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http://medias.fluctuat.net/films-posters/1/4/14312/a-l-interieur/affiche-1.jpgOn a souvent dit que le cinéma français n'était pas doué pour le cinéma de genre.

Longtemps le film policier a été hégémonique jusqu'à ce que ces dernières années la production de polars se raréfie, au point qu'on a pu se demander si les cinéastes hexagonaux étaient encore capables de trousser un polar correct.

Le film d'horreur a lui été longtemps aux abonnés absents à de rares exceptions près.

Mais il y a depuis quelques années une volonté quasi patriotique de donner au genre une consistance.

C'est semble t-il chose faite puisqu'un réalisateur comme Alexandre Aja, né en 1978, fils du réalisateur Alexandre Arcady, a déjà été appelé à Hollywood pour mettre en scène en 2006 le remake de La Colline a des yeux après avoir réalisé en France en 2003 Haute Tension qui, à sa manière renouvelait le genre et se permettait de montrer des choses que l'on ne saurait voir dans un film américain.

C'est bien là la gageure à laquelle les réalisateurs français doivent faire face : innover dans un genre presqu'entièrement dominé par le made un USA ( à l'exception notable du cinéma asiatique en particulier japonais toutefois plus fantastique qu'horrifique) ou bien essayer de faire mieux que leurs homologues ricains.

De quoi avoir des complexes. Julien Maury et Alexandre Bustillo ne semblent avoir eu aucun complexe et aucun tabou.

Leur film de 2006 A l'intérieur dont le slogan annonce le programme tout entier « ouvre moi ta porte...que je t'ouvre le ventre » repousse très loin les limites du genre et fait avec largesse ce qu'il faut pour justifier son interdiction aux moins de 16 ans.

Il est même souhaitable de l'interdire absolument aux femmes enceintes.

Car c'est bien de cela qu'il est question et il n'est même question que de cela : l'état de grossesse et l'enfant à naître sont au coeur du propos et au centre du cauchemar.

Le film démarre sur les chapeaux de roues, c'est le cas de le dire, avec un accident de voiture meurtrier et sanglant. Le ton est donné : l'hémoglobine coulera à flots dans un crescendo propre au genre et ici parfaitement respecté.

Enceinte de plusieurs mois, Sarah et son bébé survivent à l'accident mais pas le mari et futur père.

Sarah est photographe et son patron, qui doit venir la chercher le lendemain matin pour la conduire à la maternité, regrette qu'elle ne soit pas opérationnelle pour couvrir les émeutes qui secouent les banlieues en cette veille de Noël 2005.

Dès lors sa grossesse ne sera pas ce moment unique et magique dans la vie d'une femme, mais bien plutôt l'attente d'une "délivrance" qui ne sera pas tout à fait celle attendue.

Les auteurs ont sûrement vu Panic Room de David Fincher auquel le film fait souvent penser.

Il faut dire que là aussi tout se passe dans un huis-clos, ici un pavillon de banlieue dans une résidence « moderne » à l'américaine, mais où le « home sweet home » se transforme, suivant un shéma éprouvé, en maison de l'horreur...

Mais la maison n'est pas hantée par des fantômes, les murs ne suintent pas, ils se recouvrent plutôt d'éclaboussures écarlates.

Les attentes et les espoirs des protagonistes, comme ceux des spectateurs, sont constamment déjoués et on se prend vite à vouloir, une fois n'est pas coutume, que tout se termine, enfin, par un happy-end...

Mais il ne faut pas trop compter là-dessus. Aucun répit à attendre et les retournements de situation successifs ne font que nous plonger plus profond dans le carnage et l'horreur.

Vous avez dit « gore » ?

Le casting est à la hauteur et on se réjoui par exemple du choix de Béatrice Dalle pour incarner la psychopathe de service.

Alyson Paradis est excellente en parturiente dépressive mais douée d'un instinct de survie et d'une combativité hors du commun. Bien sûr elle n'a pas que sa vie à défendre mais aussi celle de son bébé.

On apprécie aussi le choix de Nicolas Duvauchelle qui incarne ici un policier de la BAC malheureusement assez vite réduit à l'impuissance.

Ou celui de François-Régis Marchanson dans le rôle de Jean-Pierre le patron de Sarah qui rappelle le personnage incarné par Patrick Bauchau dans Panic Room.

On notera enfin la présence de Tahar Rahim, doublement primé aux césars pour sa prestation dans Le Prophète de Jacques Audiard, en policier municipal.

D'aucuns regrettent que le cinéma français n'ait su accoucher que d'un cinéma d'horreur « cérébral » (à l'image de Haute Tension où tout se passe en fait dans la « tête » de l'héroïne) peu propice à la création d'un genre populaire.

A ce titre le film La Horde actuellement sur les écrans serait le premier film à la fois horrifique et populaire.

Il n'empêche qu'A l'intérieur pose les jalons d'un cinéma d'horreur qui a su aussi tirer des leçons, esthétiques en premier lieu (la photographie, sombre et contrastée, est superbe) d'un certain  cinéma japonais contemporain.  
Tag(s) : #Cinéma & DVD

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