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comme des lionsLe titre du livre de Dominique Lormier, paru en 2005, dit à lui seul assez bien le projet de l'auteur : rendre hommage à ces héros méconnus de la bataille de France, trop souvent présentés comme un "ramassis de lâches défaitistes". C'est en effet ainsi qu'un historien tel qu'Anthony Beevor présente encore l'armée française de 1940 dans son dernier livre, La seconde guerre mondiale. Si l'on en croit, du moins, le compte-rendu que l'on peut en lire dans le dernier numéro de Guerres & Histoire.

 

Or, si l'auteur "pointe les erreurs du haut état-major français", il entend bien montrer, à partir d'exemples concrets et de témoignages, que "les troupes françaises se sont battues comme des lions !", selon les propres mots du Général allemand von Reichenau en juin 1940.

 

Ainsi, sait-on, par exemple, qu'en quarante-cinq jours de combats, les pertes quotidiennes allemandes fuent supérieures à celles de la campagne de Russie du 22 juin au 10 décembre 1941?

 

Dominique Lormier s'intéresse d'abord aux forces en présence.

Presque tous les chars du Reich sont équipés d'un poste de radio, alors qu'une très faible partie des chars français en dispose. Les 3000 chars allemands sont tous regroupés aux sein des 10 panzerdivisions alors que les 3000 chars français se trouvent dispersés.

S'agissant de l'infanterie "la brave et vaillante armée française fut lancée au combat avec des armes périmées [...], indignes des hommes qui les portaient" (John Weeks, Armes légères de la seconde guerre mondiale).

Les assauts allemands combinent avec efficacité l'utilisation massive de l'aviation et des chars.

Au sein du IIIè Reich, les trois armes (armée de terre, armée de l'air et marine) collaborent étroitement.

L'ensemble d'avions alliés ne représente que 1900 appareils contre 4000 côté allemand.

 

Le général Maurice Gamelin, sur qui repose le commandement de l'armée française, est un homme âgé de 68 ans en mai 1940, soit huit ans de plus que son adversaire, le général von Brauchitsch.

 

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, le colonel de Gaulle s'agite pour éviter à son pays le pire. Il écrit un mémorandum en janvier 1940, qu'il adresse à 80 personnalités du gouvernement et de l'armée : il demande la formation immédiate de nombreuses divisions blindées.

 

Gamelin va faire l'erreur de disperser ses forces de la Hollande à Stonne dans les Ardennes, au lieu de les concentrer à un endroit bien choisi pour prendre de flanc l'adversaire.

Les deux cerveaux de la Wehrmacht, Manstein et Guderian, sont, eux, persuadés de l'efficacité offensive des panzerdivision appuyées par l'aviation d'assaut.

 

L'armée française se battra donc d'abord en Belgique et en Hollande. Le 10 mai 1940, Hitler déclenche son offensive sur le front Ouest. Des troupes aéroportées sautent sur la Hollande et le fort belge d'Eben-Emael. La Lutwaffe et les groupes d'armées A et B entrent en action.

 

A Hannut, en Belgique, les 80 chars Somua S35 de la 3è DLM parviennent à stopper la progression de l'ennemi. Les obus de 20 ou 37 mn des Panzer III et IV sont incapables de percer leur épais blindage. Mais, contrairement aux Français, les Allemands disposent du puissant soutien de l'aviation. Les Stukas, surtout, mettent hors de combat bon nombre de chars français.

Cependant ceux-ci ont permis à la première division marocaine, à la 15è division d'infanterie motorisée et au 64è régiment d'artillerie de prendre position à Gembloux.  

 

La bataille qui s'y déroule est un incontestable succès français, selon l'historien militaire Yves Buffetaut.

 

Sur la Dyle, fleuve où sont établies diverses unités françaises et britanniques, la résistance alliée est épique. Les troupes doivent cependant abandonner les lieux pour se positionner vers la frontière franco-belge afin de faire face à la percée des panzerdivisions sur la Meuse.

 

En Hollande la 1ère DLM va devoir livrer d'éprouvants combats pour retarder l'avance des panzerdivisions. En l'espace d'une semaine elle aura parcourue près de 600 km, en parvenant à déjouer toutes les tentatives d'encerclement. Elle se battra ensuite en France.

 

Puis, c'est la "résistance désespérée sur la Meuse" qui opposera sept divisions françaises à quarante divisions allemandes tandis que la densité des troupes françaises ne cesse d'augmenter derrière la puissante ligne Maginot, en Lorraine et en Alsace, où elles ne seront d'aucune utilité.

Alors que c'est dans la prétendue zone "neutre" de la Meuse que le gros de l'armée allemande va attaquer.

 

Le 13 mai, 1500 avions allemands de la Lutwafe écrasent sous les bombes les défenses et les localités françaises de la Meuse. Le lieutenant Michard raconte : "...Les petites (bombes) sont lâchées par paquet. Les grosses ne sifflent pas. En tombant, elles imitent à s'y méprendre le grondement d'un train qui approche...Nous sommes là (...), la bouche ouverte pour ne pas avoir le tympan crevé. "  

 

A Monthermé les Allemands sont obligés d'engager quatre bataillons, dont un de chars,

pour déloger un bataillon français ! 

Un escadron de spahis conduit par le lieutenant Marc Carthy charge à cheval, sabre au clair, sur la route de Singly ! 

 

Côté blindés, la 1ère division cuirassée de réserve (DCR) se retrouvera face à deux panzerdivisions dans une tentative de contre-attaque vers la Meuse.

Une nette différence entre les deux armées se manifeste à travers le problème du ravitaillement : les allemands utilisent des jerricans en fer-blanc tandis les français dépendent de camions-citernes spéciaux qui font le plein de chaque char l'un après l'autre... 

Autre différence : l'équipement radio, pratiquement absent des chars français, comme cela a déjà été dit plus haut. Dernier point, déjà souligné, les Allemands effectuent un combat interarmes parfait : artillerie, blindés et infanterie participent directement au combat.

 

Dominique Lormier s'intéresse ensuite au "sacrifice des unités blindés". Deux chars B1 bis surprennent dans Landrecies, le 17 mai, une avant-garde allemande et y mettent en flamme 100 automitrailleuses et engins tout-terrain !

Le village de Stonne, au sud de Sedan, change de mains 17 fois entre le 15 et 17 mai 1940...

Le 16 mai le capitaine Billotte, à bord de B1 bis, foudroie le char de tête et celui de queue d'un rassemblement de 13 chars en file indienne puis détruit les onze autres ainsi que par la suite deux canons antichars de 37...

Du 17 au 30 mai, la 4è DCR du colonel de Gaulle a perdu 165 chars et un millier d'hommes (infanterie comprise) mais revendique la destruction de 700 blindés, canons, miitrailleuses lourdes ou véhicules divers, sans oublier la mise hors de combat d'environ 5000 soldats allemands.

 

Puis c'est "Lille et Dunkerque (où) l'armée française sauve le corps expéditionnaire britannique de la capture", aidée, il est vrai, par la décision d'Hitler de ne pas faire intervenir les panzer divisions.

 

Cette première phase de la campagne de 1940 n'a donc pas été une simple promenade militaire pour le IIIè Reich. Du 10 mai au 4 juin, 1100 chars allemands ont été détruits ou sérieusement endommagés sur les 3000 engagés. L'ensemble des pertes humaines allemandes s'élève à 62000 soldats hors de combat. Près de 100000 autres tomberont du 5 au 25 juin 1940.

 

L'armée française va également opposée une "résistance acharnée sur la Somme et l'Aisne".

Le général Weygand s'e'st préoccupé de trouver des parades aux attaques des panzers : tout point d'appui barricadé en tous sens, hérissé de feux dans toutes les directions et commandé par un chef décidé est impénétrable aux chars.

Il organise une défense en hérisson et en profondeur. Mais les moyens, matériels et humains, manquent.

Après une résistance acharnée de huit jours, les divisions de Weygand, engagées sur la Somme et l'Aisne, ne sont plus physiquement capables d'endiguer l'avance de la Wehrmacht.

 

Des "combats pour l'honneur sur la Loire et ailleurs" feront aussi la démonstration de l'héroïque résistance de l'armée française.

 

Le 12 juin, la situation de l'armée française repliée sur la Seine et la Marne est la suivante : des 30 divisions qui existent encore sur le papier, 11 ne possèdent plus que 50% de leurs effectifs, 13 sont réduites à 25% et les autres ne sont plus que des "débris". Les Allemands, eux, peuvent encore engager une centaine de divisions aux effectifs complets et bien équipés.

Quarante divisions ont subi de très lourdes pertes sur la Somme et l'Aisne.

Le 14 juin, Paris, déclarée ville ouverte, est occupée.

Le gouvernement français quitte Tours pour Bordeaux. Le 17 juin, le maréchal Pétain a, à la radio, cette phrase terrible, malheureuse et maladroite : "C'est le coeur serré que je vous dis qu'il faut cesser le combat". L'armistice, pourtant, ne sera signé que le 22 juin et ne prendra réellement effet que le 25 juin.

Les cadets de Saumur et leur chef, le colonel Michon, ne désirent qu'une chose : se battre pour barrer la route à l'envahisseur.

Ils se verront confier la défense de la Loire entre Montsereau et Thoureil, un front de 40 kilomètres. Mais leurs moyens sont dérisoires. Ce sera "un fusil tous les 20 mètres !".

"Vous êtes, Messieurs, une génération de sacrifiés. Demain, vous serez tous morts !".


L'unique et dernière division de cavalerie du Reich se trouve devant Saumur, le haut lieu de la cavalerie française.

 

Il n'est pas question, comme le souhaite le maire, de déclarer Saumur ville ouverte. Les cadets disposent tout de même de quelques canons antichars de 25, de mitrailleuses, de fusils-mitrailleurs et de mortiers.

Le 19 juin, alors que les troupes allemandes approchent, tous les ponts donnant accès à Saumur, sautent.

 

Plus tard, les Allemands tentent de demander la reddition de la garnison de Saumur. Malgré

leur drapeau blanc, c'est un obus de 25 mm qui les reçoit.

 

L'artillerie allemande pilonne alors la ville et ses environs. Les stukas sèment la mort et la destruction.

Mais les cadets résistent et plusieurs d'entre eux font preuve d'une bravoure exceptionnelle :

"Quoiqu'il en soit, la vaillance des élèves de l'Ecole de cavalerie de Saumur, ainsi que ceux de Saint-Maixent, s'accrochant pendant plusieurs jours dans une situation sans espoir, restera un acte gloieux, auquel notre division a rendu hommage." (Archives militaires allemandes). 

 

"La résistance des armées françaises de l'Est et de la ligne Maginot" ont également été remarquables de même que celle de "l'armée française des Alpes" face aux divisions italiennes.

 

"Le ciel (non plus) n'était pas vide". La chasse française, en infériorité numérique, n'a pas déméritée. Les pertes infligées à la Lutwaffe contribuera à priver celle-ci de la supériorité aérienne lors de la bataille d'Angleterre.

 

Le sacrifice de l'armée française aura permis à Churchill de poursuivre la guerre, en attendant l'entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941.

 

On pourrait reprocher à ce livre de faire d'une défaite une quasi-victoire. Ce qui est sûr c'est que pour Dominique Lormier si les Français ont perdu la guerre, ils ont gagnés de nombreuses batailles.

Comme des lions vaut surtout par les témoignages de combattants, soldats et officiers, longuement cités, riches en informations mais aussi en émotions.

 


Tag(s) : #Journal de lecture

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