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http://www.redlist.be/images/films/Bubble.jpgBubble (2007) ressemble à un film indépendant et dans une certaine mesure c'est un film indépendant : il ne fait pas partie des films hollywoodiens de son auteur, Steven Soderbergh, le cinéaste-scénariste-producteur caméléon qui alterne, depuis 1989 et la sortie de Sexe Mensonges et Vidéo (palme d'Or à Cannes) les films à "gros" et à "petit" budget.


Mais le film n'est en aucun cas sorti en catimini dans une poignée de salles et a au contraire fait l'évênement en étant diffusé simultanément sur grand écran, en DVD et en VOD. C'était une première !

 

Le film était donc aussi attendu qu'un block-buster.

 

De plus le teaser (la bande-annonce), avec ces plans répétitifs de têtes et de membres de poupée, annonçait plutôt un film à caractère fantastique dans la lignée de Dolls.

 

En fait il n'en est rien et on se retrouve vraiment en plein film indépendant : trois employés d'une usine qui fabrique des poupées (pas n'importe quelle usine quand même) sont montrés sur leur lieu de travail, chez eux, en voiture ou dans un bar...

 

Le film adopte dès le départ un rythme lent, basé sur de nombreux plans fixes, et le jeu des acteurs est au diapason : ils ne semblent pas jouer mais simplement vivre leur vie, faite de conversations factuelles et des gestes répétitifs qu'ils accomplissent à l'usine.

 

Les trois acteurs principaux ont été recrutés sur place et leurs propres maisons ont servies de décors au tournage.

 

Martha (Dobbie Doebereiner) a pour seul ami Kyle (Dustin Ashley) qu'elle passe prendre le matin pour l'emmener à l'usine et emmène le soir dans une autre usine où il exerce un deuxième emploi.

Elle voit d'un mauvais oeil arriver Rose (Misty Wilkins) une nouvelle employée sensiblement du même âge que Kyle.

Martha est une vieille fille qui vit seule avec son père impotent et n'a pas d'autres distractions que la télévision.

Lorsque Rose lui demande de garder sa petite fille de deux ans un vendredi soir pour pouvoir sortir, elle est surprise d'apprendre que c'est avec Kyle qu'elle sort.

 

Le lendemain Rose est retrouvée morte étranglée.

 

A  ce moment là nous sommes déjà à la fin du film et l'inspecteur chargé de l'enquête n'a rien d'un flic hollywoodien.

 

De plus il n'y aucun suspens, même si le même soir le père de la petite fille est passé voir Rose pour lui réclamer de l'argent et de l'herbe que celle-ci aurait volé chez lui.

 

Ce que l'on soupçonnait déjà se confirme : c'est Martha elle-même qui dans un geste de folie a étranglé Rose.

 

Ce qui est frappant tout au long du film c'est l'abscence de pathos et la quasi absence d'expression des acteurs comme englués dans leurs petites vies, y compris l'inspecteur que Soderbergh montre dans un restaurant, fixant le vide, dans un plan assez saisissant.

 

Entretemps on aura vu Rose voler de l'argent dans le tiroir d'une commode dans la chambre de Kyle qui juste avant lui a avoué qu'il n'avait pas de compte en banque et gardait ses économies (destinées à acheter du matériel de camping) dans un "tiroir-tirelire".

 

Il faut dire que ce que Rose  veut plus que tout au monde c'est quitter cet endroit où on ne peut arriver à rien.

 

Elle l'aura quitter, définitivement, sans doute plus vite et plus radicalement qu'elle l'avait souhaité.

 

Dans le dernier plan, dans sa cellule de prison, Martha prend soudainement conscience que c'est bien elle qui a commis ce geste impardonnable.

 

Soderbergh s'est lui-même chargé du montage et de la photographie (superbe) du film et a réalisé le film, me semble t-il, en DV (numérique).

 

Bubble n'est bien sûr pas le premier film à montrer ainsi l'Amérique profonde (et Soderbergh lui-même déjà en 1995 dans le polar A Fleur de Peau ?) mais les partis pris radicaux de mise en scène, dépouillement, plans fixes, photographie, anti-jeu des acteurs font de ce film une expérimentation réussie sans cérébralité aucune néanmoins suceptible d'atteindre un large public.

 

Ce film choc ( à sa manière) devait inaugurer une série de 6 films tournés dans les mêmes conditions, chacun dans une petite ville.

 

Ce papier quant à lui devrait inaugurer une série d'articles consacrés  à un choix de films de trois réalisateurs majeurs : Soderbergh bien sûr mais aussi Gus Van Sant , Sean Penn ou les frères Cohen.   Pas encore de français dans cette liste mais ça peut changer !

Tag(s) : #Cinéma & DVD

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