Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La couverture du livre mentionne trois parties : l'enlisement, l'humiliation, l'aventure.
En fait à l'origine le projet comportait 2 autres volumes : l'illusion et l'épuisement.
L'ouvrage que j'ai lu, une édition originale de 1965, ne comporte en fait qu'une seule partie : L'humiliation.
Cela représente tout de même déjà plus de 600 pages.
Pourquoi remettre le couvert après La Bataille de Dien Bien Phu de Jules Roy, La Guerre d'Indochine de Jacques Dalloz et Par le Sang versé de Paul Bonnecarrère ?
Sans parler des films la 317ème Section et Dien Bien Phu de Schoendoerffer...
Il faut croire que ça m'intéresse !

Lucien Bodard, grand reporter et romancier,  né en Chine en 1914 est presque un enfant du pays.

Il connait bien l'Asie et, sur place, en Indochine, il a été un témoin privilégié des errances du Corps expéditionnaire.

Mais d'abord il brosse le décor. C'est Saigon, le " moteur de la guerre " où tournent à plein régimes les " usines de la piastre " : la Bourse clandestine et l'Office des Changes.
La piastre, la monnaie locale, dont la valeur a été une fois pour toute fixée à 17 Frs.   Ce qui autorise tous les trafics.

En effet si la France est là-bas, en Indochine, pour apporter aux peuples autochtones la "civilisation" , les Français, eux, mais aussi les " célestes " (les Chinois) sont là pour faire de l'argent.
C'est en tout cas ce qui ressort à la lecture de l'ouvrage.
Pour Bodard de toute façon le désintéressement est une chose rare.  Ce qui l'intéresse avant tout ce sont les coulisses, l'envers du décor.

Et il est bien rare que l'envers soit aussi "joli" que l'endroit.
Quand des fraudes sont découvertes, on condamne des comparses. "Rien d'important n'est jamais découvert en Indochine".
Ce que j'aime chez Bodard et chez d'autres auteurs de la même époque (Jules Roy par exemple, parfois lyrique dans sa Bataille de Dien Bien Phu)), c'est la vigueur et la verdeur du langage :  " En Indochine il y a les mercenaires de la guerre et les mercenaires de la piastre. Des hommes sont là parce qu'ils aiment  la bataille. D'autres parce qu'ils aiment la piastre. L'étrangeté de la situation, c'est que ces hommes de sang, ces hommes d'argent sont, sans même le savoir, envoûtés par cette Asie qu'ils rançonnent".
Peu de place pour les bons et les beaux sentiments dans cette Indochine perfide et cruelle...c'est " toute la civilisation asiatique de la vénalité ".
Lucien Bodard n'est pas embarrassé par le politiquement correct. Parfois il fait preuve d'un ethnocentrisme et même, je suppose, d'un racisme prononcés. Il n'hésite pas à comparer par exemple les colonnes Vietminh à des colonnes de fourmis...

Dans cette Indochine où tout est  " pourri " il y a place néanmoins pour des héros à la Kipling.
Que " la piastre n' (...) intéresse pas, la politique non plus. Moi je suis un bâtisseur de ponts, je maintiens la grande tradition coloniale. Rien ne m'arrête, pas même la guerre et les Vietminh..." affirme un ingénieur des Ponts et Chaussés qui " s'arrange " avec les Vietnimh, pour pouvoir continuer à bâtir, jusqu'à ce que ceux-ci le " zigouille "...

D'autres " personnages " croisent dans les parages, ainsi Graham Greene, l'auteur d' Un Américain bien tranquille ...ou Hougron, auteur du cycle romanesque La Nuit Indochinoise...
qui se partagent les faveurs de Mlle M...
Il y a aussi des intellectuels à Saigon mais LB comme à son habitude les observent par le petit bout de la lorgnette.
Ainsi de B...représentant de la Société des lettres. " Je suis le Croisé de l'Esprit. Je me bats pour la réconciliation de l'Europe et de l'Asie. Arrière les armes, que la Philosophie triomphe ! " déclame t-il.

En ce qui concerne la guerre, à partir de 1950, " on aurait pu faire n'importe quoi, on aurait pu mobiliser (...) toute la jeunesse française, on ne s'en serait pas sorti. "

Et pourtant, à Saigon, à Paris, à Hanoï, on y croit encore et on va continuer à y croire de longues années encore...jusqu'à Dien Bien Phu.

Les Viets ne sont pas seuls : derrière eux la Chine de Mao veille au grain.
Et d'abord chez elle : " les communistes chinois (effrayés par la perspective d'une attaque des bombardiers américains engagés en Corée), par précaution, pour prévenir tout soulèvement, (...) exécutent froidement, méthodiquement, au cours de trois grandes campagnes de masse, de vingt à trente millions de " bourgeois ", d' "ennemis du peuple ".

En Indochine les deux généraux en chef, à l'époque Carpentier et Allessandri se détestent.

LB décrit ainsi le nouveau ministre de la France d'Outre-Mer, Letourneau, un M.R.P. " qui a la bonne figure rouge, ronde, digne et bonhomme d'un président de comice agricole ". On songe à Madame Bovary de Flaubert.

C'est le désastre de Dong Khé où les colonnes Charton et Lepage sont presque entièrement détruites.
Puis l'évacuation de That-Khé. Partout le corps expéditionnaire recule.
Puis c'est au tour d'Hanoï d'être menacée.
Le général rouge Giap va t-il réussir à "prendre" Hanoï ?
Vous le saurez, et moi aussi, en lisant l'Aventure la suite du cycle de Lucien Bodard consacré à la Guerre d'Indochine...    
Tag(s) : #Journal de lecture

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :