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C'était le second "cri du coeur" que Jean Ziegler, sociologue et député socialiste suisse, consacrait à son pays. Auparavant il y avait eu Une Suisse au dessus de tout soupçon (1976) qui lui avait valu des menaces de mort et conséquemment la protection intermittente de la police, qui d'ailleurs en prend pour son "grade" dans son second  opus La Suisse lave plus blanc (1990). 

Spécialiste du tiers-monde il tourne cette fois son regard acéré vers ce qu'il appelle l'Emirat hélvétique. En effet si la Suisse ne produit pas de pétrole elle brasse de l'argent, beaucoup d'argent.

Et cet argent n'est pas toujours propre, c'est ce que l'auteur entreprend de démontrer dans un ouvrage très documenté qui lui a sans nul doute valu de nouvelles inimitiés.

Il y a l'argent sale (ou noir): celui qui provient du trafic de drogue. Et l'argent gris : celui que les dictateurs et despotes du monde entier amassent en pillant les richesses de leurs pays et celui qui est le produit de l'évasion fiscale "des classes dirigeantes française, italienne, allemande, scandinave".

L'argent de la drogue s'est "tourné" vers la Suisse après que l"administration Reagan ait fait à l'époque le ménage aux Îles Caïmans et autres paradis fiscaux de la région. Les Banques et autres Fiduciaires suisses sont alors devenues très attractives.

Émaillé de nombreux exemples puisés dans l'actualité judiciaire, l'ouvrage de Ziegler constitue un réquisitoire accablant contre ceux qu'il appelle les "émirs" (les banquiers) mais aussi contre la société elle-même, figée et incapable de réagir. En effet il n'y a pas en Suisse d'opposition. Les quatre grands partis co-gèrent le pays, en alternance. Leurs membres sont de surcroit souvent issus des milieux bancaires.

Dans un chapitre intitulé L'île au trésor des dictateurs, il nous "régale" du portrait de trois grands pilleurs de leur propre pays devant l'éternel : Ferdinand  Marcos, Mobutu et "bébé" Doc.

La Suisse est après les Emirats Arabes Unis le second pays le plus riche du monde.

L'auteur signale dans ces remerciements que les thèses du livre ont entre autre été discutées avec Régis Debray.

En ces temps de crise financière il est bon de noter que l'auteur citait à l'époque un propos très intéressant de Michel Rocard : "Il y a quarante ans les transactions financières étaient équivalentes aux échanges de marchandise. Aujourd'hui (en 1989) elles sont de quarante à cinquante fois supérieures. Elles se font sans coût, à la vitesse de la lumière [...] Nous sommes sur un volcan."

Finalement Ziegler ne fait que détailler (mais ces "détails" font souvent froid dans le dos) et expliquer ce que nous savions déjà tous : l'expression "avoir un compte en suisse", sous-entendu un compte alimenté par de l'argent de provenance douteuse, est depuis longtemps rentrée dans le langage courant !

Sur la "mentalité" suisse on peut lire le remarquable Mars de Fritz Zorn, que Ziegler d'ailleurs recommande.

Tag(s) : #Journal de lecture

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