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Après le film (voir Gomorra) , le livre.

Son auteur, Roberto Saviano, a comme on sait rejoint un certain Salman Rushdie dans le club très fermé des écrivains menacés de mort à cause de ce qu'ils ont écrit.

On dit que les mots n'ont aucun pouvoir sur les évênements et que seuls comptent les actes.

L'acte d'écrire peut néanmoins se révêler dangereux.

SR a longtemps été sous le coup d'une fatwa islamique pour avoir offenser le prophète, avant que cette fatwa ne soit levée, semble t-il, par un autre dignitaire religieux qui a peut-être estimé que plusieurs années à vivre en reclu, entourés de gardes du corps, dans l'attente de son assassinat, constituait une punition suffisante.

SR a sans doute aussi fait amende honorable et présenté des excuses.
Quoiqu'il en soit Les Versets Sataniques est un des meilleurs livres que j'ai lus.

Aucune fatwa ne menace la vie de RS mais la camorra, la mafia napolitaine, a apparemment lancé un contrat contre lui. A la place des mafieux j'aurais fais la même chose.

En effet RS se montre d'une outrecuidance rare : non seulement il dénonce des crimes, des meurtres et des délits mais en plus il cite les noms de leurs auteurs.

Ce que le réalisateur du film lui, pas folle la guèpe, s'est bien gardé bien de faire. D'après lui cela devrait suffire à le protéger. Espérons le.

A la force des mots il a su substituer le choc des images et parvenir ainsi à restituer assez fidèlement le propos du livre, mais en élaguant forcément beaucoup.

Il fallait un courage certain pour écrire le livre et un certain courage pour réaliser le film.
 
La lecture du livre procure un véritable choc : on croit savoir beaucoup de choses sur ceux que le cinéma a si souvent montré (
Gomorra le film les montrent sous un jour assez différent) mais l'ouvrage de RS regorge de détails inquiétants, révèle des connections innattendues, par exemple que la camorra a investi massivement en Chine bien avant l'organisation patronale italienne... afin de mettre en place un des trafics les plus florissants ayant jamais existé d'appareils photos et de caméscopes numériques mais aussi de matériel de chantier...

La camorra a fait parlé d'elle dans les journeaux télévisés du monde entier lorsque les ordures ont commencé à s'entasser un peu partout autour de Naples (même des plages ont été transformées en dépôts d'ordures) et que l'on a alors appris que la camorra trustait le secteur, cassant les prix en transformant toute une région en décharge...

Mais finalement est-il si étonnant que la camorra soit à l'aise dans l'ordure, là où est sa véritable place ?

On apprend aussi, entre autres que la camorra a encouragé des retraités à donner de l'argent à ses représentants qui le réinvestissaient dans la drogue. De quoi doubler sa pension de retraite. 

On apprend décidément tellement de choses qu'il serait vraiment dommage de ne pas lire ce document unique, qui est aussi une histoire intime, écrite par un enfant du pays atteint dans sa chair et dans son être par ce qui est un véritable cancer social.

Il y a tout de même un peu d'espoir dans ce livre d'une noirceur presque totale : l'Etat italien ne baisse pas les bras et même si la lutte est inégale, police et justice font leur travail et réussissent régulièrement à faire mettre mafieux, tueurs et trafiquants derrière les barreaux.

Mais la pieuvre a de nombreux bras qui repoussent quand on les coupent...   

Tag(s) : #Journal de lecture

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