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Une tribune parue dans le journal Le Monde, signée Slavoj Zizek, philosophe et candidat à la première élection présidentielle libre en slovènie (ex-Yougoslavie) m'incite à revenir, une fois encore, sur l'affaire du transfuge soviétique Victor Kravchenko.

La contribution de Louis Bodin, universitaire, jeune homme à l'époque du procès de 1949, sur le site Persée en 1992, permet d'appronfondir ie sujet.  

Louis Bodin a lu J'ai choisi la Liberté
(Kravchenko, ancien haut fonctionnaire, y dénonce, de l'intérieur, le système totalitaire soviétique), à sa sortie, mais il explique que, comme beaucoup d'autres, il a vite occulté le contenu du livre.

Lequel avait bénéficié d'une forte exposition médiatique, du fait du procès intenté par l'auteur à la revue communiste Les Lettres Modernes (voir  Victor Kravchenko). Il n'est donc pas passé inaperçu.

Sans parler du retentissement qu'il a pu avoir aux Etats-Unis où il avait déjà été publié.

L'émission d'Arte sur l'affaire Kravchenko donnait assez largement la parole à des intellectuels ex-communistes comme Edgar Morin, qui lui aussi avait vêcu le même  processus d'occultation mentale.

Fort inopportunément (pour les soviétiques et leurs affidés français) l'un des témoins convoqués par Kravchenko, Margarete Buber-Neumann, avait justement une expérience "complète" des camps, ayant connu successivement le goulag puis le camp de Ravensbruk en Allemagne. Oser comparer les deux confine à l'hérésie. Elle avait d'ailleurs à l'époque publier son propre témoignage Déportée en Sibérie.

Face à ces témoins, l'URSS dépèchent ses émissaires...

Certains livres arrivent trop tôt et sont en quelque sorte inaudibles.

Louis Bodin explique bien comment à l'époque il ne pouvait être question de remettre totalement en cause le système soviétique. Si celui-ci, ou au moins la vision qu'on pouvait en avoir de l'extérieur, s'écroulait, alors que restait-il ? Rien que le désespoir. Puisque bien sûr rien de bon ne pouvait venir de l'autre côté de l'Atlantique. Même les intellectuels non communistes en auraient été génés.  A l'époque la France se reconstruit, les privations sont nombreuses encore.

Il fallait que face aux Etats-Unis, il y ait quelque chose ! L'espoir qu'un avenir meilleur était possible.

Pas ce vide affreux que promettait Kravchenko et son entreprise de démolition. Sans doute le régime soviétique avait-il ses tares mais il était perfectible. Il fallait aussi éviter tout ce qui pouvait faire basculer la guerre froide dans la guerre "chaude". Un an plus tard en Corée cela faillit avoir lieu ( La Guerre de Corée, paroxysme de la guerre froide; Claude Delmas).

Et pourtant le livre de Kravchenko est bien supérieur, nous dit Louis Bodin, à bien des ouvrages ultérieurs.
Il décrit par le menu par exemple le "cérémonial" des purges, basé sur l'autocritique et la dénonciation, qui sera repris et "amélioré" par la suite en Chine, au Cambodge et au Vietnam.

Ce qui est incroyable c'est que son livre n'est toujours pas disponible. Réédité en 1980, il ne l'a pas été depuis. Heureusement grâce à Internet on trouve encore des édtions originales. 
 
Beaucoup plus récemment, pas plus tard que le week-end dernier dans le journal Le Monde, Slavoj Zizek nous explique que "Derrière le Mur, les peuples ne rêvaient pas de capitalisme" mais plutôt de quelque chose comme d'un socialisme à visage humain et il évoque les nombreuses désillusions du passage à la "liberté".

Il rappelle que Kravchenko, traître vendu au capitalisme et à l'impérialisme, s'est mis, une fois en Occident, a "joué" au communiste, préoccupé par le maccarthysme (un système de purges à l'envers) et conscient de l'injustice qui règne à l'Ouest.

Il a ainsi voulu organisé des collectivités de paysans pauvres en Bolivie. Un fiasco. Il se retire de la vie publique et finit par se suicider à New-york (ou peut-être a t-il été assassiné ?).

Ainsi il n'a pas trouvé le bonheur en Occident ? Apparemment non.  Il faut donc aussi lire, après J'ai choisi la liberté, son second livre, J'ai choisi la justice (dans lequel il milite pour un nouveau mode de production), qui n'a d'ailleurs pas non plus été réédité.

A propos de "camp" et d'autocritique, on pouvait lire un article très intéressant du Monsieur Ecologie du Monde, Hervé Kempf, dans l'édition du 16 et 17 août 2009.

Il rendait compte d'un "camp action climat" qui a rassemblé de nombreux jeunes du 3 au 10 août en Loire-Atlantique. Le but est d'articuler pratique écologique et vie collective démocratique. Les décisions sont prises collectivement, pas de vote : les "discussions doivent se poursuivre jusqu'à l'atteinte du consensus". Il ne faut pas être pressé.

Pour mettre de "l'huile" dans le processus, "des volontaires sont facilitateurs de la discussion, scribes ou scrutateurs de sensations (pour s'assurer que certains ne sont pas exclus ou repliés sur eux-mêmes)".

Ces jeunes gens sont sur la bonne voie et ne tarderont pas à redécouvrir tout l'intérêt des bonnes vieilles "confessions" et autres "purges"...
Tag(s) : #Lu dans la Presse

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