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Pierre Bayard, dans un livre que je n'ai pas lu, paru aux éditions de Minuit, expliquait Comment parler des livres que l'on a pas lu.

J'ai déjà évoqué ce livre, il va falloir que je le lise, un jour...

 

Cela m'a donné une idée : je pourrais parler ici des expositions que je n'ai pas vu, plus nombreuses que celles que j'ai vu.

 

D'autant qu'il m'arrive de voir une exposition, de l'apprécier et de ne pas en parler, par manque de temps mais aussi par manque d'inspiration : je ne trouve pas les mots.

 

Par exemple, je viens de me rendre compte que j'ai loupé l'expo de Fernando Brito, photojournaliste mexicain, qui s'est terminée hier, samedi 20 octobre, à la galerie RTR - 42 rue Volta, Paris 3è.

 

Ma dernière incursion dans cet arrondissement, qui date du mois d'août, s'était soldée par un fiasco, la majorité des galeries faisant relâche, comme la plupart des boulangeries, à cette époque de l'année. 

 

Puisque je n'ai pas pu, et pour cause, voir à quoi ressemble le travail de Brito, je peux soit essayer de broder - mais ne le connaissant pas du tout, cela va être ardu - soit paraphraser la critique de Claire Guillot dans Le monde du 7 octobre, qui m'avait donné envie d'y aller.

 

Elle compare Brito à un aute photojournaliste mexicain, plus connu et plus âgé, Enrique Metinides.L'expo de Metidines, je ne l'ai pas vu non plus. Il faut dire que c'était à Arles, cet été, pas la porte à côté.

La commissaire s'appelait Kate Bush ! Tiens, ça me donne envie d'écouter l'autre, la chanteuse.

J'aime bien. Allez hop, un petit tour sur grooveshark (c'est comme deezer, la pub en moins) et c'est parti.

 

A propos de commissaire, je réalise que je n'ai pas encore parlé du contenu. Dans le journal, l'article était illustré par une image, normal pour un photojournaliste. Que voit-on ?  Essayons de deviner à partir des indices : photojournalisme - Mexique - commissaire...

Fernando Brito photographie des cadavres : des victimes de meurtres liés au trafic de drogue. 7724 rien qu'en 2009.

 

Metinides aussi photographie des morts mais pas uniquement des victimes d'assassinat. Evidemment, faute d'avoir vu les expos, je suis allé chercher des images sur un moteur de recherche, qui vient de menacer de ne plus répertorier les médias hexagonaux. Il faudrait peut-être songer à le boycotter.

A une époque je boycottais les produits d'un célèbre fabriquant de soda, je ne sais plus pourquoi...

 

Bref, une recherche rapide permet de voir à quoi ressemble les images de Fernando mais on ne peut les voir qu'en petit format alors qu'on a plutôt affaire, semble-t-il, à des grands dormats. Même sur le site de la gallerie link , on ne peut voir qu'une image (9x13), intitulée "sans titre", tirée de la série Lost in the Landscape - 2011.

 

Un titre en anglais pour un photographe de langue espagnole et une galerie parisienne. Une exposition probablement destinée à voyager à travers le monde et dans ce cas, l'anglais est de rigueur. 

 

La particularité de Fernando Brito consiste à inscrire ces morts dans des paysages. En effet, comme l'intitulé de la série l'indique, c'est en pleine nature (ou dans des terrains vagues), que le photographe déniche ses macchabées. En fait, ce n'est pas lui qui les trouve mais la police. On peut d'ailleurs apercevoir ces auxiliaires de justice, le visage dans l'ombre, sur une de ses images les plus fortes, prise de nuit, sur laquelle la dépouille, revêtue d'une unique pièce de tissu blanc autour des reins, évoque furieusement le Christ. Jusqu'aux stigmates sur les pieds.

 

http://3.bp.blogspot.com/-z3Z9ikakviQ/T_UDHH3XP9I/AAAAAAAAAeM/KaBAJZHpu-E/s1600/fernando-brito.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je viens de me souvenir que l'on peut augmenter la taille des photos en faisant ctrl +. Cela permet de zoomer sur certain détails. Et comme c'est de la haute résolution, la définition de l'image n'en pâtit pas trop. Du coup les images prennent une autre dimension.

 

Voilà qui me donne envie de réexaminer les autres clichés. L'exercice est passionnant. Essayez, vous verrez. On a vraiment l'impression d'entrer dans l'image.

 

La critique du Monde reproche, à juste titre, au photographe de chercher à "faire art", travers dans lequel Metinides, lui, ne serait pas tombé, puisqu'il ne "faisait pas de différence entre ses photos d'art et de presse".  

 

Effectivement lorsqu'on recherche ses images sur google (je commence le boycott demain), la différence saute aux yeux.

 

http://www.americansuburbx.com/wp-content/gallery/enrique-metinides/enriquemetinides4.jpg

 

On jurerait que la photo a été mise en scène. Mais ce n'est bien sûr pas le cas. Enrique Metedines a simplement su et pu être là au bon moment et trouvé le bon angle. Et faire de cette image une sorte d'icône. Il s'est apparemment beaucoup interessé aux accidents de la circulation. Une autre de ses photographies montre un bus accidenté, photographié de haut, ce qui lui permet d'élargir le cadre. 

 

http://danielhernandez.typepad.com/.a/6a00d8341c2df253ef0148c82b1b60970c-500wi

 

Fernando Brito et Enrique Metedines ne sont pas les premiers à faire se rencontrer la Mort et l'Art sur "une table de dissection". Bien avant l'apparition de la photographie, des peintres l'avait dèjà fait (La mort de Sardanapale de Delacroix - natures mortes à tête de mort de Pieter Claesz....). Il existe par ailleurs une traditon photographique de portraits mortuaires.

 

Démonstration est faite : on peut parler des expos que l'on a pas vu. Mais ça demande quand même un peu de travail. De toute façon des images virtuelles ne remplaceront jamais les "vraies" oeuvres. Ou peut-être que si ? En tout cas, tant qu'il existe encore des expositions, il faut y aller. Par exemple, il faut aller voir Edward Hopper au Grand Palais.

C'est typiquement le peintre qu'on croit connaitre parce qu'on a vu une multitude de reproductions... 

On y voit, parait-il, des oeuvres rarement montrées.

Bien sûr que je vais y aller ! J'ai réservé : c'est pour la semaine prochaine...

 


 

Tag(s) : #Expos

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