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Chose promise, chose due, chose faite. Mais c'est par un curieux détour que me voilà revenu à l'expo Edward Hopper.

 

La manifestation Lille3000 qui a lieu en ce moment à Lille mais aussi à Villeneuve d'Asq, propose dans le cadre de l'exposition Ville magique le court-métrage des photographes Paul Strand et Charles Sheeler intitulé Manhatta (1921) que l'on peut visionner sur Youtube (avec une BO beaucoup plus récente de SINC) mais aussi dans l'expo Hopper et présenté comme le premier film, avec ses intertitres poétiques, prenant la ville moderne comme sujet..

 

Trois heures suffisent à peine à épuiser toute la richesse de l'expo (une deuxième visite ne serait pas superflue) et je ne me risquerais pas à dresser la liste de tout ce qu'on peut y voir, de peur que ma mémoire me joue des tours.

 

Il faut parcourir plusieurs salles avant de voir la première toile de cet immense artiste. Les commissaires de l'exposition ayant fait le choix judicieux de présenter en incipit, outre Manhatta montré sur grand écran et non comme c'est trop souvent le cas sur un écran de télévision, à la fois des oeuvres de compagnons de route de Hopper mais aussi de peintres ou de photographes appartenant aux générations précédentes qui l'ont influencé d'une manière ou d'une autre.

 

L'une des toiles les plus remarquables à ce titre s'intitule Le bureau de coton à la Nouvelle-Orléans (1873) et est signée Edgar Degas. Cela n'offre pas beaucoup d'intérêt mais il m'a fallu un bon 1/4 d'heure si ce n'est une 1/2 heure pour retrouver, sur Internet, le titre de l'oeuvre et le nom de son auteur. Au départ je croyais que c'était un tableau de Manet ce qui n'a pas facilité ma recherche. A ma décharge (mais la défaillance de ma mémoire reste impardonnable) c'est plus dans la manière de Manet que dans celle de Degas...enfin je crois...

 

Le-bureau-de-coton--jpg

 

Je ne garantie pas l'authenticité des couleurs, on trouve plusieurs variantes, le mieux est de voir la vraie dans l'expo...

 

Cette toile est sans doute l'une des premières de l'expo à m'avoir "scotché". Je suis resté en arrêt, en proie à une vive émotion et la tête pleine de questions : Edgard Manet a t-il fait le voyage aux Etats-Unis ? Est-ce que c'est peint sur le vif (bien sûr que non) ?

En tout  cas on a vraiment l'impression d'un "instantané". Il semble que les personnages vont s'animer d'une seconde à l'autre. Degas n'aurait sans doute pas pu peindre de cette manière s'il n'avait également pratiqué la photographie. Au fait la réponse à la première question est oui. Degas est allé à la Nouvelle-Orléans où son oncle avait monté une affaire. Il s'agit donc aussi d'une toile "documentaire". Il aurait probablement fallu beaucoup de chance, et de multiples clichés, à un éventuel photographe pour croquer une telle scène. Le peintre a plus probablement recomposé cette scène à partir de plusieurs croquis. Pour en savoir plus link

 

Parmi de nombreuses autres découvertes, cette exposition révèle que Hopper, avant d'être un grand peintre, a d'abord été un formidable dessinateur, illustrateur et graveur. Ses premières toiles n'ayant pas eu le succès escompté c'est en effet comme illustrateur de presse qu'il a d'abord gagné sa croûte.

 

http://www.la-veilleuse-graphique.fr/wp-content/uploads/2012/10/the-morse-dial-edward-hopper-787x1024.jpg

 

Résumons nous : dessinateur, illustrateur, graveur mais aussi aquarelliste..Hopper est aussi, on s'en rend compte dès les premières toiles, un excellent coloriste. 

 

http://noelpecout.blog.lemonde.fr/files/2012/07/Hopper-Edward-Le-Bistro.jpg

 

Ce n'est pas avec cette toile (Le bistro, 1921) que le peintre des couleurs se révèle le mieux. Je suis tombé dessus par hasard, elle m'a fait forte impression et ne figure pas, sauf erreur, dans l'exposition. On peut quand même y voir 130 tableaux sur les 160 qu'il a peint.  Mais pas ce bistro dans lequel Hopper semble avoir malencontreusement décalé son cadre. Point de bistro ici, juste une unique table en terrasse avec deux femmes, probablement de mauvaise vie ou professant des idées dangereusement modernes quant à la manière dont le sexe faible doit se comporter en société. Hopper s'intéresse tout autant sinon plus à ce qui ce passe à coté, à la lumière écrasante qui s'abat sur le paysage et au ciel lavasse.

 

Ce tableau, outre sa modernité, présente l'intérêt de montrer un Hopper d'avant Hopper, loin des tableaux plus tardifs qui feront sa renommée. Et puisqu'on veut qu'Hopper soit le peintre de la solitude (le plus souvent de la solitude à deux), gageons qu'on verra aussi ici, non pas deux femmes libérées qui boivent un coup pour lutter contre le coup de chaleur mais, quoi donc, une mère maquerelle en train d'expliquer les rudiments du métier à sa dernière recrue ?  

 

http://s1.lemde.fr/image/2012/10/05/534x0/1770826_5_e25a_room-in-new-york-1932-huile-sur-toile_6dc3226a2ea90c7e45092eb60d8c3a86.jpg    

Room in New York, 1932 manifeste de façon éclatante le talent de coloriste d'Hopper sans parler de son art de la composition.

Avec cette oeuvre on retrouve le Hopper que l'on connait à travers de multiples reproductions. Sous une allure réaliste, on percoit quelques détails troublants : la porte par exemple semble trop haute ou trop étroite. Il parait plus facile de sauter par la fenêtre large et grande ouverte que de franchir la porte...En usant des deux couleurs complémentaires par excellence, le rouge et le vert, Hopper jouait d'emblée gagnant. Comme souvent chez lui les visages des deux protagonistes restent indistincts et il faudrait être aveugle pour ne pas voir dans cette scène une illustration, si l'on peut dire, de l'incommunicabilité urbaine : Monsieur plongé dans son journal pendant que Madame, qui s'ennuie à cent sous de l'heure, pianote sans conviction...

 

A la sortie, juste à temps, l'heure de la fermeture (21 heures) approchant, il est difficile de résister à l'achat de cartes postales et autres catalogues. Il y en a pour toutes les bourses. J'ai choisi, en format panoramique, une reproduction de cette toile de 1914, assez atypique, qui met bien en lumière l'aspect allégorique de nombre des oeuvres de Hopper, à une époque, la nôtre, où l'on a tendance à voir les oeuvres (et les images en général) de manière trop littérale : Soir bleu. Qui pour moi évoque davantage le peintre belge James Ensor.

 

Il aurait aussi fallu parler ici du rapprochement étonnant et judicieux effectué dans l'expo avec un peintre comme De Chirico et de bien d'autres choses, par exemple de ces 3 voyages en France dont cette toile est une réminiscence...et aussi du courage artistique de Hopper, farouchement figuratif, à une époque (les années 50) où l'abstraction et d'autres courants deviennent dominants... 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSncMw5k9jm6JKL2uUjKDQhBodA-oSs1W1odf1mniUCLUFruwDX

Tag(s) : #Expos

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