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Il a déjà été question ici de Nashville Lady ( Nashville Lady, Great Balls of fire,The Temptations, Ray, Dreamgirls) mais trop brièvement pour un film de cette qualité.

Le premier succès de la nashville lady, Loretta Lynn, encore en activité aujourd'hui alors qu'à 74 ans elle a largement dépassée l'âge de la retraite, s'intitule Honky Tonk Girl (un Honky Tonk est " un type de bar avec un divertissement musical ", autrement dit un bastringue, c'est le mot employé dans Honky Tonk Man).

C'est une très jolie chanson (attention néanmoins LL a une voix plutôt aiguë) qu'on peut écouter immédiatement grâce au lien inséré en bas de cet article. Ce titre m'a bien sûr immédiatement rappelé le film d'Eastwood, à mon sens l'un de ces deux meilleurs films, l'autre étant Impitoyable.
Puisque je suis lancé, parlons d'abord du film de l'acteur-réalisateur vedette,  je reviendrais ensuite sur le film de Michaël Apted.

On peut d'ores et déjà noter que les deux films sont sortis quasiment en même temps, l'un en 1981 (NL), l'autre en 1982 (HTM), ce qui laisse à penser qu'ils devaient être en concurrence et qu'il y a peut-être eu une course à-qui-sortira-le-premier... 

Avec un titre pareil, Honky Tonk Man, on devine que là encore il s'agit du portrait d'un chanteur de country. On connaissait déjà le goût et les compétences musicales de CE mais il interprète ici pour la première fois le rôle d'un chanteur-guitariste.

On peut voir comme un signe qu'il ait confié à son propre fils kyle le rôle de son neveu, un pré-adolescent qui veut absolument quitter la ferme de ses parents et accompagner son oncle à Nashville, où il a obtenu une audition au Grand Ole Opry, comme Loretta Lynn d'ailleurs quelques années plus tard, étant donné que kyle fera plus tard carrière comme guitariste avec aujourd'hui déjà deux disques à son actif.

Je n'en ai encore écouté aucun, par contre j'ai déjà pu l'entendre brièvement à la télévision et cela a suffi à éveiller mon intérêt. Si NL commence à la fin des années 50, HM se déroule quelques années plus tôt pendant la grande dépression qui a suivi le crash boursier de 1929.

LL n'a pas encore 14 ans au début du film et se marie presque tout de suite, tandis que Red Stowell lui a déjà la quarantaine mais n'a pas encore vraiment percé, même si certains des titres qu'il a écrit ont déjà été repris par des formations country ayant les honneurs des ondes et gravant à l'occasion des microsillons.

Si NL a existé, RS quant à lui est une création de Clancy Carlile qui a écrit le scénario d'après son roman. S'est il inspiré d'un membre de sa famille ? Est-ce une autobiographie ? Pure imagination ?
Je n'ai rien pu trouver sur internet.

L'une des grandes réussites du film est d'avoir su rendre à la perfection, en seulement quelques séquences, la vie d'une famille de paysans blancs pauvres de l'Oklaoma. On est au coeur du middle-west. La vie est rude mais on est soudé et les enfants marchent droit.

Sévères mais justes les parents de Whit (Kyle) le laisseront pourtant partir avec son oncle, malade et incapable de conduire convenablement, bien que ses bras dussent manquer, là-bas en Californie, où la famille, ruinée par une tempête qui a détruit la récolte, espère recommencer à zéro, après avoir vendu la ferme pour une centaine de dollars.

Le grand père, qui vit chez son fils, se souvient encore de la " ruée " du 6 sept 1883 qui ouvrait un nouveau territoire aux colons. La " ruée" aura été " la plus grande course de chevaux du monde" et au signal, le jour J, les colons se précipitent pour s'approprier les meilleures terres.
Mais pour eux c'était plus que de la terre, c'était, comme le raconte "grand-pa" à son petit-fils, la terre promise. L'opportunité de posséder quelques arpents et peut-être ainsi de sortir de la misère. Ils n' étaient pas seulement des chasseurs de terre mais des chasseurs rêve.

CE ne manque pas pour autant de rappeler que cette terre appartenait alors aux indiens Cherokee, que cette terre a été ruinée par les colons et que " tout est retourné à la poussière ".
Grand-père est né dans le tennessee et veut y finir ses jours. Pas question pour lui de rejoindre, comme le reste de la famille, cette nouvelle terre promise : la Californie.

Il accompagnera donc Red et kyle, riche de ces trente dollars d'économie, dans cette virée qui doit les conduire
à Nashville, après maints détours, dont l'un les conduira à Memphis, autre étape essentielle de la musique populaire américaine.

Entretemps il faut retrouver celui qui a autrefois payer d'un chèque en bois des chansons écrites par Red.

Sur la route RS fait partie de ses rares musiciens blancs à oser se produire, comme accompagnateur au piano, dans un orchestre et devant un public noirs. Amateur de blues il est de ceux qui plus tard, à peu près à l'époque où LL commence à chanter, noirs et blancs associés, donneront naissance à la musique soul.

Musiciens comme public sont peut-être un peu trop endimanchés pour un rade de cambrousse comme celui là, mais CE montre bien la différence d'ambiance entre bastringues noirs et honky tonk blancs, beaucoup plus compassés.

Devenir chanteur, pour Kyle, même si cela signifie devoir jouer chaque soir dans un bar enfumé, c'est l'espoir de faire autre chose de sa vie que ramasser, du matin au soir, le coton.

On a pris l'habitude d'associer le ramassage du coton aux esclaves noirs puis, après l'abolition de l'esclavage, aux ouvriers agricoles noirs payés une misère (leur sort ne s'est en réalité pas beaucoup amélioré) mais c'est oublier que la misère était aussi le lot des...blancs pauvres,
même si eux n'avaient pas à subir en plus l'infamie de la ségrégation. On peut lire sur le sujet Louons maintenant les Grands Hommes de James Agee, photographies de Walker Evans. J'ai le bouquin à la maison mais je n'ai jamais pu le lire : l'écriture de JA brûle d'un feu dont il est difficile de s'approcher.

Dans cette histoire toujours rocambolesque, outre quelques scènes de comédie comme le bain au milieu de l'enclos du taureau, le western surgit par bouffées, par exemple lors de la scène de l'évasion.

Kyle arrache les barreaux de la fenêtre de la prison où son oncle a été enfermé après avoir en sa compagnie volé nuitamment des poules, avec la voiture et une corde comme il l'a vu faire mais avec des chevaux, sur l'affiche d'un spectacle western.
Le duo de flics de village vaut son pesant de cacahouètes, de même que le policier de la route qui plus tard verbalisera la petite troupe pour un phare cassé.

Référence au Western encore dans la séquence du vrai/faux cambriolage (soi-disant une arnaque à l'assurance) où Red le fusil braqué mais non chargé menace une épicière pour qu'elle lui remette sa caisse.

Lorsqu'elle surgit, après avoir disparue dans l'arrière boutique en hurlant, au coin de la boutique, armée d'un flingue, notre cowboy ne bronche pas et heureusement pour lui elle ne peut que tirer en l'air et s'enfuir en poussant des cris d'orfraie. Il faut dire qu'il est assez impressionnant.

Lorsqu'il retrouve celui qui lui a tendu ce piège (en fait c'est son fils taré qui a mangé la commission) il le braque avec le même fusil, mais cette fois il ne rigole pas, et laisse à l'autre le choix de décider lui-même si le fusil est chargé ou pas. L'arnaqueur n'en mène pas large. Red et son neveu dévalisent tranquillement les joueurs de poker que l'escroc a réuni à sa table, à charge pour l'indélicat de leur remettre un reçu.

Enfin parvenus à Nashville (grand-père les a quittés, préférant poursuivre sa route seul lorsque la voiture tombe en panne), Red va enfin pouvoir se rendre à son audition au Grand Ole Opry.
Ces premières chansons sont refusées, celle intitulée " Trois bières " notamment, au prétexte que le show étant un spectacle familial, certains sujets, les boissons alcoolisées par exemple, sont à éviter. Red propose une chanson d'amour triste et l'animateur du show se réjouit alors qu'il y ait un mort dans la chanson alors que ce n'est même pas le cas !

Las, pris d'une violente quinte de toux, Red ne peut pas terminer sa chanson, qui a pourtant éveillé l'attention, et se verra signifier qu'il ne peut être retenu pourle show.
On l'aura compris Red est tubard (tuberculeux) et se soigne à coup de whisky de contrebande.

Il a déjà fait un séjour en sanatorium et il n'est pas question pour lui de remettre ça : pour lui vivre avec un tuyau dans le nez ce n'est pas vivre.

Mais des producteurs new-yorkais présents dans la salle flairent le filon et lui propose d'enregistrer un disque. Bien qu'un médecin le lui interdise et affirme qu'il ne devrait même pas " chanter sous la douche ", il accepte. C'est sa dernière chance de rencontrer le succès, ou plutôt de laisser une trace de son talent.

Il fait très chaud à Nashville et dans le studio d'enregistrement le technicien réclame de la glace pour conserver les originaux !

A la fin du film, comme dans un Western, on voit s'éloigner neveu et "nièce" (bon sang, j'ai oublié
de parler d'elle ! Personnage haut en couleur, à peine plus âgée que Kyle, elle illumine les deux derniers tiers du film...pour en savoir plus sur elle, plus qu'une solution : voir le film) sur la route pendant que défile le générique de fin...   

Clint Eastwood le dernier des classiques. A propos il chante lui-même plusieurs chansons et on le voit au piano.

Quand je pense qu'au départ je pensais qu'Honky Tonk Man faisait partie des films mineurs de CE ! Bien qu'avec le temps on se soit rendu compte qu'il y a finalement bien peu de films "secondaires" dans sa filmographie de réalisateur, sauf peut-être Firefox, l'Arme Absolue (1982) ?

Sa mise en scène sans fioriture mais qui dénote un vrai sens du paysage (voir la première image) et du cadre (à la fin RS sur son lit) faisait déjà de lui, en 1982, un cinéaste d'exception.

Décidément cet article est beaucoup trop long, je parlerai donc de Nashville Lady plus longuement (mais j'espère un peu moins longuement) une prochaine fois.






Tag(s) : #Cinéma & DVD

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