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Après le secteur de l'aviation (Airport), Arthur Hailey poursuit, en 1978, son étude des sociétés industrielles en s'intéressant cette fois à la production d'électricité.
Pour se faire il braque sa lorgnette sur une société de service public californienne, la Golden State Power & Light.

La G.S.P.& L est un " géant, une sorte de General Motors dans le domaine des services publics . Elle est la source des deux tiers de l'électricité et du gaz naturel produits et distribués en Californie ".

La notion de services publics est en elle-même assez intéressante. En fait il s'agit de sociétés commerciales privées mais dont les tarifs, par exemple, sont étroitement contrôlés par des comités régulateurs nommés par le gouverneur et le gouvernement fédéral.

Chaque service public dessert une zone limitée mais à l'échelle des Etats Unis cela peut bien sûr représenter un vaste territoire.
Nous ne sommes donc pas tout à fait dans le même cas de figure avec EDF et GDF, deux entreprises publiques devenues des sociétés anonymes à capitaux publics.

Au moment où commence le roman, nous sommes au milieu des années 70, la G.S.P.& L est confrontée à une grave crise d'approvisionnement, notamment en pétrole. Mais ce n'est que le début de ces problèmes : très vite elle va aussi devoir faire face à une série d'attentats destructeurs.

Simultanément la société doit défendre devant les commissions ad hoc ses projets de développements, essentiels pour assurer dans un proche avenir les besoins grandissants en énergie de l'Etat.

Cette fois, après Mel Bakersfeld, le directeur de l'aéroport Lincoln International dans Airport, c'est à Nim Goldman, vice-président et porte-parole de la G.S.P.& L, que revient la lourde tache de répondre aux nombreux problèmes...

Il n'est pas seul bien sûr et il pourra compter sur l'aide du chef de la sécurité de la société Arthur London (qui lui permet de prendre toute la mesure d'un autre problème et pas des moindres : le vol d'énergie), mais aussi sur le soutien sans faille du président de la compagnie Eric Humphrey.

Le premier attentat à la bombe, perpétré contre la centrale de La Mission, ne vise pas seulement les installations, il fait aussi quatre victimes, au rang desquels Walter Talbot, l'ingénieur en chef de la société et proche ami de Nim.
Les pages que AH consacre au groupe des terroristes (les Amis de la Liberté) ne sont pas les moins intéressantes.

Le nom de leur chef sonne étrangement français, Archambault ! Est-ce que c'est Arthur Hailey qui a inauguré cette nouvelle tendance de l'Entertainement américain de " truffer " ses films de " méchants " français ?

Ensuite c'est avec des enveloppes piégées qu'ils essayent de " décapiter " la société et ils y parviennent à moitié, le président figurant au nombre des victimes alors qu'il était sur le départ et que son remplaçant allait lui succéder. Nim est également à deux doigts d'y rester.

Heureusement que la gente féminine s'ingénie à lui changer les idées parce qu'il aurait vraiment de quoi déprimer !

Il fait ainsi la connaissance de Karen, une très jolie handicapée dont la vie dépend de l'énergie électrique : elle est quadriplégique et ne peut respirer qu'à l'aide d'un respirateur.

Les Amis de la Liberté ont pour financier occulte Davey Birdsong, lui-même chef de file d'un groupuscule écologiste et farouche adversaire déclaré de la G.S.P.& L. Il fait partie de ces " marxistes de salon qui soutienn(ent) l'anarchie active mais ne tienn(ent) pas à en partager les risques ".

On oublie trop souvent qu'à l'instar de l'Allemagne (la Bande à Baader) et de l'Italie (les Brigades Rouges), les Etats-Unis ont aussi eu à " subir " le terrorisme d'extrême gauche (voir Révolution, lutte armée et terrrorisme, l'article de Richard Walther et lire le passionnant témoignage de Patricia Hearst Mon voyage en enfer), par exemple celui des Weathermen. Ceux-ci néanmoins s'efforçaient de ne pas faire de victimes.
On dit qu'un proche collaborateur d'Obama aurait fait partie de ce groupe.

Dans Airport, à la fin des anées 60, c'est un passager désireux de permettre à sa femme de toucher sa prime d'assurance vie qui introduisait une bombe à bord. Dans Blackout, au mitan des années 70, c'est donc un groupe terroriste constitué qui s'en prend à la G.S.P.& L.

La Californie c'est cette région du monde dont on a pu dire que " quand il se passait quelque chose-en bien ou en mal-c'était d'abord en Californie ". Et il est vrai qu'en lisant Blackout on se dit que la Californie des années 70 avait bien 10, 20 ou même 30 ans d'avance sur l'hexagone !

En plus de ses problèmes professionnels et matrimoniaux (sa femme semble envisager le divorce) Nim s'interroge également sur sa judéité : non pratiquant et non croyant, il se demande s'il ne devrait pas magré tout donner un minimum d'éducation religieuse à ses enfants, Leah et Benjy.

On apprend en passant que dans les vignobles l'espacement entre les pieds de vigne est plus large qu'auparavant pour permettre une récolte mécanique. Je ne suis pas sûr que cela soit la meilleure solution pour obtenir un bon vin mais cette évolution en tout cas est due aux syndicats qui " en se construisant un empire et se montrant intransigeants (envers les vignerons) ont frustrés leurs adhérents de leurs emplois ".

Arthur Hailey fait plusieurs fois allusion au grand black-out de New York. En fait c'est tout le nord est qui le 9 novembre 1965 s'est retrouvé plongé dans le noir : 30 millions de personnes aux USA et au Canada ! La panne est due à une faille de transmission de la station hydroélectrique Adam Beck Station No 2, dans la région ontarienne du Niagara. Une réaction en chaîne s'ensuivit, qui plongea tout le Nord-Est américain dans le chaos pendant dix heures.

Le 13 juillet 1977 une autre panne générale d'électricité a frappé la ville de New York.
En 2003 une panne prive 50 millions d'américains d'électricité !
Avons nous connus en France de tels pannes ? C'est la question que je vous pose !

Arthur Hailey comme à son habitude (à lire aussi Detroit sur l'automobile et Bank sur...je vous laisse deviner quoi ! Un livre qu'il est peut-être intéressant de relire aujourd'hui...) s'est énormément documenté avant d'écrire Black Out et son approche didactique peut, au choix, passionner ou agacer.

La " dramaturgie " ne souffre pas trop de la somme de connaissances que l'auteur s'efforce de nous apporter mais, problème de traduction ou légère usure du procédé, Black Out est néanmoins un peu moins palpitant que le roman augural.
Tag(s) : #Polars

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