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C'est-la-faute-à-la-société.

"Le premier souci des pouvoirs publics est d'éviter toute vague, toute mise en cause d'acteurs économiques de poids ou d'administrations défaillantes" peut-on lire dans Le Monde daté 22-23 février 2009. Rubrique nécrologique (rebaptisée Disparitions, il est vrai que "nécrologique" a un petit coté mortifère assez facheux). Il s'agit d'une citation du chercheur Henri Pézerat qui le premier a révélé la toxicité de l'amiante.

 "Outre que les dividendes politiques de réforme de long terme sont nécessairement différés, on peut s'interroger, en effet, sur la volonté et la capacité du pouvoir politique de transformer les structures sociales qui sont au principe des pratiques délinquantes des jeunes des classes populaires". Là c'est une citation tiré d'un article consacré à l'ouvrage de Gérard Mauger La Sociologie de la délinquance juvénile. Si tout va mal c'est la faute à la société, a t-on envie de dire avec ces deux auteurs.

Ces coups de scalpels dans le flanc de la société et dans le ventre (mou ?) du Pouvoir sont salutaires.  L'autre jour je songeais à tous ces livres qui révèlent les dessous de la CIA. A ce que je sache leurs auteurs n'ont pas été assassinés. Cela prouve qu'au moins on peut s'exprimer. Critiquons notre société tant et plus mais n'oublions pas de nous demander si nous pourrions le faire sous un régime fasciste ou communiste. On peut me rétorquer : ça on le sait ! Mais ça n'empêche que la société est pourrie, etc. En effet ce n'est pas parce qu'on peut dire à peu près librement que la société est pourrie, qu'elle ne peut pas l'être (pourrie).

Et quand je dis "on peut dire à peu près librement" se pose la question de l'accès aux moyens d'information. Evidemment aujourd'hui n'importe quel péquin, moi par exemple, peut créer un blog ou un site sur Internet. Mais quel va en être la portée ?    Françoise Giroud citait dans  La comédie du Pouvoir  Georges Vedel, juriste fameux à l'époque, à propos du socialisme, censé sortir la France de l'ornière : Le socialisme ne s'est jamais accompagné de la démocratie...dans les sociétés libérales, certes les dirigeants sont naturellement hostiles aux droits sociaux mais ils sont obligés en raison de l'existence de forces de contestation puissantes de progresser dans la réalisation de ces droits...". Quand il parlait du socialisme il désignait le socialisme à la soviétique, pas à la française. Au contraire il insiste sur la nécessité des alternances politiques pour faire bouger les choses. Mais dans un cadre préservé. Il ne s'agit pas de tout faire péter mais de réformer.

Et s'il n'évoque que le problème de la démocratie, inutile de dire qu'en matière économique l'URSS, pour ne parler que d'elle, avait 50 ans de retard...J'aimerais bien voir nos jeunes gauchistes (dont je fus), leurs téléphones portables et leurs mp3, soudain transportés dans une riante république socialiste soviétique...mais ils ont sûrement vu Borat, ça donne une idée  ! De même que le couplet sur la liberté d'expression, à quoi bon répéter, comme le faisait déjà remarquer Françoise Arnoud, que le capitalisme (et lui seul) a permis un enrichissement considérable de nos sociétés pendant 50 ans, avec un doublement du niveau de vie à chaque génération ? Bien sûr on en est plus là. Et par exemple, aujourd'hui, nous gagnons souvent moins que nos pères.

Quant au capitalisme mais mon bon monsieur, la crise financière actuelle montre, comme l'avait prédit Marx (je n'aime pas tellement le bonhomme, je parle d'Attali, mais j'ai quand même envie de lire sa bio de Marx, si ça peut m'éviter d'avoir à lire le Capital...), que le capitalisme à justement atteint ses limites ! Eh bien non : c'est le capitalisme financier qui a atteint ses limites et doit être remis en cause (mais souvenons nous que tant que ça fonctionnait tout le monde en profitait, personne ne disait rien, si Rocard en 95, voir  La Suisse Lave Plus Blanc  et quelques autres). Comment ça tout le monde en profitait ? Il est gonflé celui là ! Seule une minorité d'affreux gros actionnaires se "goinfrait" ! Là encore non : tout le monde boursicotait, les petits comme les gros. Bien entendu les gros s'en mettait d'avantage dans les poches, logique, question d'investissement. Ils pouvaient aussi perdre d'avantage. Oui mais perdre une grosse somme quand on est riche c'est pas pareil que etc, etc.

Il faut donc revenir au capitalisme marchand, à l'économie réelle.

Et le Pouvoir ? D'abord  en France l'Etat Providence, même s'il a du plomb dans l'aile, a quand même permis, jusqu'en 2007 tout au moins, de faire encore reculer la pauvreté. Les multiples aides et prestations sociales, dont ne bénéficient pas la classe moyenne (sur le sort de laquelle on pleure d'aillleurs beaucoup en ce moment,  alors qu'elle reste quand même moins à plaindre que la classe...juste en dessous), aident nombre de ménages à garder la tête hors de l'eau. Mais l'Etat Providence ne va plus pouvoir faire comme John Hammond dans Jurassic Park continuer à "dépenser sans compter". Car il est économiquement beaucoup plus efficace d'aider les entreprises : une économie forte créera de la richesse et des emplois, ce qui fera automatiquement reculer la pauvreté. J'ai lu ou entendu quelque part qu'en réalité le premier budget de l'Etat ce n'est pas l'Education Nationale ou la Défense mais les aides aux entreprises. C'est à dire en réalité, plus que des aides directes, le manque à gagner représenté par les "cadeaux" fiscaux et sociaux.  Mais sans ces aides la situation économique serait pire encore. 

Ce que disent les deux auteurs cités plus haut est vrai. Mais la Raison d'Etat n'a pas toujours seulement pour but de protéger l'Etat mais, comme il est dit, des intérêts économiques, ce qui signifie aussi des emplois.

Il y a eu un scandale de l'amiante et il y aura encore des victimes. Il faut dénoncer ces scandales. C'est toute l'importance de ce que Georges Vedel appelle les forces de contestation. Pezerat, bien que travaillant au CNRS,  était bien seul. Mauger s'interroge légitimement sur la capacité des pouvoirs publics à transformer les structures sociales. Il est dans son rôle.

Transformer les structures sociales ! Le fantasme, l'utopie qu'ont voulu mettre en oeuvre, et avec quel succès, les Staline, Hitler et autres Pol Pot. Chaque fois que l'on a voulu "améliorer l'homme", "changer la vie", créer une "société nouvelle" ou "un homme futuriste", cela a abouti à des carnages (2 millions de morts au Cambodge).

Le Monde signale la reparution de l'ouvrage d'Engels La Situation des classes laborieuses en Angleterre dans les grandes villes. Il a écrit ça en 1842. Il serait sûrement frappé par les progrès réalisés, grâce bien sûr aux luttes sociales mais aussi à la démocratie, capable d'évoluer. Les inégalités sociales n'ont sans doute jamais été aussi faibles. Même si les écarts entre les plus bas et  les plus hauts salaires n'ont apparemment jamais été ausi importants que ces dernières années.

Par contre les choses n'ont-elles pas terriblement changées d'elles-même, si on peut dire, avec les années ? Il est vrai qu'en France il a souvent fallu des bains de sang (révolution française) ou des "chahuts" (mai 68) pour que de grands changements aient lieu. D'autres pays, sans couper aucune tête et en conservant leur monarchie, ont évolués tout autant que nous.

Oui il faut faire "bouger" la société. Dans le même journal une sociologue américaine, Saskia Sassen, appelle de ces voeux un nouveau "new deal" dans presque tous les pays, sauf la France qui d'après elle semble de l'extérieur déjà dotée de toutes les infrastructures possibles et imaginables. Il faut prendre ça comme un compliment. C'est loin d'être le cas des USA où 30% des ponts par exemple sont en mauvais état. Jacques Marseille (l'Argent des français) dit aussi que donner des milliards aux banques et aux grandes entreprises ne va pas suffire. Il faut aider les petites et moyennes entreprises en priorité. 

Le rôle des contestataires est donc pimordial mais en aucun cas ils ne doivent parvenir au pouvoir. Encore que Milza  Les fascismes (suite et fin)  signalait que beaucoup de tenants de la nouvelles droite, une fois parvenus dans les cercles du pouvoir avaient mis beaucoup d'eau dans leur vin. Tout de même méfions nous. Continuons à trouver Besancenot sympathique mais évitons de bourrer les urnes en sa faveur. On ne sait jamais.    


Tag(s) : #Propaganda

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