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chomage un choix francais" Il n'y a pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. " Henri Queuille, Président du Conseil sous la IVe République. C'est par cette plaisante citation que s'ouvre le livre de Raphaël Kahane, publié en 2006 dans la collection Doc en Stock aux éditions de La Martinière. 

A l'époque le chômage frappe notre pays depuis trois décennies. Aujourd'hui cela fait presque quatre décennies que ce fléau touche, selon les périodes, entre deux et trois millions de personnes. Du moins selon les estimations officielles...Pourtant, les autorités ne sont pas restées inertes. Mais en dépit des sommes considérables engagées dans la politique de l'emploi, le chômage reste au coeur des préoccupations et des angoisses de nos concitoyens.

Le débat sur la réalité et les causes du chômage est souvent parasité par les anathèmes partisans, pollué par des considérations idéologiques.

 

Bien qu'un relatif consensus s'établisse aujourd'hui sur la nature et les causes du chômage, la France semble réticente à faire l'examen des réformes qui ont contribué à diminuer le chômage chez ses voisins scandinaves, anglo-saxons (lointain voisin, le Canada par exemple) ou méditérranéens et préférer l'inertie.

 

Pourtant entre 1945 et 1973, le revenu national a progressé de 4,5% par an en moyenne et le niveau de vie des Français a été multiplié par cinq. C'était les trente glorieuses. Puis sont venues les Trente (Quarante) Piteuses. De la persistance de ce problème du chômage découle une partie des maux qui rongent aujourd'hui la société française : problème d'intégration, violence urbaine, échec scolaire, discrédit de l'Etat jusque dans ses missions régaliennes...

 

Quand, au milieu des années 70 au Royaume-Uni, Margaret Thatcher sort victorieuse d'une année d'affrontement avec les syndicats des mineurs de la région du Yorkshire, côté français, la reconversion sera respectueuse du statut des travailleurs lorrains et des fameux acquis sociaux. Contre vents et marées, on préservera donc la vocation industrielle de la région, quitte à y implanter de nouvelles entreprises à coups de subventions...

 

Résultat : il n'y a pratiquement plus aucun sidérurgiste à Longwy alors que la ville en comptait encore 25 000 durant l'âge d'or des années 60. Aucune industrie de substitution n'a pris le relais malgré les sommes colossales investies, plus de 100 milliards de francs (15 milliards d'euros) qui ont néanmoins permis de financer quarante mille départs en préretraite pour toute la sidérurgie (157 000 travailleurs encore en 1974).

 

Pendant ce temps, côté belge et luxembourgeois, les objectifs d'emploi ont été atteints et même dépassés dans la durée. Les handicaps fiscaux et légaux ont pesé lourdement sur le destin de Longwy. L'intervention de l'Etat n'a été qu'un cautère, très temporaire, sur une jambe de bois.

 

Un centre commercial Auchan a néanmoins ouvert il y a deux ans (en 2006) sans aucune subvention. C'est le deuxième employeur après l'hôpital. 

 

L'auteur, co-réalisateur d'un documentaire sur Longwy diffusé sur Arte, s'intéresse alors au cas d'Ali Alloun, ancien contremaître chez Daewoo (délocalisé en Ecosse), puis chômeur, et, las d'attendre, créateur d'entreprise. Ses trois employés sont en CDI, pas question pour lui d'avoir recours à l'interim ou aux CDD. Mais, alors qu'il en aurait besoin, il ne peut pas embaucher un quatrième salarié : avec les charges sociales, la masse salariale représente la moitié du chiffre d'affaires de son entreprise, qui retraite du matériel informatique...il envisage de s'installer au Luxembourg.

 

Le destin de Longwy est symptomatique de l'échec des politiques de soutien à l'emploi menés dans le pays depuis trente (quarante) ans. Soutien indéfectible à une industrie moribonde pour cause de fierté nationale, de rigidité idéologique, de manque de courage politique ou les trois à la fois, discontinuité dans les réformes, aides et subventions déversées sans contrôle et sans contrepartie dans des usines à gaz bureaucratiques, absence de réforme structurelle, frein à l'initiative individuelle...reconversion ratée, délocalisations successives, désertion massive des plus jeunes, chômage qui touche encore un habitant sur dix...

 

Après la publication, en 1995, d'un livre intitulé La fin du travail, signé Jeremy Rifkin, l'idée de diminuer le temps de travail comme remède à l'inévitable progression du chômage, fait son chemin.

Bientôt la France entre dans l'ère des trente-cinq heures. Les gouvernants n'en continuent pas moins à afficher leur volonté de préserver coûte que coûte les emplois existants, au mépris du signal désastreux envoyé aux investisseurs éventuels.

 

Il ressort d'une étude menée entre 1997 et 1999 que les salariés les mieux protégés sont aussi ceux qui ont le plus fort sentiment d'insécurité de l'emploi ! Or, en France, le système d'indemnisation du chômage est perçu comme un filet de sécurité plus efficace que la protection de l'emploi mais cette indemnisation apparaît moins généreuse ici qu'ailleurs : 8078 euros en moyenne contre 8416 pour la moyenne des pays de l'OCDE.

Là il faudrait vérifier : j'entendais encore ce matin à la radio (dimanche 13 janvier) une journaliste allemande rappeler qu'en Allemagne les cadres qui se retrouvent au chômage touchent la même chose qu'un ouvrier. On a plutôt entendu dire qu'à ce niveau la France est plus généreuse, par exemple avec les hauts salaires qui perdent leur emploi. Ce qui est justifié en général par le fait que le taux de cotisation est également plus élevé chez nous...

 

Quoiqu'il en soit, in fine, le sentiment de précarité est croissant. Aujourd'hui, en 2013, on sait que ce sentiment est justifé : non seulement le taux de chômage est élevé mais en plus les emplois, surtout pour les jeunes mais pas seulement, n'existent presque plus que sous la forme de CDD. 

 

L'auteur rappelle aussi le retentisssement qu'à pu avoir, en 1996, le livre de Viviane Forrester L'Horreur économique, véritable charge anti-mondialisation et anti-libérale qui contribua à répandre le fantasme de la fin du travail.

Il faut donc à tout prix protéger les emplois existants contre l'ogre mondialiste.

 

D'après l'auteur, en 2006, nos exportations vers les pays émergents étaient supérieures à nos importations ! Ce qui limitait fortement l'impact de la mondialisation. Voilà encore une chose qui a bien changé...en 2009 par exemple notre déficit commercial envers la Chine était de 20 milliards d'euros, selon les douanes françaises.

 

Autre fantasme : les délocalisations. L'impact réel de celles-ci est en fait négligeable. En revanche les IDE (investissements directs étrangers) sont en baisse. Entre 1993 et 2000 ils ont permis de créer ou de sauvegarder 221 000 emplois.

Les entreprises françaises, elles, continuent d'investir massivement à l'étranger : 38,4 milliards en 2004 (74,1 milliards en 2009 - 63, 5 milliards en 2010).

Ces investissements à l'étranger contribuent à créer des emplois en France : près de 100 000 emplois entre 1997 et 2000. 

 

Plutôt que de s'obstiner à préserver les emplois d'hier, il faudrait bien sûr développer les secteurs d'avenir.

 

Certains de nos voisins ont joué le jeu de la mondialisation tout en se réformant, ils ont accrus leur compétitivité et sont parvenus à retrouver le chemin du plein emploi. 

 

Le Danemark, par exemple, dont le modèle de flexisécurité est fréquemment cité en exemple a réussi à réduire son chômage de moitié. Les dépenses en politique de l'emploi y sont 2,5 fois plus élevées qu'en France. Il faut protéger les travailleurs, pas les jobs existants.

 

Ce qui frappe, en France, c'est le faible taux d'activité aux deux extrémités de la pyramide des âges, parmi les plus jeunes et les plus âgés de nos concitoyens.  

 

La France travaille moins, mais les dépenses, elles, continuent d'augmenter. Elles atteignent même des sommets historiques.

Seule une augmentation du nombre des salariés peut permettre d'accroître les recettes fiscales de l'Etat sans toucher au niveau des prélèvements, déjà très élevé.

 

Les solutions sont connues, elles s'appuient sur des expériences qui ont fait leurs preuves à l'étranger mais l'Etat regimbe à les mettre en application. Trop risqué...En tardant à entreprendre les réformes au moment où l'urgence est de mise, l'Etat a fait un choix, celui du chômage. 

 

Par un simple effet d'optique, les plans sociaux qui marquent la disparition de plusieurs centaines d'emplois d'un seul coup sont beaucoup plus visibles que les milliers de postes qui sont créés au même moment dans une myriade d'entreprises à travers la France. 28 355 créations d'entreprises pour le mois de mai 2006 selon l'INSEE, en progression de 8,5% par rapport au mois d'avril.

 

Car en France, chaque jour, 10 000 emplois sont détruits et 10 000 emplois sont créés. Au sein des entreprises les embauches et les départs simultanés sont de l'ordre de 30 000 par jour ouvrable.

 

Ce constat remet au goût du jour un précepte de Joseph Shumpeter popularisé sous le terme de "destruction créatrice". Le processus de destructions créatrices porté par le progrès technique est le fondement même du développement économique d'un pays.

 

Le véritable patriotisme économique, c'est celui qui consiste à préparer l'avenir en favorisant les nouveaux gisements d'emplois. Une politique volontariste de l'emploi passe d'abord par l'accélération des créations d'emplois, pas par le ralentissement des destructions. 

 

Les créations d'emplois nouveaux reposent, comme la croissance, sur le développement du progrès technique et de la productivité.

Or, nos gains de productivité s'amenuisent. Jusqu'à la fin des années 80, la France a vu sa productivité augmenter plus rapidement que celle des Eats-Unis. Depuis la tendance s'est inversée. La productivité horaire reste plus forte mais comme la France est l'un des pays où l'on travaille le moins, notre productivité par tête est passée derrière celle des Etats-Unis.

 

Avec les trente-cinq heures, on a choisi de gérer la pénurie...

En effet, comme le démontre le phénomène des destructions créatrices, la quantité de travail requise par les entreprises n'est pas une donnée intangible et tronçonnable à loisir : pour remédier à la pénurie de travail, on a voulu réduire les parts, alors que c'est le gâteau qu'il aurait fallu gonfler.  

Ce que l'on néglige c'est le caractère dynamique de l'économie au profit d'une vision malthusienne du marché du travail.

 

L'augmentation du pouvoir d'achat par la dépense publique profite essentiellement aux entreprises étrangères qui vendent leurs biens sur le marché français...

 

Les emplois jeunes (dont on a vu une énième mouture récemment avec les emplois d'avenir) consistent à créer des emplois réservés aux jeunes dans les services publics et les associations. Or, comme le disait le responsable socialiste Jean Glavany en 1998, on peut créer tous les emplois publics imaginables, si nous n'associons pas les entreprises à ce projet, nous ne résoudrons pas ce problème de manière durable.

 

Le récent contrat de génération semble plus prometteur puisqu'il ne repose plus sur le constat erroné : mettons un "vieux" en préretraite, un jeune sera embauché. Ce qui évidemment ne fonctionne pas. Reste à savoir combien d'entreprises seront intéressées...

 

Par le jeu des gains de productivité et de la croissance, le travail des uns crée le travail des autres.

 

Si la France avait un taux d'emploi comparable à celui des Etats-Unis (en 2004) 6,58 millions d'emplois pourraient être créés dans les services...(rapport Cahuc-Kramatz).

Un taux d'emploi proche de celui de l'Allemagne permettrait de créer 1,2 million d'emplois dans les services de proximité.

 

Mais la France apparaît comme l'un des pays les plus réglementés de l'OCDE, avec l'Italie, la Grèce et la Norvège...On sait que depuis quelque temps, on a pas mal déréglementé en Italie et en Grèce (et en Espagne).

 

Certaines réglementations sont évidemment nécessaires et dictées par le bien commun. Et il faut s'assurer que les missions d'intérêt public continuent d'être assurées pour éviter que ne se reproduisent les carences observées dans l'approvisionnement d'électricité ou le transport ferroviaire dans les pays qui ont libéralisés ces secteurs. Cependant, la France part de si loin que le champ de la déréglementation reste vaste. On vient de voir les taxis dans la rue face aux "menaces" de libéralisation de leur profession.

Taxis, débits de boisson, salons de coiffure, expert-comptables (huit années d'études contre 5 ou 6 ailleurs), conseils juridique, pharmaciens, commerce de détail, etc...le champ est vaste.

 

Par ailleurs le gisement des petites et moyennes entreprises reste insuffisamment exploité. Pourtant le taux de créations d'entreprise est un des plus élevés parmi les pays développés. Le problème vient d'un taux de survie assez bas. Or ce sont principalement les PME qui créent des emplois. Fiscalité plus lourde (impôt sur les sociétés, charges sociales, ISF) et rigidités du marché du travail entravent leur développement. Et elles n'investissent pas assez dans la recherche et le développement.

 

La précarité provient, elle, de la réglementation stricte des licenciements qui tend à accroître le nombre des CDD, d'une part, et à rallonger la durée moyenne du chômage, d'autre part.

La faiblesse des dispositifs d'acompagnement dans la recherche d'emploi est peu propice aux réallocations de main-d'oeuvre. 

 

La plupart de nos voisins ont opté pour des programmes de reclassement externes à l'entreprise, moyennant le versement par cette dernière de contributions (ou d'une taxe sur les licenciements) à des fonds de reclassement. Cette taxe est de nature à responsabiliser les entreprises en les incitant à tenir compte de la valeur sociale des emplois et pourrait doter le service public de l'emploi de 5 milliards d'euros supplémentaires pour financer les reclassements.

 

L'existence d'un contrat unique simplifierait les choses. D'autant plus que 50% des embauches en CDD et quatre CNE sur dix concernent des salariés de moins de 26 ans. 

 

Aux Pays-Bas ou au Danemark, par exemple, les demandeurs d'emploi bénéficient d'un accompagnement personnalisé en contrepartie d'un contrôle strict et régulier.

 

L'Etat consacre 10 milliards d'euros aux emplois aidés et les allègements de charge s'élèvent à 16 milliards d'euros.

Ces allègements, ciblés sur les bas salaires, ont prouvés leur efficacité (mais concernent surtout le secteur des services au détriment de l'industrie où les salaires sont plus élevés). 

 

La formation professionnelle draine des sommes colossales dépensées en frais de fonctionnement dans une myriade d'organismes souvent opaques - il en existe cinquante-neuf mille en France. Il faudrait, en outre, cibler les catégories de la population qui en ont le plus besoin, en l'occurrence les quelque 15% de jeunes qui sortent du système éducatif sans aucune formation.

 

A propos du système éducatif, justement, l'auteur cite, on ne s'en étonnera pas, Jacques Marseille : "La France est un des rares pays au monde où un étudiant coûte moins cher qu'un lycéen". Pour quel résultat ? Les 15% de jeunes dont il est question plus haut apportent une partie de la réponse.

 

C'est donc l'instinct de préservation qui domine et les résistances ne sont pas seulement le fait des corporatismes patronnaux ou syndicaux, elles sont aussi politiques...

 

Pour les Français, l'enjeu est de passer d'une société du plébiscite, où l'Etat est le réceptacle des attentes et des craintes individuelles, où domine le zapping permanent d'une offre politique à l' autre au gré des humeurs de chacun, à une société de responsabilté, où l'on fait le choix d'un programme de gouvernement lorsqu'on porte une majorité au pouvoir. Nos emplois et nos retraites sont en péril. Il est urgent d'agir. 

 

Un accord (presque) historique a été signé par les partenaires sociaux, vendredi 11 janvier. Les salariés auront des droits nouveaux : création d'une complémentaire santé, mise en place de droits rechargeables à l'assurance-chômage - un chômeur qui retrouve un emploi ne perd pas ses droits déjà acquis - taxation d'une partie des contrats courts, encadrement du temps partiel, instauration d'un compte personnel de formation tout au long de la vie...en contrepartie les entreprises pourront baisser les salaires en cas de baisse de l'activité à condition de s'engager à ne pas licencier sur une durée de deux ans...  

Les choses vont-elles (enfin) s'améliorer ? 

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