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Avant le récit de Patrick Chauvel, j'avais lu le court roman de Pierre Drieu la Rochelle le Feu Follet, suivi de Adieu Gonzague. Je n'ai rien à en dire sinon pour conseiller vivement sa lecture. On pourra voir aussi avec profit l'excellente adaptation de Louis Malle, avec Maurice Ronet.

Patrick Chauvel, lui, appartient à la grande famille, qui devient pour moi de plus en plus familière, du cinéaste et écrivain Pierre Schoendoerffer (La 317ème Section, Le Crabe-tambour...).


C'est d'ailleurs lui qui a préfacé Rapporteur de Guerre, le livre d'un "témoin parmi les hommes", "écho de la mémoire de notre monde".


Patrick Chauvel, l'auteur, n'est pas un homme de mots mais d'images : il est photographe. Pas n'importe quel photographe: photographe de guerre.

Depuis quelque temps, il est aussi passé de l'autre coté de la barrière, devant l'objectif, il fait également l'acteur, dans le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois ou dans (L'étoile du soldat ) de Chistophe de Ponfilly, son confrère qui a préféré mettre fin à ses jours, peut-être parce qu'il ne supportait plus, après l'assassinat de son ami le commandant Massoud, " (l')incroyable cruauté (des hommes)".


En 1989 Patrick est à Panama City quand Bush "cherche à se montrer en homme fort face à Noriega, la créature qu'il a inventée quand il était à la CIA (...) qui a eu le culot de lui rappeler qu'en l'an 2000 le canal revenait aux Panaméens. Un canal qui rapporte des millions de dollars par an aux américains !". Résultat : les américains attaquent Panama City. Nom de code de l'opération : "Juste Cause".


Patrick Chauvel y sera grièvement blessé. Ce ne sera ni la première ni la dernière fois. Les images de Patrick montrent que les américains tuent un peu trop de civils. Il faut dire que des " Bataillons de la dignité" se sont formés, constitués de "civils" qui pensent que "personne n'a le droit d'envahir (leur) pays", même s'ils n'aiment pas Noriega.


De retour à l'hôtel, après moult péripéties nocturnes, dont sa rencontre avec un groupe des forces spéciales américaines, il apprend que sa femme et celle d'un autre photographe, qui les ont aidées à entrer au Panama en se faisant passer pour des touristes, ont été arrêtées en même temps que d'autres étrangers.

Cela n'empêche pas un producteur d'une chaîne de télévision américaine de proposer à Patrick de lui acheter son film, des images tournées avec une petite caméra H18, 2000 dollars. Un autre producteur lui propose 5000.

Finalement ce sera 60000 ! "C'est la première fois qu('il) assiste en direct à une mise à prix d'images de guerre. Combien pour la mort des autres – ou la mienne, éventuellement ?".


Grièvement blessé au ventre, il s'en sortira, refusant l'extrême onction, sauvé par un chirurgien de l'US Army dont les hommes manquent manifestement de sang-froid, "en l'espace de quelques heures ils ont descendu trois journalistes (l'un d'eux, un photographe espagnol, y est resté) et là, juste derrière moi, ils ont visiblement foutu en l'air une voiture de civils...".


Le canal de Panamà
fut finalement rendu au Panamá le31 décembre 1999.

Une guerre pour rien ?


Comme à l'accoutumée, ce ne sont pas les américains qui ont payé le plus lourd tribut mais les panaméens : entre 500 et 1000 morts, y compris les civils, contre 24 soldats américains tués.


C'est en Israël qu'à eu lieu, 22 ans plus tôt en 1967, le baptème du feu de Patrick Chauvel.

C'est lors d'un dîner chez son père, grand reporter au service étranger du Figaro, qu'il choisit sa voie.

Il y a là Gilles caron qui disparaîtra au Cambodge en 1971. Autour de cette table il y a souvent eu des " grands " : Schoendoerffer, Lartéguy, Kessel, Bodard (La Guerre d'Indochine, l'Humiliation.).

Patrick décide d'y "aller" aussi.
Il s'embarque pour Isarël où l'on cherche des volontaires pour travailler dans les kibboutz. Mais la guerre éclate entre Israël et les pays arabes. " ça c'est du timing, essentiel dans ce métier ". La nuit même il fait le mur.

Un peu plus tard, servi par la chance, autre ingrédient indispensable dans ce métier, il sera sur le front en train " de subir une attaque aérienne, avec un char au tapis, suivie d'un combat aérien, avec un zinc abattu ! ".

C'est la guerre dite des Six Jours. Mais de retour à Paris, Chauvel constate que 90 % de ces photos sont ratée, inutilisables.
 

Puis en 1969, c'est le Vietnam. Mais lui, contrairement à Madeleine Riffaud (Dans les maquis Vietcong ) est aux cotés des américains. Ça canarde dans tous les sens et il faut en plus faire attention aux mines et aux snipers


Dommage " il n'y a pas de son sur les photos ! Pour le pire et le meilleur, une photo reste dépouillée de cet artifice émotionnel qu'apporte le micro d'une caméra... "


Patrick constate que la plupart des soldats sont " des jeunes gens pauvres qui n'ont pas fait d'études et ne peuvent éviter la conscription ".


Son groupe est attaqué par les vietcongs et il se retrouve, bon gré mal gré, avec un fusil entre les mains. Mais il " tire sur la nuit ", il " assassine les ténèbres ".

Et s'interroge : " A quoi bon toutes ces photos, tous ces témoignages ? ".


En 1972, il est au Cambodge, avant la chute de Phnom Penh, qui sera " avalée par la folie des Khmers rouges " et une fois de plus il est blessé.


En 1972 cela " brûle " aussi en Irlande où les journalistes sont pris entre deux feux et " risquent de provoquer l'événement ", outrepassant leur rôle de témoin. " La presse fait désormais partie intégrante (des) conflit(s) ".


L'IRA l'embarque dans une voiture qui se gare devant un carrefour. Arrivent des soldats anglais et c'est l'explosion.
Il enregistre tout mais est-ce que ce n'est pas du journalisme " un peu complice " ?


Lorsque Henry Kissinger est à Paris pour la conférence pour la paix au Vietnam, il disparaît systématiquement pendant la pause déjeuner.

Patrick le retrouve chez...son grand-père, ancien diplomate qui 20 ans plus tôt avait lui-même participé aux discussions avec le Vietminh, après Dien Bien Phu !


1975, l'Erythrée. Les " chasseurs " mitraillent à basse altitude, " ils voient très bien que ce sont des civils qu'ils assassinent ".


1975 c'est aussi l'année où la situation se dégrade au Liban. A Beyrouth on s'entretue.

Mais le Liban peut attendre. En Angola la révolution portugaise déclenche une guerre entre le MPLA, le FLNE et l'UNITA, les trois partis rebelles.


En Angola, Patrick se souvient de son séjour au Mozambique en 72-73 auprès de Daniel Roxo, un mercenaire portugais blond aux yeux bleus qui ne faisait plus de prisonnier depuis que sa femme et ses enfants avaient été assassinés par des rebelles.


En Angola, Chauvel décide de partir avec un écossais qui prévoit de voyager avec des...lions.

De manière à franchir sans problème les barrages ! " Les combattants de tous bords (...) fuyaient ". L'épisode le fait penser à Kessel.


Retour au Liban. En 1978 cela fait déjà trois ans que la guerre déchire le pays.

Entretemps, Patrick est photographe sur Le Crabe-Tambour, le film de Pierre Schoendoerffer.

Et à propos il existe un beau film de Barbet Schroeder (?) avec Bruno Ganz qui interprète justement un photographe à Beyrouth pendant la guerre.


Patrick Chauvel se retrouve aussi la même année à suivre l'opération Léopard au Zaïre, à Kolvezi, avec la Légion (voir sur ce sujet le livre de Pierre Sergent et le film de raoul Coutard).


Retour en arrière. En 1977 au Liban, il est fait prisonnier par un groupe d'obédience syrienne qui l'accuse d'être un espion israélien. Il faut dire qu'il porte des rangers de fabrication israélienne et que son sac à la même provenance. Et ses geoliers ont trouvé dans son portefeuille une photo de lui et de l'acteur Jacques Perrin (!) en tenue de combat et la carte de visite d'un de ses amis israélien.

Il regrette amèrement que Pierre Schoendoerffer n'ait pas choisi plutôt Alain Delon pour jouer dans le Crabe-Tambour !


Une fois de plus il va s'en tirer mais au prix d'une fausse exécution. Il refuse la cigarette et la cagoule. " Tout explose autour de (sa) tête ". Heureusement, le peloton tire à coté.


En 1979, il assiste à la " naissance d'un monstre " en Iran.

C'est la première fois qu'il est témoin d'un " déchirement religieux ". C'est le début d'une nouvelle période de démence. L'islam montre un visage inédit, celui du fanatisme religieux. Le shah d'Iran est soutenu par les américains qui, une fois de plus, se retrouvent derrière un dictateur.


Le mouvement étudiant est vite débordé par les religieux qui récupèrent la révolution et feront fusiller bon nombre de ces étudiants qui avaient initié la révolte.


Au Liban en 1982, après le tabassage à mort d'une poignée de prisonniers israéliens, les israéliens laisseront les chrétiens extrémistes massacrer les Palestiniens du camp de Chabra et Chatila.


Les souffrances infligées sont justifiées par celles qui ont été endurées.


A Haïti, en 1991, il part à la recherche des boat people et se retrouve sur le radeau de la Méduse.

En 1994 les Américains font semblant d'envahir le pays (voir Il faut sauver la Planète ! ). Pour Patrick Chauvel c'est une comédie qu'il a de plus en plus de mal à photographier.


La même année commence la tragédie tchétchène. " Les Tchétchènes luttent pour le Caucase depuis la bataille de Gouhib, en 1797, où avec l'imam Chamil ils ont mis une pâtée aux Russes ". Plus tard Staline les a déportés.

" Toutes ces guerres ont enfanté l'Histoire " mais la " gueule de bois des batailles laisse les hommes sonnés. ".


Tag(s) : #Journal de lecture

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