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Ce dimanche, une fois n'est pas coutume, j'ai pris mon courage à deux mains pour m'extraire de mon antre et aller voir la rétrospective Dufy au musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (Musée d'Art moderne tout court avant l'ouverture du Centre Pompidou). Il parait que 2008 a été une très bonne année pour la culture (Le Monde 11-12/01) et particulièrement les expositions. C'est d'ailleurs ce qui me faisait un peu peur : est-ce que je n'allais pas devoir faire la queue, dans le froid, une heure ou deux ? En fait il y avait bien une file d'attente mais on avançait assez vite si bien que je n'ai pas du rester plus d'un quart d'heure à me geler devant le musée. Le temps quand même de constater que des SDF élisent la nuit domicile ici. Si on est un peu observateur on peut apercevoir des sacs de couchage derrière le parapet  de l'entrée. Si je craignais qu'il y ait foule c'est aussi parce que c'est le dernier jour de l'expo. J'espère ne pas trop donner envie de la voir. Cela explique pourquoi, un dimanche glacial, moi qui ne suis pas patachon, j'ai du renoncer à la douce tiédeur de ma couette et à mon sweet home. Et pourtant Dufy ne fait pas partie de mes peintres préférés. A l'exception d'une toile représentant une rue pavoisée du 14 juillet, que j'aime beaucoup mais dont je ne suis même pas sur qu'elle soit de lui, en tout cas, même s'il y en a d'autres de cette série, je ne l'ai pas retrouvé dans l'expo, je ne suis donc pas un inconditionnel. A priori je préfère Bonnard et plus encore Matisse. Mais l'expérience m'a appris que l'on met trop vite les peintres, comme le reste, dans des petites boites avec des étiquettes dessus et qu'une exposition d'importance recèle toujours des surprises, parfois mauvaises mais plus souvent bonnes. D'abord marqué par l'impressionnisme puis le fauvisme mais un fauvisme à sujets populaires ( c'est en tout cas ce que j'ai glané en écoutant 5 secondes un guide avant de dépasser le groupe et maintenant je me demande si les plages par exemple constituaient vraiment un sujet  "populaire", est-ce que le peuple au début du siècle fréquentait les plages ?, certes il ne montre pas dans ses toiles des naïades tahïtiennes (Gauguin) ou des intérieurs mauresques (Matisse)) puis il a une révélation devant une toile pointilliste de Matisse "Luxe, calme et volupté". Ainsi donc il est possible de n'avoir que "des préoccupations exclusives de technique". Dès lors Dufy, sa vie durant, sa carrière artistique dure 50 ans, cherche, beaucoup, et parfois trouve. Mais même lorsque le résutat n'est pas convainquant le peinte aura franchi une étape et, en chemin, fait des découvertes. Ainsi ses rues pavoisées de lampions, drapeaux, fanions (le 14 juillet au Havre) sont-elles à mon goût trop sombres mais elles manifestent en tout cas un intérêt nouveau pour le spectacle de la rue envisagée cette fois comme un réservoir de formes et de couleurs...A ceux qui penseraient que comme d'autres artistes modernes Dufy ne sait pas peindre, c'est pourquoi il fait des griboullis, je conseille la "Jeune femme au canapé rose "(1902), époque pré-griboullis. Le port (1906) témoigne déjà d'une toute autre manière de peindre et propose une oeuvre frontale mer-terre-ciel assez sidérante. Effet de soleil sur l'eau à St adresse (1906) remet à nouveau les pendules à l'heure. Ce que j'aime le moins dans cette toile c'est justement le soleil ou plutôt les deux rayons qui frappent la surface de l'eau sans souci de perpective...le reste : le ponton, les personnages sont  typiques de sa nouvelle manière de simplifier la représentation des formes. Là ça fait un peu langue de bois...
Cezanne compte aussi au nombre des influences de Dufy . J'aimerais pouvoir dire que La terrasse sur la plage 1907 en est un exemple mais je peux affirmer en tout cas que Palmiers aux martigues 1910 rappelle Gauguin. En fait cela faisait partie des recherches menées par ces peintres : prendre un motif peint par un maître et en livrer des variations. Le petit palmier 1907 lui renvoie à Matisse qui offre une peinture plus "évidente"  que celle de Dufy.
Au détour d'une cloison on découvre de petits bijoux : les gravures sur bois qui ont servi à illustrer Le bestiaire d'Appolinaire en 1911. Appolinaire, gazé en 14...Pendant la guerre Dufy est engagé volontaire mais sera versé aux automobiles à Vincennes. Qu'à cela ne tienne il crée une entreprise qui à la manière des images d'épinal proposera aux noirs d'afrique et aux "jaunes" des images de propagande guerrière les représentant qu'ils pourront accrocher dans leurs "cases" de retour chez eux comme nos paysans avaient des chromos napoléoniens...
Ensuite c'est l'aventure du textile. Les séries de gouaches préparatoires sur canson pour tissu (Mosaîque florale par ex) annoncent les séries d'Andy Warhol mais elles n'étaient pas destinées à être montrées... Le grand format
Citrouille et fruit avec nuages, lui, annonce la BD et renvoie aux gravures précitées, très graphiques elles aussi...      "Les tableaux ont débordés de leur cadre pour se continuer sur les robes et sur les murs" Dufy. C'est tout un programme que ces crayons gras reprennent à leur compte : Port de marseille 1917, d'une rare élégance minimaliste est une des plus belles oeuvres de celui qui n'est pas seulement peintre, on l'a vu. La réception 1931/35 fait penser très fort au dessinateur de BD contemporainl Alex Varenne. Les carnets de croquis, sous verre, procurent une autre sorte d'émotion. Le diable d'homme s'est aussi adonné à la céramique : ce qu'il y a de mieux, plus que les vases, ce sont les carreaux de céramique, par exemple sa Naiade. Après guerre la série des ateliers inaugure une autre manière, à l'huile, mais qu'on dirait plutôt dessin et aquarelle. Dufy n'est pas un très bon portraitiste, ces personnages sont souvent raides ( ce n'est pas moi qui le dit) mais son Nu couché à la draperie 1930 remue très fortement quelque chose en nous. Sa Martiniquaise, moins estomaquante, vaut néanmoins le détour. Langres, la grille du chateau de 1935 est un très grand format où la grille comme transparente laisse voir les couleurs de ce qui est situé derrière et, dans un coin, un drôle de cargo...Ce sera ensuite les Cargos Noirs (allusion au port industriel natal), série de tableaux avec comme figures centrales des "taches noires", parfois inquiétantes, avec un cargo dessiné, qui culmine avec Le cargo noir où le cargo disparait complétement dans sa propre fumée pendant que 2 plagistes se dorent nonchalemment au soleil, indifférentes...Ensuite il s'approche de l'abstraction avec Le violon rouge sur fond noir 1946 dans lequel la partition n'est plus qu'une page blanche...     
Tag(s) : #Expos

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