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A l’instar de Jake Arnott, à travers le roman policier, Coe utilise la littérature pour sonder la société britannique au tournant des années 70.

 

Roman initiatique, Bienvenue au Club réussit le tour de force de faire à la fois le portrait intime d’une poignée d’adolescents mais aussi celui de l’Angleterre pré-Thatcheriènne…


Bienvenue au Club se termine par un monologue, une longue phrase qui s'étale de la page 485 à la page 534, et rappelle celui qui clôt le Ulysse de Joyce, de la page 661 à la page 710, à la différence près que si la phrase de Jonathan Coe ne comporte aucun point, celle de Joyce est dénuée de toute ponctuation  et comme par hasard, alors que je viens juste de songer au parallèle avec le roman de Joyce, Benjamin, le personnage central du livre, raconte une visite au pub où le père de son ami Philip, Sam, est justement en train de lire...Ulysse.

 

Sauf que chez Joyce c’est un monologue intérieur et chez Coe un monologue semi-intérieur et chez Joyce une femme qui s’exprime et chez J. Coe un jeune homme. L’un comme l’autre se mettent à nu, dévoilent leurs pensées et leurs désirs les plus profonds et on ne peut s’empêcher de ressentir un trouble tout aussi profond comme s’il nous était donné de pénétrer là où il est d’habitude impossible et même interdit de s’aventurer : dans les tréfonds de l’âme d'autrui.

 

Dans les deux cas le sexe, le sexe comme communion entre deux êtres, est central. Benjamin avait déjà évoqué sa "première fois" avec Cicely mais en tournant si l'on peut dire autour du pot ! Ici il entre dans le vif du sujet.

 

Le monologue fonctionne un peu comme un récapitualtif du livre. Le récit terminé , il est temps  d'en faire le bilan, d'en tirer les leçons. Ben y évoque ses vacances au Danemark avec une famille allemande, ce qui plus tôt dans le livre, permet à l'auteur de revenir sur la deuxième guerre mondiale; dans un état de demi-endormissement des images de répression policière l'assaille et il sait que l'article de Doug sur ce qui s'est passé lors des manifestations de Southall dans le journal du lycée en est à l'origine ; il se souvient de Steve, le seul élève de couleur du lycée, issu d'un quartier défavorisé, Handsworth, une "zone interdite" ; il se rappelle son bref séjour à New York où il a rejoint Cicely après leur été au Pays de Galles où l'oncle de Cicely lui a expliqué en le regardant droit dans les yeux que les Anglais se sont toujours comportés, à travers l'histoire, comme des envahisseurs, violents et arrogants ; du père de Doug, un syndicaliste qui depuis qu'il a été matraqué et blessé à la tête a perdu la volonté de se battre ; 

 

En fait le livre ne se termine pas tout à fait avec ce monologue puisqu'en fait dans les dernières pages on retrouve, en 2003, Sophie, fille de Lois, la soeur de Benjamin et Patrick, le fils de Philip, et ainsi la boucle est bouclée car c'est Sophie qui au début du livre entreprend de raconter l'histoire de son oncle Benjamin et de ses amis, adolescents au début des années 70.  

 

 Jake Arnott et Jonathan Coe décrivent la société britannique avec la même touche de cynisme, ce cynisme devenu, dans les années 80, le propre d'une société à laquelle Margaret Thatcher, premier ministre de 1979 à 1990, a définitivement ouvert la porte en développant la City. Ce sont les années "fric".

 

L'auteur fait feu de tous bois, utilise tous les styles, de l'épistolaire au journal intime en passant par les articles publiés dans le journal du lycée.

 

A l'époque de nombreuses grèves génèrent des manifestations ouvrières souvent réprimées très durement par la police et son groupe d'intervention spéciale.

En regardant l'autre jour La Bande à Baader d'Uli Edel (il faudra que je revienne plus longuement sur ce film), je me disais que la férocité de la répression à l'époque  (dans le film ce sont des jeunes qui manifestent contre la visite du Shah d'Iran qui se font matraquer) n'a sans doute pas été pour rien dans la radicalisation d'une certaine jeunesse tenté alors par le terrorisme. Il leur était facile alors de dénoncer l'Etat policier...

 

Depuis"Les polices du monde développé semblent avoir découvert les mérites d’un contrôle plus pacifique que coercitif des manifestations" (P.A.J. Waddington in "Police et Manifestants - Mantien de l'ordre et gestion des conflits").

 

En Angleterre la puissance des syndicats commence à être remise en cause (plus tard Thatcher fera voter plusieurs lois dans ce sens) tandis que le terrorisme reste l'apanage de l'IRA. Le fiancé de Lois meurt d'ailleurs dans un attentat. 

 

Bienvenue au Club a une suite intitulée Le Cercle Fermé, qui reprend le fil du récit à la fin des années quatre-vingt-dix.




Tag(s) : #Journal de lecture

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