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Il était intéressant de voir le même jour, c'est à dire aujourd'hui même, trois expositions de photographies très différentes, correspondant à trois époques, des débuts du XXème siècle au début  du 21ème. La collection Albert Kahn est à l'honneur actuellement à travers la programmation que la chaîne culturelle Arte consacre depuis la semaine dernière, tous les jours à 18h15,  aux  "archives de la planète" du célèbre banquier, mort ruiné, sans avoir perdu son optimisme, en 1940. Pacifiste convaincu, Albert Kahn conçu et réalisa le projet "pharaonique" qui consista à envoyer des photographes et des cameramen aux quatre coins du monde, afin de conserver la trace, en images et en couleurs, des us et coutumes de peuples, dont la révolution industrielle risquait d'accélérer sinon la disparition du moins celles de leurs usages. Dès la commercialisation du premier procédé couleur fiable, l'autochrome, Albert Kahn se l'approprie. Qu'on y songe : il y a seulement une dizaine d'années on ne voyait la deuxième guerre mondiale qu'au travers d'images, films et photos, en noir & blanc. Jusqu'à ce qu'on retrouve et qu'on commence à montrer des documents en couleurs. Pour la première guerre mondiale c'était bien sûr pire encore. Albert Kahn lui a photographié, ou fait photographier la guerre 14-18 en couleurs. On a pu s'en rendre la semaine dernière sur Arte. Les adeptes de la photographie comme Art n'ont longtemps jugé artistique que la  photo en n&b. Seulement le monde qui nous entoure est en couleurs.

L'exposition présentée jusqu'au 8 mars au Musée Albert-kahnn à Boulogne (accessible en métro) a pour thème l'Inde ou plutôt comme on disait à l'époque les Indes. Deux opérateurs y sont envoyés successivement en 1913 et en 1927. L'un d'eux s'intéresse aux Maharajah éclairés et progressistes et au poète Rabiranah Tagore (premier prix nobel de Littérature asiatique). L'autre photographie le peuple dans toute sa diversité. C'est un remarquable travail documentaire. Quoi de mieux que des photographies en couleurs pour ressuciter un passé révolu ? Il n'est pas ici question de faire de l'Art mais de témoigner. Cela n'empêche pas les opérateurs d'avoir le sens du cadre. Lorsque Stéphane Passet photographie 2 porteurs d'eau, ceux-ci regardent l'objectif mais ne prennent pas pour autant la pose. Il ne s'agit pas de clichés "volés". C'est seulement dans les scènes de groupe que l'appareil photo semble se faire totalement oublier. Très vite on se demande où sont les britanniques. Ils sont là, mais plutôt discrets, lorsque le maharajah Jagatjit Singh fête ses 50 ans de règne. On apprend beaucoup sur l'histoire du pays tout au long de l'expo et les détails ethnographiques ne manquent pas, tels que la crémation à la bouse de vache moins onéreuse que la crémation au bois. A l'heure du triomphe au cinéma de l'excellent Slumdog, l'exposition Infiniment Indes permet de se plonger dans le kaléidoscope d'une Inde qui par bien des côtés n'a pas beaucoup changé. Certains villages de cases pourraient faire croire que l'on est plutôt sur le continent noir. Si les opérateurs préfèrent en général la clarté ils ne dédaignent pas parfois un effet de contre-jour dans une ruelle de Peshawar ni l'abstraction d'un claustra de marbre (mausolée de Salim Chishti) ou "la férie de l'art indo-musulman" dans le palais des miroirs à Lahore. Des petits films en noir et blanc complètent l'exposition et si on ne peut pas y aller, des livres consacrés aux Archives de la Planète permettent aussi de voir ces incroyables images des temps passés. 
On avance dans le temps avec Robert Frank et Les Américains, mythique série, elle aussi destinée à témoigner, qui a pour but de "documenter visuellement la civilisation américaine". Nous sommes à la fin des années 40 et au début des années 50. Mais toutes les images sont en noir & blanc (voir explication plus haut). On a beaucoup insisté sur la tristesse et la "poésie tragique" (comme l'écrit Jack Kerouac) de ces photographies mais on y voit aussi des américains sourire, jouer, s'aimer...D'autres photographes ont présenté un visage plus sombre encore de l'Amérique 70'. Le choc de la photographie américaine   RF n'hésite pas à "couper" les têtes, ces cadrages sont parfois approximatifs mais ses "noirs" toujours très profonds. Entre 1949 et 1952 il est à Paris et photographie, au petit matin, une ville brumeuse; surprend, au sortir du métro (?) une Zazie (Queneau) qui le toise, les mains sur les hanches ou des serpentins sur les épaules d'un homme dont on ne voit que le dos...On s'interroge parfois sur le sens de ce que montre ces images dépourvues de légende. Là aussi des petits films en noir et blanc présentent un autre aspect de l'oeuvre de Frank.
Place à la photographie contemporaine avec Sophie Ristelhueber, également exposée au Musée du Jeu de Paume. Divisée en plusieurs parties, l'exposition montre quelques photos grands format d'une (affligeante ?) banalité (2 lits, une table de chevet et un papier peint d'un autre âge) qui semblent participer d'une veine autobiographique. Ensuite c'est une mosaïque de photographies de très grands format montrant en "creux" et vues d'hélicoptère des traces de la Première guerre du Golfe sur la surface du désert. Un char renversé sur le coté fait curieusement penser à un appareil photographique. D'autres images géantes encore montrent des corps recousus. 
Des photos d'un format beaucoup plus réduit montrent Beyrouth en ruine. Une des photos, avec colonnades, évoque irrésistiblement De Chirico, auquel une grande exposition est actuellement consacré à Paris.      
      

Tag(s) : #Expos

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