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J'avais commencé Parrains et Caïds qui a valu à son auteur Frédéric Ploquin un prix de criminologie mais je me suis finalement rabattu sur Trafics et crimes sous l'occupation de Jacques Delarue. 
Rien à voir apparemment avec le Delarue qui sévit à la télévision.

Jacques Delarue qui fut policier a publié son ouvrage en 1968 et, bien qu'ancien résistant, participe en tant que témoin de la défense au procès Papon en 1998 à l'âge de 77 ans.


Plutôt que de se limiter à un sujet unique il se propose d'aborder successivement quelques uns des thèmes emblématiques de la période de l'occupation : Les dessous du Marché noir; Ce que fut la L.V.F.; La destruction du Vieux Port de Marseille; Division S.S. " Das Reich "; Le débarquement; Le massacre d'Argenton; Oradour; Fin de la division " Das reich ".

Dans le premier chapitre il est assez peu question de ces personnages pittoresques " trimbalant " dans des valises toutes sortes de victuailles qui seront vendues à des prix prohibitifs à des parisiens affaiblis par les privations.

Mais plutôt des bureaux d'achats mis en place par les allemands, et au premier chef l'Abwher et la gestapo, en toute illégalité, dans le but unique de "vid(er) le pays de ses dernières réserves, drain(er) l'essentiel d'une production déjà très insuffisante ...pour canaliser le tout vers Berlin ". Pour se faire, " tout un monde répugnant grouilla dans les officines nazies créées pour laisser une France exangue ".   

Ces bureaux d'achats servent d'abord de " couvertures " à des activités qui consistent principalement à  " arrêt(er) et (...) tortur(er) des résistants, des Juifs, des gens soupçonnés d'activité anti-allemande, formule dont l'imprécision n'atténuait pas les risques qui en découlaient  ".
L'équipe Bonny-Lafont, installé 93, rue Lauriston à Paris constitua l'un de ces " bureaux " de sinistre mémoire.

A partir de juillet 1942 le système des achats au marché noir est désigné sous le titre de " secteur clandestin officiel " !
La beauté de la chose c'est que ces achats sont entièrement couverts par les frais d'occupation. Aussi les prix importent peu : ces officines achètent quelque soit le prix puisque de toute façon c'est finalement l'Etat Français qui paye !

Etant donné les sommes et les commissions en jeu, nombreux sont les personnages attirés par ces juteux traffics.
L'auteur évoque par exemple une vedette de cinéma allemande qu'un film de guerre français avait naguère rendue célèbre. S'agit-il d'Erich Von Stroheim ?

Très vite " la France était saignée à blanc. Les rations alimentaires officielles diminuaient régulièrement. " La mortalité des nourrissons augmente de 50 p. cent.
Jacques Marseille signalait dans son livre L'argent des français qu'à la fin de la guerre la France était revenue 50 ans en arrière !  Jacques Marseille : L'Argent des Français   

Quand la fin approche, avec l'avançée irrépressible des Alliées, c'est la débandade. 
Mais tous ces profiteurs de l'occupation ont pensé à assurer leurs arrières. Les services de sécurité américains ont identifié dans le monde  plus de 700 sociétés créés avec les fonds nazis pour servir de refuge et de couverture.

C'est à la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme (L.V.F.) que JD consacre la deuxième partie de son livre.
Pascal Ory dans son livre Les collaborateurs 1940-1945 reviendra lui aussi en détail sur cette " création " de Marcel Déat, Eugène Deloncle et Doriot, tous les trois chefs de partis collaborationnistes.
La L.V.F. sera vite jugée inutilisable au front (russe) par les Allemands et sera surtout employée pour soulager la Wehrmacht de tâches mineures.

Je voudrais ici ouvrir une parenthèse pour saluer les qualités d'écriture de l'auteur, qui, policier de son métier, n'était pas un " littérateur ". Voici un échantillon : " Puaud (chef militaire de la L.V.F.), brûlant de donner sa mesure, déclencha, le 27 janvier 1944, une chasse aux partisans, seule opération possible pour la L.V.F. toujours maintenue loin des lignes. Elle dura près d'un mois et coûta à la Légion quelques morts et des blessés sans apporter à Puaud le "coup d'éclat" qu'il cherchait ".

En France Joseph Darnand créé la Milice le 30 janvier 1943.  A la fin ce qui reste de la Milice, de la L.V.F. et de la Waffen-SS " française " forma la " Division Charlemagne " dont les éléments les plus fanatiques se retrouvèrent à Berlin lors de l'investissement de la ville par les armées soviétiques.

Ils furent parmi les derniers SS à livrer combat dans les tunnels du métro à demi inondés.
Le deuxième chapitre aborde la destruction du quartier du Vieux-Port de Marseille.
" Cloaque, Suburre, pourriture, lèpre, gangrène, enfer vermoulu, charnier en décomposition, empire du péché et de la mort ". Ainsi s'exprime un académicien à propos du quartier qu'il connaissait bien mal. C'est le roman et le cinéma qui d'abord lui firent une désastreuse réputation.
Quelques maigres attentats (contre l'armée allemande) vont servir de prétexte à son évacuation et à sa destruction.
25000 habitants environ allaient se retrouver dans le périmètre.
 
Si les trois premiers chapitres font la " part belle " aux français compromis dans les diverses sortes de collaboration,  le dernier chapitre est entièrement consacré aux crimes commis par la Division Das Reich, dans laquelle il est vrai furent incoporés un certain nombres d'Alsaciens, pour la plupart des " malgré-nous ".
Tag(s) : #Journal de lecture

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