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En 2002, Gil Scott-Heron devait purger une peine de 1 à 3 ans de prison pour avoir refuser de se soumettre à une cure de désintoxication.
Surtout connu comme chanteur de Soul (Pieces of a Man) c'est également un écrivain, auteur à seulement 19 ans d'un polar new-yorkais
intitulé Le Vautour, publié en même temps qu'un recueil de ses poèmes.

Fan de Soul j'étais passé à côté de Gil Scott-Heron que je ne connaissais que de nom. C'est grâce à Mouf link que je m'y suis intéressé de plus près. J'écoute à l'instant même son Tour de Force live de 2004.


Le Vautour n'est pass vraiment un roman policier. Il y a bien un meurtre, déguisé en overdose, deux policiers pour mener l'enquête, mais c'est surtout un prétexte pour "disséquer" la société américaine à travers le portrait, à la première personne, de quatre jeunes noirs habitant le même quartier.
L'usage de la première personne amplifie le processus d'identification et renforce le sentiment d'être dans la tête des personnages. L'auteur a su donner à chacun d'eux une langue qui lui est propre, une manière d'être, de parler, de penser...

Un jeune noir est retrouvé mort. C'était un dealer. La scène d'ouverture du livre est précisément celle de la découverte du cadavre de John Lee, dealer de son état. Qui l'a tué ? Et qui a tué Isidro, son rival ?
Le premier portrait nous permet de faire la connaissance de Spade, un caïd dans son quartier, bien décidé à faire son trou dans le trafic de drogue. Et pour ça quoi de mieux que de se faire embaucher par Zinari, un des pontes du trafic ?
L'idéal serait de lire le bouquin tout en écoutant les artistes citées par l'auteur et qui constituent la véritable bande son du livre.
La scène centrale du livre c'est la soirée que donne John Lee et à laquelle les quatre protagonistes participent.
Spade est un excellent guide. Grâce à lui on apprend beaucoup sur l'histoire des gangs. Avant 1965 " il y avait un gang pour chaque pâté de maisons (...) les grandes bagarres étaient fréquentes, sanglantes mais rarement fatales." Ensuite, après les chaînes de vélo, apparaissent couteaux, rasoirs et armes à feu. Tendre une embuscade à un Blanc cesse d'être un simple jeu. Les gangs disparaissent quand le meurtre devient réalité. Ceux qui restent sont redoutables, portent des blousons et des insignes. Les Blancs attaquent les Portoricains et les Noirs et inversement. 

Phase 2. Après Spade c'est au tour de Junior Jones pour qui Spade est justement un modèle. C'est lui qui, quand tout sera consommé, livrera la clé de l'énigme. La came l'intéresse bien sûr mais pas les "downs", ces trucs là sont plutôt " pour les poètes hippies et les chanteurs de folk qui chantaient des chansons sinistres en racontant des conneries sur la destruction de l'humanité". Dans une séquence hallucinante et hallucinée JJ, complètement stone, cherche à échapper à Ricky qui, défoncé, sort de lui-même et entreprend de montrer "comment il voit vraiment les choses..."
Mais il a un autre problème : un mouchard dans sa propre bande...qui comporte 2 ou 3 portoricains ce qui lui "sauve" la vie, jusqu'à ce que...
A propos de la composition ethnique des bandes ou des gangs, John Carpenter dans son film Assault, qui date aussi des années 70, montrait une bande pluriethnique dans laquelle le "blanc" (c'était même un blond) était d'ailleurs le pire de tous (le politiquement correct déjà ?). C'était lui qui tirait sur la petite fille. Tout récemment Carpenter expliquait que Richet, qui a réalisé un remake d'Assaut, n'aurait pas pu montrer, aujourd'hui, de manière crédible, des noirs et des blancs dans un même gang...

Phase 3. Afro alias frère Tommy Hall, tout juste diplômé, rejoint les rangs de l'association BAMBU, une organisation noire qui se propose d'éduqueret et de "libérer l'esprit" des Noirs. En ouvrant des écoles, par exemple où sera enseignée la "spécificité noire".
Mais très vite on lui explique que les dealers de son quartier représentent un "fléau". On compte sur lui pour les éliminer au besoin par la manière forte.
On découvre alors que BAMBU est instrumentalisée par les BLACKS PANTHERS qui n'ont qu'un but : reprendre le trafic de drogue à leur compte. La Lutte ça coûte cher ! 

Phase 4. Q.I. Ivann Quinn, dit Q.I. ne s'exprime pratiquement qu'à coup de citations. S'agit-il de l'alter ego de l'auteur ? Si il a mis un peu de lui-même dans ces quatre personnages,  c'est surement Q.I. qui lui ressemble malgré tout le plus.
Refusé par BAMBU parce qu'il a été dénoncé pour avoir coucher avec une blanche, il prend les choses avec philosophie. Pour cet intellectuel l'hypocrisie domine le monde et il considère qu'avec les hippies " la singularité est devenue elle aussi un signe de conformisme". Il ne se fait non plus aucune illusion sur sa relation avec la jeune étudiante blanche rencontré à Central park : il allait juste " assurer sa victoire à l'élection de Miss " Mon nègre-était-mieux -que-le-tien"". La théorie de l'unité noire n'a pas non plus son agrément. Elle nie les qualités uniques que tout individu peut découvrir en lui-même. 
Ce n'est qu'à la toute fin du livre que la lumière est faite.
Finalement c'est bien un roman policier et un grand roman tout court.       

On peut trouver ce livre en poche dans la collection Points Roman noir.

Dans son encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul, Sebastian Danchin signale que le chanteur-écrivain a remis à son éditeur en 2001 un manuscrit de 1000 pages qu'il a mis plus de 8 ans à rédiger.. .


Il existe un site en français consacré à GSH : linkgilscottheron.free.fr



Tag(s) : #Polars

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