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http://nicolinux.fr/wp-content/2010/07/carlos-assayas.jpgOn peut éprouver de la satisfaction à constater qu’un réalisateur français puisse s’attaquer à un tel sujet : Carlos. Non, pas le chanteur et fils de Françoise Dolto mais le terroriste.
Soderbergh a fait son Che Guevarra (en 2 épisodes), Olivier Assayas son Carlos, décliné en un film et une mini-série (3 épisodes), produits par Canal + .
Certes Carlos n’est pas Che Guevarra, même s’il y a des ressemblances, mais après tout la France ce n’est pas non plus les Etats-Unis (ni l'Amérique latine)

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La réussite du projet tient d’abord au choix de l’acteur principal, le vénézuelien Edgar Ramirez.
On ne comprend pas toujours tout ce qu’il dit mais son accent est charmant et il joue très bien.

 

A propos d’accent, le choix de faire parler tout le monde en français (avec les accents locaux adéquats) peut surprendre mais à l’arrivée on constate que ce n’était pas un si mauvais choix. En fait on peut voir le film en VO et là chacun parle dans sa langue. Carlos s'adresse en anglais à Magdalena Kopp, membre fondatrice des Cellules révolutionnaires allemandes...
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Au delà du sieur Ramirez (Carlos s’appelait en fait Illitch Ramirez Sanchez et il a fait un séjour en URSS), le reste du casting sonne toujours juste, quelque soit le pays où on se trouve. Et on voyage beaucoup : de la Hongrie au Soudan, en passant par le Yemen, la RFA, la RDA, etc,etc.…

 

De hauts personnages (incarné par des acteurs méritants), dont certains sont toujours aux commandes, font des apparitions, tels que le chancelier Kreiski ou Bouteflika…

 

Assayas n’a pas tout à fait le même sens de la mise en scène que Spielberg dans Munich mais il ne démérite pas et fait preuve d’une efficacité sans failles, fondée sur une économie de moyens …qui tient peut-être un peu aussi à un budget nécessairement "non hollywoodien" (14 millions d'euros quand même mais 70 millions de dollars pour Munich). 

 

Assayas a soigneusement  reconstitué les attentats qui jalonnent la "carrière" terroriste de celui qui se présente d'abord comme un militant de la cause palestinienne.

 

(Wikipedia) [Le 30 décembre 1973  à Londres, Carlos tente d'assassiner Joseph Edward Seif, homme d'affaires sioniste et frère du président de la chaîne de magasins Marks & Spencer, qui échappera à la mort
Le 15 septembre, un attentat à la grenade contre le Drugstore Saint-Germain revendiqué par Carlos, fera deux morts et trente-quatre blessés.
La Direction de la Surveillance du Territoire (DST) est sur la piste du terroriste.

Le 13 janvier 1975, il tente une attaque au lance-roquettes depuis la terrasse de l'aéroport d'Orly sur un avion de la compagnie El Al, la compagnie nationale israélienne de transport aérien. Les terrasses de l'aéroport sont fermées par arrêté ministériel quelques jours plus tard. Le 19 janvier 1975, Carlos revient avec deux autres personnes. Ils attaquent l'aéroport et prennent deux personnes en otage. Ils demandent et obtiennent un avion pour partir à Bagdad. Cette attaque a fait 21 blessés.

 

Le 27 juin 1975, il abat Raymond Dous et Jean Donatini, deux inspecteurs de la DST, et Michel Moukharbal, un informateur libanais, au 9 de la rue Toullier à Paris. Un troisième policier, Jean Herranz, commissaire de la DST, est grièvement blessé.

 

Le 21 décembre 1975, il organise et dirige la séquestration de 11 ministres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) à Vienne, lors d'un meeting des dirigeants au siège de l'organisation.
L'opération est menée par un groupe de six personnes dirigé par Carlos, prenant soixante-six otages. Les terroristes, accompagnés de quarante-deux otages, se voient octroyer un avion de ligne DC-9 et partent en direction d'Alger. Neville Atkinson, ancien pilote de la Royal Navy et pilote personnel de Mouammar Kadhafi au moment des faits, est alors chargé de transporter une partie des terroristes à Alger où ils débarquent, et où trente otages sont libérés. L'avion part ensuite en direction de Tripoli, débarquant d'autres otages, puis retourne à Alger où le reste des otages est libéré et où les terroristes obtiennent l'asile.


Par la suite, une série d'attentats à la bombe destinés à obtenir leur libération va toucher la France : dans le train Capitole Paris-Toulouse le 29 mars 1982 (5 morts, 77 blessés), une voiture piégée devant les locaux devant le siège du journal Al-Watan al-Arabi le 22 avril 1982 rue Marbeuf à Paris (un mort, 63 blessés), dans le TGV près de Tain-l'Hermitage et à la gare Saint-Charles de Marseille le 31 décembre 1983 (5 morts et 50 blessés)].

La prise d'otages des membres de l'OPEP à Vienne le 21 décembre 1975 avait en fait pour objectif secret l'élimination de 2 hommes, le ministre des finances d'Iran et le ministre saoudien du pétrole, considérés comme des ennemis de la cause palestinienne.

Au final ils garderont la vie sauve contre rançon, dont une bonne partie atterrira dans la poche de Carlos. Cela lui sera reproché par Wadie Haddad, chef du FPLP, qui l'excluera de l'organisation. 

 

On est assez étonné, avec le recul, de voir avec quelle facilité les terroristes obtiennent un avion et la façon dont Carlos se pavane sur le tarmac.  

 

Assayas s'attache surtout finalement à montrer la vie quotidienne d'un terroriste. Ainsi on assiste à une fête anniversaire (celui de Carlos) très arrosée, où l'on danse beaucoup et ponctuée de coups de feu tirés en l'air...

 

On apprend dans le film, si on ne le savait pas déjà, que Carlos n'a pas commis d'attentat aux Etats-Unis, ce qui explique que si la CIA s'y intéresse, elle ne peut rien contre lui.

 

Le personnage a quand même fasciné l'Amérique au point que Robert Ludlum confère au célèbre terroriste un rôle éminent et central dans La mémoire dans la peau. Dans ce thriller Carlos est devenu une espèce de Deux ex machina qui tire les ficelles...Dans les adaptations cinématographiques (avec Matt Damon dans le rôle de Jason Bourne), il a en revanche complètement disparu (sauf erreur)...et c'est tant mieux.

 

Le " vrai " Carlos, celui du film en tout cas, n'a rien d'un super-méchant, du genre de ceux qui,  dans les James Bond, ne pensent à rien d'autre qu'à devenir maître du monde....

 

Pour autant Carlos à soif de notoriété et n'est pas insensible aux flashs des photographes. 

Sa notoriété lui permet aussi de faire monter les enchères. 

 

Carlos, le vrai, celui qui est prison, a commenté le film et crié à la caricature et au travestissement  de la réalité historique...Il s'est converti à l'Islam (il a toujours su prendre le train en marche), s'est marié (avec son avocate), s'est fait interviewé et a même publié un livre...

 

La photo du film est belle (c’est à dire pas seulement jolie mais " juste "), c’est bien filmé, bien joué et en plus c’est discrètement drôle.

Plus haut je rapprochais le Che de Soderbergh et le Carlos d’Assayas. Il peut être intéressant de comparer la façon dont les réalisateurs respectifs se sont emparés du « mythe ».

Les 2 films de Soderbergh sont passionnants, plus encore le premier, truffé de vraies et de fausses archives et qui du coup relève d’une esthétique du collage à laquelle je suis toujours très sensible.

Le second est plus linéaire.

 

Quoiqu’il en soit on ne peut pas dire que Soderbergh égratigne le mythe. Pour ça il vaut mieux voir Adieu Cuba de l’acteur Andy Garcia où Che Guevarra, peu présent à l’écran il est vrai, ne se montre vraiment pas sous son meilleur jour (il est par exemple montré comme un tueur de sang froid...).

 

Carlos, lui, ne sort pas grandi du portrait qu'Assayas fait de lui.

 

En faisant un petit effort on peut reconnaitre une certaine légitimité au Che (il a combattu des dictatures...), tandis que Carlos, qui s'inscrit dans une mouvance terroriste européenne dont il faudrait étudier la genèse, s'est en fait surtout opposer aux démocraties occidentales, au motif qu'elles soutenaient le sionisme israélien. 

 

Il est intéressant aussi de voir qu'un des compagnons de route allemand de Carlos s'insurge de la manière dont les otages israéliens et donc juifs ont été "triés" lors de la prise d'otages qui s'achève à Entebbe par un raid des forces spéciales israéliennes. Pour lui la lutte antisioniste ne doit pas conduire à reproduire la politique d'abord ségrégationniste puis d'extermination des nazis...

 

Formé en URSS, Carlos a longtemps pu compter sur le soutien des " démocraties populaires " et sur celui des régimes arabes dit " progressistes " (Agérie, Libye, Irak...). Avec le temps tous ces régimes ont échoués.

 

L'Algérie se maintient grâce à l'argent du pétrole, à la fois, pour un pays, bénédiction et malédiction (économie rentière et régime autoritaire).

 

Le peuple libyen, même si rien n'est joué, va sans doute avoir la peau de celui qui fut en Occident ennemi public numéro 1 pour réussir ensuite à revenir dans le " concert des nations ". 

 

En Irak Sadham Hussein a été éliminé mais le retrait des forces occidentales sous mandat de l'ONU, de même qu'en Afghanistan, après plus de 10 ans de guerre, ouvrira une nouvelle ère d'incertitude...

Tag(s) : #Cinéma & DVD

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