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http://www.institut-francais.fr/IMG/jpg/leo_fabrizio-dreamworld.jpgA 18 heures, un jeudi, la rue Louise Weiss est quasi-déserte.

Un peu à l'étroit dans le paquebot de Bercy, le ministère des Finances a installé une annexe à l'angle de la rue et du Bd Vincent Auriol.

 

On aperçoit au loin la "table renversée" de la bibliothèque François Mitterrand. Dans ce quartier presque neuf des galeries se sont installées, certaines sont parties, d'autres reviennent...


Un peu plus loin trois jeunes "muristes" marquent leur territoire de leur présence, préférant glander dans la rue que chez eux. 

 

Sans cela, la rue serait pour ainsi dire morte.

 

Une voiture passe devant la galerie Triple V déserte. Une jeune femme apparait néanmoins après quelques secondes : "Bonjour !" et redisparait aussitôt.. 

 

"Le projet photographique de Leo Fabrizio est basé sur l'observation de la transformation de l'espace urbain dans le contexte de la mondialisation...". Voilà pour le fond...

 

Ce qui frappe au premier abord c'est qu'ici comme ailleurs on n'a pas résolu l'insoluble problème du reflet.

Depuis 50 ans (je dis 50 je pourrais dire 100) que le problème se pose, personne n'a encore trouvé de solution. Quand j'ai envie de me voir j'ai recours à un miroir, je n'éprouve pas le lancinant besoin de contempler mon reflet dans une toile de maître ou une photographie.

 

Souvent la chose est due à l'utilisation d'un sous-verre protégeant l'oeuvre. Ici ce qui est en cause c'est le choix de tirages brillants. On sait qu'un tirage brillant plutôt que mat restitue mieux les détails. Mais on se voit dedans.

 

Les photographies grand format, comme les séries, sont des tirages numériques collés sur supports (métalliques ?) rigides de quelques millimètres.

 

Une fois franchi cet obstacle (mais le problème demeure) on peut regarder, à peu près tranquillement, les images.

 

Que voit-on ? Le projet de Leo Fabrizio, que je découvre à cette occasion, l'oblige à voyager.

 

Ici nous sommes en Thailande, dans la banlieue de Bangkok. Après tout ça nous change de la notre (le 9-3).

En même temps, à l'heure de la mondialisation (c'est tout le sujet de l'expo) le dépaysement n'est pas garanti. L'idée c'est qu'aujourd'hui tout se ressemble.

 

Plutôt que de les laisser végéter dans leur pauvreté, l'uniformité en marche de la mondialisation pousse les nouvelles classes moyennes et bourgeoises de ce pays à singer l'occident et ses banlieues résidentielles, avec ces maisons à colonnes à l'allure quand même légèrement néo-coloniales.

 

A ce sujet je me souviens avoir lu quelque part que la Thailande est le seul pays d'asie du sud-est à n'avoir jamais été colonisé. C'est maintenant chose faite, nous dit Fabrizio, mais de manière insidieuse.  

 

Même si je partage avec ce photographe un goût certain pour la géométrie et les vues frontales (sauf que moi j'en suis encore à faire mes gammes ; voir Galerie photos), j'ai un peu de mal finalement à adhérer à son projet.

 

Il ne s'agit même pas ici de faire "du beau avec du laid". Une importante frange de la photographie contemporaine semble fascinée par la banalité du mal. En fait je ne voulais pas écrire "du mal", c'est venu tout seul. Mais finalement c'est à peu près ça : le mal ici c'est l'odieuse mondialisation et l'uniformisation un peu vulgaire qu'elle induit. Peu importe qu'elle ait permis à un certain nombre de pays de sortir de la pauvreté. Mais voilà que je m'échauffe.

 

Fabrizio préférerai sans doute que ces thailandais croupissent dans des cases malodorantes plutôt que de s'installer dans ce "Village parfait". Cependant lorsqu'il photographie un échangeur d'autoroute avec un fort contraste et des couleurs saturés, il rejoint la "cinématographie" du réel d'un Philip-Lorca diCorcia et parvient à le sublimer.

 

http://www.labiennaledebelleville.fr/wp-content/uploads/2010/09/FabrizioHIGHWAY.jpg

 

On peut néanmoins préférer le travail pionnier de Robert Doisneau en 1960 en Floride ( Doisneau-Nielsen-Degottex-Béchet et Cie...).

 

Le livre, qui reprend l'ensemble de cette série, vaut vraiment le détour.

 

De la même manière le livre de l'exposition semble rendre davantage justice au travail de Fabrizio que l'expo elle-même...



Tag(s) : #Expos

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