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http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/3/0/7/9782707158703.jpgLe Monde des Livres (17 juin 2010) signale la parution de Culture d’en haut culture d’en bas. L’émergence des hiérarchies culturelles aux Etats-Unis de Lawrence W. Levine.

Il était temps, l’ouvrage date de 1988.

On a l’impression aujourd’hui que la distinction entre culture savante et culture populaire a de tout temps été opératoire. Ce qui a changé en réalité ce sont les conditions d’accès à la culture. Et d’abord les conditions matérielles.


« Poker, whisky, danseuses et Macbeth : soirée idéale pour les cow-boys et les mineurs du far-west », nous dit Levine.


A l’époque « les grands acteurs shakespeariens comme les chanteurs d’opéra italiens sillonnaient l’Amérique pour des tournées très lucratives ». Nul désintéressement donc dans cette démarche mais tout le monde y trouvait son compte.


Les textes étaient certes adaptés au goût du public et on pouvait glisser une chanson à la mode dans Le Barbier de Séville.


Ceux qui, comme les promoteurs du Théâtre National Populaire, voulaient créer un « théâtre élitaire pour tous » étaient sans doute beaucoup plus dévoués à la noble cause de la démocratisation de la culture mais ont-ils mieux réussi ?


Sans doute pas. Le problème est qu’avec le temps l’acteur et le texte n’ont plus suffi et qu’il a fallu scénographier, créer des décors, etc…


Difficile dans ces conditions d’aller au devant du public : il fallait désormais que le public aille au théâtre ou à l’opéra et non l’inverse.


Mais même ce changement explique Levine n’a pas consacré le divorce entre culture et public populaire.

Un plombier pouvait aller en bleu de travail au Metropolitan Museum of Art de New York, tout au moins jusque dans les années ….1890. On pouvait aussi jusque là « tourner bruyamment les pages des programmes, (…) manger en douce un casse-croûte, (…) cracher du tabac » dans les concerts lyriques.


On se souvient aussi que dans les salles de cinéma on ne se privait pas de fumer, de manger et de converser.


Cette relation décomplexée avec la culture facilitait évidemment beaucoup les choses.


Par la suite la culture a été « confisquée par une élite lettrée » soucieuse sans doute de se démarquer du « bas-peuple ».


Stanger montrait que la fonctionnarisation de la culture en France n’a pas contribué à son rayonnement hors des frontières, elle n’a pas non plus permis sa démocratisation.


Certes aujourd’hui un grand nombre de villes moyennes possèdent leur salle de spectacles et pratiquent une politique de bas tarifs. Mais qui fréquente ces salles ? Toujours les mêmes. Les classes moyennes cultivées.


On a décidément pas encore trouvé le moyen de résoudre la quadrature du cercle.


Dans le monde post-apocalyptique décrit par Kevin Costner dans son film The Postman, il interprète justement un acteur itinérant qui, aidé par son cheval (! ), donne des représentations de Macbeth devant des villageois.


Faudra t-il un apocalypse pour réconcilier la culture et le peuple ?


Tag(s) : #Lu dans la Presse

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