers la France et la Belgique. Les troupes aéroportées, le meilleur atout d'Eisenhower, sont celles qui sont désormais le moins utliisées.

Aussi lorsque Montgomery lui propose de les utiliser dans une opération complexe, audacieuse et dangereuse, mais potentiellement décisive, qui consisterait à franchir le Rhin en Hollande, Eisenhower accepte aussitôt.

L'opération Market-Garden est sur les rails.

 

La compagnie E va bientôt devoir emprunter "La route de l'enfer"....

 

Comme cela a déjà été dit c'est une des meilleures compagnies d'infanterie des forces expéditionnaires alliés. Pourtant, au cours des dix premiers jours passées en Hollande, elle n'a connu que l'échec, prenant même une "sévère déculottée", selon l'expression employée par Winters. elle n'a pas réussi à s'emparer du pont de Son, elle n'a pas pu percer à Nuenen et, pour la première fois, a du battre en retraite ; sa progression en direction d'Uden a été stoppée, et son attaque initiale contre le saillant établi par les allemands au sud de Veghel s'est soldée par un échec.

 

Pourquoi ? Dans tous les cas elle était en situation d'infériorité numérique avec une puissance de feu plus faible, insuffisante pour affronter les blindés allemands. De surcroit les Allemands alignaient des troupes d'élite. Il y a aussi eu un manque de coordination entre tankistes britanniques et parachutistes américains....

 

Plus généralement le front était beaucoup trop étroit puisque réduit à une seule route. 

 

Le 27 septembre la compagnie ne compte plus que 132 officiers, sous-officiers et hommes de troupe sur les 154 qui avaient sauté, dix jours plus tôt sur la Hollande.

 

Et ils ne sont pas au bout de leurs peines. Ils leur faut maintenant s'adapter à une véritable guerre de tranchées plus caractéristique de la Première Guerre mondiale que de la Seconde.

Sur une "île en terre" enserrée entre les deux bras principaux du delta du Rhin, les combats sont principalement des duels d'artillerie mais l'infanterie doit se tenir prête à repousser une éventuelle offensive de l'infanterie allemande et à fournir des observateurs avancées aux artilleurs.

 

A la tête d'une patrouille de 15 hommes Winters repère une mitrailleuse allemande MG 42. Il décide d'attaquer la position ennemie au mortier et à l'aide de leur mitrailleuse 7,62 puis il se rend compte qu'il n'a pas d'autre choix que de prendre une position ennemie retranchée derrière une route en remblai qu menace, à terme, le PC du 2ème bataillon.

 

Couvertes par des tirs de mitrailleuse, 3 colonnnes de 30 hommes (des renforts ont été appelés) se lancent à l'assaut, pliés en deux et baïonnette au canon. Winters, qui mène la charge, arrive le premier au pied du remblai et saute sur la chaussée. Il aperçoit un groupe compact de soldats, plus d'une centaine, couchés sur le sol, coude à coude et lui tournant le dos.

Après un échange de grenades avec une sentinelle il l'abat et se met à tirer dans le tas. Des Allemands s'écroulent, d'autres le mettent en joue ou s'enfuyent.

Après avoir vidé 2 chargeurs, il se met à l'abri puis c'est un véritable jeu de massacre. Winters alerte l'artillerie par rado et les canons anglais se mettent à pilonner le gros des soldats allemands qui battent en retraite.

 

Une section de la compagnie E, comptant 35 hommes avait mis en déroute deux compagnies SS fortes de 300 hommes. Les pertes américaines (y compris celles de compagnie F) s'élevaient à un mort et à 22 blessés. Les pertes allemandes atteignaient une cinquantaine de morts, une centaine de blessés et 11 prisonniers !

 

La supériorité de la compagnie dans tout les domaines de la tactique d'infanterie était démontrée : patrouille, défense, attaque sous la protection d'une base de feux, repli, mai aussi et surtout, adresse individuelle exceptionnelle au tir au fusil, à la mitrailleuse et au mortier.

 

Cette action plut beaucoup au service des relations publiques de la 101è division qui lui donnât un maximum de publicité.

 

Par la suite la campagne de Hollande s'éternise. Le froid s'ajoute désormais à la pluie quotidienne. Finalement dans la 2ème quinzaine de novembre, des unités canadiennes relèvent progressivement la 101ème division.

En repartant elle ne compte plus que 98 officiers, sous-officiers et hommes de troupe.

 

C'est au camp de...Mourmelon que la compagnie reconstitue ses forces sans jamais perdre de vue la merveilleuse promesse d'une permission à...Paris.  Mais le 16 décembre une mauvaise nouvelle tombe : une percée allemande vient d'avoir lieu dans les Ardennes.

 

A la mi-décembre la Wermacht avait regroupé 25 divisions dans la massif de l'Eifel, en face des Ardennes, de l'autre côté du Rhin. La surprise est aussi totale qu'au moment du déclenchement de l'opération Barbarossa ou lors de l'attaque contre Pearl Harbor. 

 

Le 19 décembre la compagnie E monte en ligne au sud de Foy, et devient l'un des éléments du périmètre de défense établi autour de Bastogne. Les Allemands, eux, lancent 15 divisions dont 4 divisions blindés, appuyées par de l'artillerie lourde.

 

La compagnie E s'installe dans un bois de pins jouxtant des prairies qui descendent vers Foy, à 1 km de là.

Rester assis au fond de son trou était très pénible, monter la garde aux avant-postes plus pénible encore, mais le plus dur, c'était de participer à une patrouille de combat, d'aller "chercher la bagarre". 

Et ce n'est pas tout : il y a aussi les tireurs embusqués, les tirs de mitrailleuses et, pire que tout, les tirs d'artillerie.

 

A Bastogne la situation est si désespérée que le "commandant américain de la ville assiégée" reçoit un message envoyé par le "commandant des forces allemandes" exigeant une reddition immédiate en échange de la vie sauve....Sa réponse a le mérite d'être brève : "Des Clous !."

 

Puis, à la faveur du retour du beau temps, l'aviation alliée peut enfin intervenir et desserrer l'étau autour de Bastogne.  L'intervention de l'avant-garde de la 3ème armée de Patton est également décisive.

 

En vérité les Allemands surpassaient les Alliés en nombre sur le front de l'Ouest. Conséquence des décisions prises par Roosevelt au moment de l'entrée en guerre qui avaient prévu de ne pas incorporer les pères de famille et d 'accorder des

sursis à ceux qui travaillaient dans l'industrie et l'agriculture...

 

L'armée américaine avait pour politique de maintenir ses unités d'infanterie au front sans interruption et de combler les vides au fur et à mesure avec de nouvelles recrues, des bleus qui étaient donc amenés à combattre avec des inconnus. Même chose pour les anciens.

 

La guerre, c'est le monde à l'envers. Des étrangers se donnent beaucoup de mal pour vous tuer et s'ils y parviennent ils ne sont pas punis pour homicide...

 

Pas question de relève et encore moins de permission, il faut maintenant passer à l'offensive et reprendre Foy, un malheureux village qui a déjà changé de mains à quatre reprises !

 

Le Lieutenant Ronald C. Speirs est l'un des chefs de section de la compagnie D. Il jouit d'une certaine réputation. Mince, plutôt grand, brun, la mine sévère, d'une beauté sauvage, il avait l'étoffe d'un chef et agissait en conséquence. Les autres officiers le surnomment Sparky (Pète-le-Feu).

 

Winters, désormais à la tête du bataillon, observe le déroulement de l'opération conduite par la compagnie E commandée par le Lieutenant Dike. L'attaque tourne rapidement au fiasco lorsque celui-ci ordonne aux hommes de s'arrêter. Il reste pétrifié derrière une meule de foin ne sachant plus quoi faire et la compagnie subit des pertes inutiles.

Winters, très inquiet, ordonne alors à Speirs de prendre le commandement et de mener l'attaque jusqu'au bout. Il n'hésite pas à traverser (aller-retour !) les lignes allemandes en courant pour aller discuter avec le commandant d'une autre cie.

Cette reprise en mains est couronnée de succès, malgré l'artillerie allemande et grâce à un appui-feu conséquent.

 

Mais, en vérité, en 1942, la question qui se posait était : une armée de soldats-citoyens pourrait-elle combattre victorieusement la Wehrmacht au cours d'une longue campagne dans le nord-ouest de l'Europe ?

 

La compagnie E, par son comportement à Foy, a montré que c'était possible.

 

A la suite de cette opération, Speirs pend le commandement de la compagnie.

 

C'était l'hiver et que toutes ces actions se déroulèrent dans des conditions abominables.

La région connaissait une nouvelle vague de froid intense. Dans la journée la température tournait autour de zéro mais la nuit elle descendait parfois à moins 20 degrés. De plus il neigeait presque tous les jours.

 

Après la facile victoire de Rachamps, il était impossible de ne pas se rendre à l'évidence : la 101è division aéroportée était sortie victorieuse des face-à-face successifs qui l'avaient opposée à une douzaine de divisions d'élite allemande (blindés et infanterie). Alors qu'ils avaient été coupés du monde pendant la première semaine de siège et qu'ensuite, sous-alimentés, ne disposant pas de vêtements, d'équipements, ni d'armements adéquats, ils avaient été soumis à très rude épreuve.

 

Ils avaient survécu à la bataille des Ardennes parce qu'ils étaient devenus des frères d'armes.

 

Après un repos bien mérité, la compagnie E remonte en ligne à Haguenau, petite ville de quelques 18 000 habitants. Les Américains occupent la rive droite de la Moder, un affluent du Rhin, alors que les Allemands occupent la rive gauche (nord).

Les deux camps bénéficient de l'appui de leur artillerie et, à quelques kilomètres en arrière, les Allemands disposent d'un énorme canon sur voie ferrée (probablement un 305 mm) datant de la Première Guerre mondiale, qui tiraient des obus aussi gros que les canons de marine...

 

Six membres de la 1ère section remplacent 18 biffins dans un immeuble en ruine.

 

Les Allemands répliquent du tac au tac aux tirs d'artillerie demandés par la compagnie, un luxe dont ils n'avaient jamais bénficié.

Difficile de dire ce qui est le plus dangereux : les mortiers, les tireurs embusqués, les rafales de mitrailleuses, les obus de 88 ou cet énorme canon sur voie ferrée ?

Malgré cela les hommes sont en quelque sorte spectateurs de la guerre. Glenn Gray a écrit : " Les attraits secrets de la guerre sont le plaisir des yeux, celui de la camaraderie, celui de la destruction...Il ne faut jamais sous-estimer le faut que la guerre est un spectacle, quelque chose qui vaut le coup d'ête vu." (The Warriors, pp 28-29).

 

Dans son journal Webster note que pendant que le soldat Jackson meurt en hurlant et en gémissant sur un brancard aux Etats-Unis le niveau de vie ne cesse de grimper, les champs de course sont florissants, le boites de nuit battent des records de recette...Les américains sauraient-ils jamais ce qu'il en coûte de terreur, de sang versé, de morts atroces pour gagner une guerre ?

 

Sur le front le ravitaillement laisse à désirer. Les hommes de l'intendance qui déchargent les bateaux prélèvent leur part ; ceux qui s'occupent des transports par voie ferrée et les chauffeurs des camions aussi. Les officiers approvisionnement et les officiers logistiques ne sont pas en reste...

 

Après Haguenau les hommes, sans en avoir conscience, prennent de plus en plus de précautions. Ils voudraient avoir des yeux dans le dos. Ils commencent à se dire : " Bon Dieu ! Je vais peut-être arriver à m'en tirer. "

 

De retour à Mourmelon, un sentiment d'impuissance et d'exaspération gagne les anciens, olbigés, pour intégrer les nouveaux, de refaire, encore et encore, les mêmes exercices sur le terrain de manoeuvres.

 

A la fin du mois de mars la compagnie doit retourner au front, cette fois-ci sur le Rhin.

 

Les hommes étaient sur le point de faire la connaissance d'un cinquième pays étranger. Ils avaient bien aimé l'Angleterre et beaucoup apprécié les Anglais. Ils n'aimaient pas les Français qu'ils trouvaient peu reconnaissants, renfrognés, paresseux et sales (!). Ils avaient eu des rapports privilégiés avec les Belges, les habitants de Bastogne ayant fait tout leur possible pour aider les américains. Ils aimaient beaucoup les Hollandais.

 

A l'exception de quelques uns, ils n'éprouvent pas de haine envers les Allemands. Beaucoup de soldats américains trouvent que les Allemands sont exactement comme eux : propres, travailleurs, disciplinés, instruits, avec des goûts et un style de vie qui correspondaient à ceux des classes moyennes américaines (nombre de GI notent que les Allemands et les Américains sont les deux seuls peuples au monde à considérer que des toilettes équipés d'une chasse d'eau et de papier-toilette doux et blanc est une nécessité).

 

Au delà du Rhin ils voient que les conditions de vie en Allemagne étaient bien supérieures à ce qu'elles étaient en Grande-Bretagne, en France, en Belgique ou en Hollande...tout au moins à la campagne.

 

Le 18 avril, les troupes allemandes présentes dans la poche de la Rhur déposent les armes : 325 000 soldats se constituent prisonniers.

 

Pour Webster, la vue de tous ces allemands qui suivent la bande médiane de l'autoroute est un spectacle incroyable : deux GI gardant 2500 prisonniers...

 

Presque tous les membres de la cie, comme presque tous les soldats alliés, participent plus ou moins au pillage. Il commencent à trouver normal de s'approprier ce qui leur fait envie. C'était lucratif, amusant, peu risqué et parfaitement en  

accord avec le comportement de toutes les armées du monde depuis Alexandre le Grand.

 

Pendant les deux premiers jours du mois de mai 1945, la cie E progresse vers le sud en suivant l'autoroute Munich-Salzbourg, avançant lentement à contre-courant d'un flot de soldats allemands. Souvent, les Américains se trouvent en minorité au milieu d'une foule d'Allemands en armes...

Le 3 mai un nouvel objectif leur est assigné : Berchtesgaden. C'était le Walhalla, le séjour paradisiaque réservé aux dieux, aux seigneurs et maître de l'Allemagne nazie. Hitler avait là une maison mais aussi une retraite perchée au sommet d'une montagne, à plus de 2000 m d'altitude, et appelée Aldershorst (le "nid d'aigle").   

 

Le général Leclerc, commandant la 2è DB, espére arriver le premier mais il est arrêté parce que le génie allemand a dynamité un pont enjambant un profond ravin.

 

Winters, à la tête de son bataillon, réussit à atteindre Berchtesgaden par une voie détournée. On aurait dit un pays de conte de fées. Quelques jours auparavant la cie avait découvert un camp de concentration...

 

Le matin du lundi 7 mai 1945, à 2 h 45, le général Jodl et l'amiral von Friedeburg, plénipotentiaires du grand amiral Karl Dönitz, signent l'acte de capitulation sans conditions de l'Alemagne, au QG du général Eiseinhower, à Reims.

 

Le 8 mai en fin d'après-midi, Winters reçut l'ordre de faire mouvement vers la zone d'occupation de Zell am See, en Autriche.

On comptait 25 000 soldats allemands en armes dans la zone placée désormais sous le contrôle du 2è bataillon, dont l'effectif était inférieur à 600 hommes.

 

Pour rentrer chez eux les hommes doivent avoir totaliser 85 points. Mais la plupart ne les ont pas.

 

A Zem am See le mélange potentiellement détonnant de la consommation excessive d'alcool et de l'abondance d'armes et de véhicules provoque presque autant de pertes à la 101è, dans des accidents de la route essentiellement, que la campagne de Belgique.

 

A la mi-juillet cependant, tous ceux qui avaient sauté sur la Normandie étaient rentrés chez eux, sauf Webster qui n'était toujours pas parvenu à persuader les services du major qu'il totalisait effectivement 87 points.

 

Après trois années les membres de la cie E jugeaient l'armée enuuyeuse, insensible, lâche et ils la détestaient. Pour eux la guerre était synonime de destruction, de mort, et ils l'ont également détestée. Rien ne pouvait être pire que le sang répandu et le carnage, la crasse et les immondices, les épreuves physiques insupportables qui leur étaient imposées ; rien, sinon laisser tomber les copains.

 

" A compter de ce jour jusqu'à la fin du monde, que l'on se souvienne de nous à cette occasion ; de nous, frères d'armes..."

William Shakespeare, Henri IV, scène 3.

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