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Il ne reste plus que quatre jours pour aller voir cette exposition consacrée au jazz et à ses rapports avec les autres Arts, qui se termine donc le 28 juin.

En ce mercredi après-midi je craignais qu'il y ait foule mais je me suis même économisé le peu de file d'attente en achetant mon billet à un distributeur automatique.

Il sont réservés aux anglophones à ce qu'il semble mais en cliquant sur "Apply" plutôt que sur "Cancel" j'ai finalement pu obtenir un billet. Non pas un billet pour Le siècle du jazz cependant mais pour une manifestation appelée Exposition Temporaire. On m'a quand même laissé entrer, sans mon sac au dos toutefois.

Après être descendu une première fois au 48ème sous-sol (j'exagère mais on ne doit pas être loin du centre de la terre) par des escaliers monumentaux pour accéder aux lieux d'aisance, j'ai donc du remettre ça mais les vestiaires sont un chouia moins profond.
Là il a quand même fallu que je déleste mon sac de tous les objets de valeur et j'aurais bien aimé alors avoir un...sac pour les y ranger.

Qu'à cela ne tienne, j'ai bourré mes poches de pantalons. Je m'étais juré depuis peu de ne plus jamais le faire, m'avisant sur le tard que les clefs et les portables déforment les poches...
Quant on est amateur d'art, il faut savoir payer de sa personne.

Avant de me remplir les poches, j'avais rejoint les lieux en descendant au métro Iéna qui dessert le Palais de Tokyo, le Musée d'Art moderne de la ville de paris et aussi le musée Guimet. C'est donc l'une des stations de métro les plus "artistiques" de Paris.

En sortant du métro il faut prendre l'avenue du Président Wilson et tourner assez vite à droite pour emprunter l'escalier, là encore monumental, qui longe le PdT. Il faut en effet  traverser la seine car le Musée du Quai Branly se situe en fait rive gauche, comme la Tour Eiffel. Pour se faire on doit emprunter une passerelle...monumentale  qui comme il se doit permet de rejoindre l'autre bord.
Avant cela il faut emprunter un passage souterrain fréquenté par ceux qui sachant que les toilettes du musée sont proche de l'enfer préfèrent faire le nécessaire ici...mais juste avant on peut découvrir le jardin sauvage aménagé au pied du palais de tokyo, là où auparavant règnait l'abandon.
L'endroit, confiné entre la masse du palais et le mur de soutien de l'avenue du Pdt Wilson ne manque pas d'intérêt botanique et l'on peut même y voir deux énormes tuyaux façon Beaubourg, sans les couleurs criardes, et malheureusement aussi quelques paquets de cigarettes vides et autres détritus laissés là par des malotrus. Même en plein été ce jardin installé dans un mouchoir-de-poche et que l'on parcourt sur un caillebotis, doit offrir un havre de fraîcheur.

Et si on parlait un peu de l'expo proprement dite ?

Une petite précision pour commencer : l'expo est plus "grande" qu'elle n'en a l'air, avec beaucoup de coins et de recoins et même des mini salles de projection disséminées ici et là. Si on veut tout voir il faut donc avoir un peu de temps devant soi. Conçue de manière chronologique, l'exposition s'organise de part et d'une "timeline", en fait un "mur" d'images qui divise l'espace en deux parties d'à peu près égale grandeur.

L'expo repose avant tout sur la profusion et la qualité des documents présentés : affiches, dessins, tableaux, articles, partitions, pochettes de disques, etc...le tout évidemment en musique. C'est vraiment à un voyage dans le temps que le visiteur est convié.

Il est impossible de dater précisément l'apparition du jazz (comme du Blues d'ailleurs) mais ce qui est certain c'est qu'il s'agit d'une musique hybride, "métisse", née de la rencontre entre un héritage musical africain et les musiques européennes.
Au rang des ancêtres on peut citer les musiques de danses que sont les cake-walk, march & two-steps et bien sûr le rag-time...
Un dessin d'époque, qui montre trois couples en train de danser, un couple de "nègres", un couple de parisiens et un couple de...singes, est ainsi légendé : "Comme quoi les parisiennes tiennent à nous démontrer que nous descendons du singe". On le voit la fascination exercée par ces musiques et ces danses nouvelles est dès le départ matinée de racisme. Une autre de ces danses s'intitule tout simplement Bamboula et une affiche de la Nouvelle Orléans invite, en français, à participer à une "Bamboula Fantaisie pour piano".

Le premier disque de jazz est enregistré en 1917 par un orchestre...blanc, l'Original Dixieland Jazz Band mais on utlise alors le mot "jass". On trouve aussi à l'époque les variantes "jas" et "jaz". 1917 marque aussi la fermeture du quartier de Storyville, toujours à la Nouvelle Orléans, quartier riche en bordels où se produisaient nombre de musiciens, obligés de s'expatrier à New York ou Chicago...

Bien que le jazz soit une musique plutôt joyeuse, une photographie en noir & blanc vient rappeler qu'il ne faisait pas toujours bon être noir au pays de l'oncle Sam. On y voit en effet représenter un lynchage perpétré en 1919 à Omaha.

En europe cette musique est étudiée avec minutie dans la Revue Normande par exemple par un certain E Ansernet.
Jean Cocteau a son orchestre de jazz , Jean Matulka se livre à des variations jazzo-cubistes dans ses toiles et Murnau dans son film l'Aurore montre, avec de savantes surimpressions, un orchestre de jazz blanc (des marins ?) auquel ne manque que le son.
Paul Morand publie, à New York, un livre intitulé Black Magic tandis que Winold Reiss dans ses encres sur papier livre son Interpretation of Harlem Jazz en 1925.
Le photographe carl Van Vechter réalise des portraits très "vivants" de Bessie smith et billie holiday et n'hésite pas à poser à coté d'ethel werther, les yeux dans les yeux.

Dudley Murphy en 1929 convoque Duke ellington et son orchestre popur son film Black and tan dans lequel le compositeur s'installe avec son piano et ses musiciens au chevet d'une très jolie jeune femme noire, gravement malade pour l'accompagner en musique jusqu'a son dernier soufle..

Francis Scott Fitgerald célêbre les Tales of the jazz age. C'est la musique de la "génération perdue", à cause entre autres de la première guerre mondiale, à laquelle il appartient.  Le charleston et avant lui le fox-trop font leur apparition.

De l'autre coté de l'atlantique Fernand léger peint le "jazz", tandis que Joséphine Baker installe sa revue nègre au coeur des années folles.
Van dongen la transfigure dans sa toile "Au bal Nègre".
Et mario pupo réalise une affcihe gigantesque pour Jack hudson and his band.
Une autre photographie montre que le lynchage reste un spectacle familial.
le jazz est considéré par les nazis comme une musique dégénérée mais les zazous en raffolent.

On peut voir dans l'expo une double page de BD de 1945 étonnante de modernité dont l'auteur Guido Crepax influencera considérablement Munoz et Sampayo, également présents dans l'expo.

kupka peint ses Jazz Hot 1 et 2, Boris Vian ramène sa science et on invente le 33 tours qui donnera naissance à un art à part entière s'exprimant sur un carré de 30 cm par 30 cm : la pochette de disque.
On peut voir dans l'expo des pochettes dessinées avec talent, dans la deuxième moitié des années 50, par un certain...Andy Warhol.
Stuart Davis et David Stone Martin ont eux aussi réalisés, dans le même format 30x30, des chef d'oeuvres.

Après CVV c'est au tour de Roy Decavara de photographier avec sensibilité, toujours en N&B, John Coltrane, Elvin Jones, Ornette Coleman ou Aretha Franklin.
Avec "Les Musiciens, souvenir de Sidney Bechet", Nicolas de Stael fait chanter ses couleurs sur une toile au format imposant.
Le jazz a aussi été à partir des années 40, la musique des poètes de la beat generation (Kerouac).
Un extrait de Dare-Dare dans une vitrine donne envie de relire les polars "harlemiens" de Chester Himes.
Basquiat rend hommage au jazz à sa manière et c'est encore un lynchage (en 1998 !) qui inspire le film "Guitar drag".
Quant à Jeff Wall il s'inspire du roman After Invisible Man de Ralph Ellison pour sa photographie grand format en couleur, Prologue, dans laquelle on peut voir un n...pardon un afro-américain assis devant un tourne-disque sur lequel tourne à n'en pas douter un bon vieux disque de jazz, dans une pièce sans fenêtre, encombrée de birc à brac, et avec plusieurs centaines d'ampoules illuminées suspendues au plafond....
  
   
Tag(s) : #Expos

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