Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 18:27

LES PAYS NOTES AAA Le système de santé américain coûte 7000 dollars par an et par habitant, contre 4000 en France et 3500 au Royaume-Uni, avec des résultats nettement moins bons. L'espérance de vie y est de 78 ans (81 ans en France), et le taux de mortalité infantile est de 50% plus élevé. Le prix exhorbitant des médicaments ainsi que les frais administratifs et publicitaires liés à la concurrence entre de multiples "fournisseurs" d'assurance pèsent dans ce surcoût (Le monde géo & politique 08/01/2012). 

 

Au sein de la poignée des pays classés "AAA", la France était déjà mal aimée des économistes. Son 20 sur 20 délivré par les 3 agences, gage de son orthodoxie financière, était considéré comme immérité. Sur les marchés, d'ailleurs, tout le monde avait anticipé la dégradation...Le pays noté AAA depuis 1975, n'a pas présenté un budget à l'équilibre depuis...1974..."hormis entre 1995 et 2002, les gouvernements n'ont rien fait pour réduire le déficit structurel et l'ont même aggravé" selon Jean-Marc Daniel, professeur à l'ESCP...

En outre, dans le monde des AAA de l'Europe continentale, seule la France cumule déficit public et déficit de la balance des transactions courantes...

Reste à l'actif de l'Hexagone...son histoire. Paris n'a pas fait défaut depuis la banqueroute des deux tiers en...1797.

(Le triple A français, une fausse valeur depuis déjà longtemps - Le monde 15/01/2012)

 

Les agences de notation ont été accusées, pêle-mêle, d'avoir favorisé la bulle des subprimes aux Etats-Unis en accordant des AAA à des produits financiers toxiques ou d'avoir dégradé trop brutalement des pays, favorisant la propagation de la crise des dettes souveraines (A quoi ressemble la vie après la perte de la note AAA ? - Clément Lacombe - Le monde 15/01/2012).  

 

...les analyses du géographe Christophe Guilluy montrant que la fracture sociale s'accompagne de plus en plus d'une fracture spatiale, autrement dit que les catégories les plus modestes de la population, loin d'être cantonnée aux "quartiers" des grandes villes, tendent à être reléguées à quelques dizaines de kilomètres de celles-ci, non pas, comme l'écrit le géographe, " de l'autre côté du périphérique " mais " de l'autre côté de la banlieue " (La gauche à la reconquête des "oubliés" - Thomas Wleder - Le monde 22/01/2012).

 

A deux reprises (après la perte du triple A), lundi avec des emprunts à court terme, puis jeudi avec des maturités moyennes et longues, la France a placé sans encombre ses obligations. Avec des taux en baisse par rapport aux précédentes adjudications...Même si les banques continuent de déposer en sécurité à la BCE des monceaux d'argent tous les soirs, une partie des 489 milliards d'euros débloqués le 21 décembre 2011 par l'institutution de Francfort ont bien été injectés dans le circuit économique, et notamment dans l'achat d'obligations d'Etat (Des emprunts en veux-tu en voilà et pas trop chers - Clément Lacombe - Le monde 22/01/2012).

 

Corinne, 45 ans, employée en petit mi-temps à la mairie...est la mère de Julien, 16 ans, et Louis, 11  ans et la femme de Bernard, 46 ans. Chauffeur de taxi jusqu'à son licenciement économique, le 24 décembre 2009...il touchait les Assedic : 935 euros, soit 300 euros de moins que ce qu'il gagnait avant...et Corinne s'est mise à "gueuler", les enfants à se demander s'ils pourraient aller, comme d'habitude, au ski ou à Center Parcs...(2,87 millions de chômeurs...et combien de familles minées ? - Le monde 27/01/2012).

 

Des coupes claires ont été réalisées sans que les mesures soient prises pour réorganiser un système particulièrement inefficace. Comme en témoigne l'exemple du ministère des finances, qui n'arrive pas à récolter les impôts qu'il met en place (L'impuissance politique d'Athènes au coeur des récriminations de la "troïka" - Alain Salles - Le monde 27/01/2012).

Augmentation moyenne de 20% du taux de TVA et de 33% des taxes sur l'alcool, le tabac, l'essence...création d'une taxe foncière, prélevée sur la facture d'électricité....malgré ces mesures, les revenus de l'Etat ont baissé de 1,7% en 2011, en raison de la récession et de l'inefficacité des services fiscaux.

Les salaires ont baissé de 30% dans le secteur public depuis 2010; la baisse des retraites a été de 10%.

Réduction de 82000 postes de fonctionnaires en 2010 et de 50000 jusqu'en octobre 2011 (non-remplacement de départs à la retraite).

La réforme de l'administration locale a réduit le nombre de municipalités de 1034 à 325. Le nombre d'élus locaux a été réduit de moitié.  

 

Pour la première fois de son histoire, l'assurance-vie - dont les fonds sont placés en dettes d'Etats et d'entreprises, a connu d'août à décembre 2011, cinq mois de "décollecte" consécutifs. Les retraits ont excédé les dépôts...les petits actionnaires ont déserté la bourse...le taux d'épargne des ménages - leur épargne brute (investissement en logement et épargne financière) rapportée à leur revenu disponible brut - a(vait pourtant) atteint un pic à compter du 2è trimestre 2011, au-dessus de 17% (L'épargne liquide pour arrondir les fins de mois - Anne Michel - Le monde 27/01/2012).

...les assureurs détiennent, à eux seuls, la moitié de la dette française entre les mains des investisseurs nationaux. C'est un point-clé pour les agences de notation. Et, en 2011, les assureurs ont réalisé 3 milliards d'investissements nouveaux en faveur des PME ! ("On est entré dans une économie de désendettement" - Bernard Spitz).

 

...les 2 moteurs des années 2000, que sont la consommation (grâce à l'endettement des ménages) et les dépenses de l'Etat (grâce à l'endettement public) sont brisés (La récession guette la Grande-Bretagne - Le monde 27/01/2012).

 

Depuis plus de 3 semaines, l'organe central du capitalisme intelligent, le quotidien britannique le Financial Times, ausculte l'état de l'économie de marché....Intitulé général de cette longue série d'articles : "Le capitalisme en crise".

...la formule "ultralibérale-dérégulée" du capitalisme, héritée des années 1980, ça ne marche plus. On dirait du François Hollande, ou presque, mais au fil des pages d'un grand quotidien des milieux d'affaires internationaux...

L'économie de marché s'est imposée sur toutes les autres parce qu'elle a su changer. Le capitalisme est une succession de crises. "Son succès ne tient pas au fait qu'il reste toujours le même mais au fait qu'il ne cesse de changer" écrit le FT....Il faut réglementer et réduire un secteur financier devenu incontrôlable parce qu'obèse. Il faut réformer un mode de gouvernance de l'entreprise qui favorise le court terme, la rémunération la plus immédiate et la plus élevée du capital...Il faut revenir sur la palette d'exemptions fiscales qui, ici et là, a permis aux riches de payer de moins en moins d'impôts (Le "FT" ou la critique du capitalisme pur - Alain Frachon - Le monde 27/01/2012). 

 

L'économiste Paul Krugman rappelait aux allemands que la venue d'Hitler n'avait pas été la conséquence de l'hyperinflation de 1923 mais de la purge budgétaire des années 1930, ont il faut éviter aujourd'hui la répétition (Croissance, comment éviter le pire ? - Daniel Cohen - Le monde 29/01/2012) 

Par coltrane - Publié dans : Lu dans la Presse
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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 18:38

http://www.frankselby.com/files/gimgs/10_2008rriioott11x185in.jpg

Dans le cadre du projet gutenberg, un autre artiste proposait de minuscules saynètes, en n&b bien sûr, curieusement troublantes alors même qu'il était presque impossible de distinguer précisément quoi que ce soit.

Malheureusement il est encore plus galère de trouver des images de Marcel...Gähler avec Google.

Enfin il y en a mais pas celles de l'expo, assez différentes. Dommage. Raison de plus pour y aller...

Un petit dernier pour la route, signé Franck Selby (inutile de régler votre écran).

 

http://www.paris-art.com/img_news/createur/g_Polaris12Casey01.jpg

 

 

Galerie Polaris on peut voir les dessins et  sculptures de John Casey.

 

Mais j'ai préféré les artistes présentés par une galerie invitée, la galerie Réjane Louin de Locquirec en Bretagne.

 

Comme par un fait exprès l'ensemble s'intitule Autour du dessin, ce qui pourrait laisser à penser, dans la continuité du projet gutenbeg, que le dessin fait un come-back dans l'art contemporain.

 

Si c'est le cas, le résultat, placé ici sous le signe de l'abstraction, est plutôt réjouissant :

 

 

  http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSEaZaB6dA9ZI4D_eFqVov5cBJ-Pnc8MfPwyH8vnDzN8nN750Uc 

 

 

 

 

C'est signé Maëlle Labusière et, oui, on peut considérer qu'on a déjà vu ça en peinture, il y a dejà bien longtemps, mais cette "relecture" possède une qualité de fraîcheur, de...douceur qui, à travers des formats modestes, la rend très attachante.

 

 

 

 

 

 

 

http://www.ouest-france.fr/infoLocale/annonce/2011/0218/2068389/2068389_0_px_225_.jpg 

L'oeuvre reproduite ci-contre, signée Claude Briand-Picard, ne fait pas partie de celles retenues dans l'expo...

Je n'ai pas pu les trouver sur la Toile. Tant pis, j'aime et c'est dans le même esprit : rien d'agressif, de la délicatesse et quelque chose d'apaisant.

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTVodyy8gG98n81K7ZSopk_SDPGlync2G7DEGeiqj4pdxHkYdPa

 

 

 

Voici maintenant une oeuvre de Martine Joatton qui ne figure pas non plus dans l'expo mais se rapproche des travaux présentés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.drawingnowparis.com/Temp/IMG/F_b129b9ffd4b5cab9d885d6d1625da1ab4f0dfb8824c26_330_338.jpg

 

 

 

 Une fois de plus j'ai du recourir à la reproduction d'une "encre sur cartoline" d'Olivier Michel qui dans la galerie n'expose que des "crayon sur papier"....aucun n'est disponible sur Internet.

 

 

 

 

 

 

 

 

  http://patricepantin.com/anciensite/Visuels/150X150/Dessins_de_captivite-150.jpg

 Patrice Pantin expose une "encre sur papier" très proche du travail d'Olivier Michel (ci-dessus) mais là encore je n'ai pu trouvé que des oeuvres plus anciennes dont celle-ci issue d'une série visible sur son (ancien) site.

Encore une "petite" chose, très graphique, on dirait presque une carte à gratter...

 

 

 

 

http://sphotos.xx.fbcdn.net/hphotos-snc7/s320x320/306346_284354794922176_112760132081644_1074758_1493022942_n.jpg

 

 

 

 

 

 

Pour finir voilà un travail d'Antoine Perrot, assez proche d'une des oeuvres que l'on peut voir dans l'expo, les 3 autres étant assez différentes.

 

 

 

 

 

 

 

Le point commun entre tous ses artistes (rappelons que l'expo s'intitule "Autour du dessin"), outre l'usage de techniques mixtes (cotons-tiges, pétales en tissus, feutres sur papier, spray, encre de chine, gouache sur papier, intissé et buvard, crayon sur papier, gommettes sur différents supports, ruban bolduc...), excluant la peinture à l'huile ou l'acrylique, c'est la modicité des formats (rien de plus grand que du 50x60 sauf le 146x146 de Patrice pantin mais on a aussi du 12x15,5) et une sorte de simplicité. L'accrochage donne de surcroit à l'ensemble une belle cohérence.

 

Il faudra patienter un peu pour Rétromobile, je n'ai pas encore terminé mon périple le long de la rue St Claude.

http://medias.slash.fr/main_images/images/000/003/470/JAB-Show2012-view15-2_original-3_feature.jpg?1328628997Galerie frank elbaz, les oeuvres de Jesus Alberto Benitez m'ont scotchées. L'expo s'intitule "Le centre n'est pas un point". Cela aurait pu s'appeler autrement...ce qui est remarquable c'est la juxtaposition de photographies n&b grand format et de petits tableaux "acrylique et ruban", parfois sur simple contreplaqué, qui n'ont à priori rien à voir les unes avec les autres.

J'ai adoré, à égalité. Sur place, un travail comme celui-ci faisait furieusement penser à ce qu'un

 

peintre en batiment aurait pu abandonner sur place à la fin d'un chantier...Du grand art ! 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRiBR-Qu23hvRTZlvJ1v-2L0YMVBG1O0U1PA4UXDsfyhkZ_3-5xSes photographies ne sont pas en reste, avec aussi un côté "chantier" très plaisant. La photo est en fait tronquée. Il manque le haut... Mais c'est tellement difficile de les trouver et plus encore de les copier...

 

Avec le haut l'image est plus parlante...sa manière de photographier  consiste à s'intéresser à des recoins d'arrière cour (par exemple), à priori sans intérêt. Pourtant le résultat est là, d'autant plus impressionnant qu'il a recours au très grand format. Il y a en plus une astuce d'accrochage : les photos sont tirées sur papier puis les "posters" sont fixés avec des pinces puis insérées dans une espèce de cadre flottant...


http://www.fiac.com/files/photo_file_21652.jpg

 

 

 

 

Encore un rebut de peintre en batiment...Je peux enfin dire : Jésus je t'aime !

Finalement si vous n'allez voir qu'une exposition choisissez celle-là...chacun pourra bien sûr se faire son idée.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour revenir aux photographes cités dans le 1er article, tous classés, je crois, parmi les "documentaristes", on pourrait presque leur reprocher de faire tous la même chose. Pour illuster cette idée (fausse ?) on peut s'amuser à rapprocher 2 photos de Mitch Epstein et Massimo Vitali qui montrent toutes les deux les tours jumelles d'une centrale nucléaire (voir articles sur ce blog)...

 

Et le salon Retromobile alors ? Dans un documentaire, intitulé La rage, sur la ville de Sanaa au Yémen et ses batiments de sable, Pasolini parle de la force révolutionnaire du passé...c'est tout à fait ce que l'on ressent face aux "belles mécaniques" qui composent la collection automobile de Peter Mulin, essentiellement des "sculptures roulantes" françaises d'avant-guerre.


http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQENJyFqgjzb62hsE5IzgkYtq75hAxMHfwMu2tp25inI8ydwHO5

 

 

Par exemple, fleuron de la collection, l'Hispano-Suiza Type HG-C, réalisée pour André Dubonnet, l'héritier de l'apéritif du même nom...la force révolutionnaire est bien là...

   

 

 

 

 

Une automobile ancienne constitue finalement un des rares moyens de ressusciter concrètement un passé par définition révolu... 

 

 

 


Par coltrane - Publié dans : Expos
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 17:35

Samedi 4 février, je suis allé voir l'exposition des photographies urbaines grand format du photographe Gabriele Basilico, le lendemain j'étais au salon Rétromobile de la Porte de Versailles où j'ai eu la surprise de découvrir que le plus grand stand (il fallait montrer patte blanche pour y pénétrer) était tenu par...Artcurial, première maison française de vente aux enchères, plus connue pour ses ventes et ses expositions d'art contemporain...

 

http://www.galerieannebarrault.com/gabriele_basilico/photo2011/Shanghai-2010-10A3-105.jpgA la galerie Anne Barrault, 22 rue Saint Claude dans le 3è ardt de Paris, le photographe italien né en 1944, expose des images de Shangaï et de Rio de Janeiro.

Certaines de ses photos sont des prises de vue aériennes, à l'instar de l'image ci-contre, tirée de la série  Shangaï, 2010.

 

Ce n'est pas celle qui m'a le plus touché.

J'ai failli dire "intéressé" mais je me suis souvenu du coup de gueule de l'écrivaine Nancy Huston qui reprochait son absence d'émotion à une critique littéraire face à un livre bouleversant d'Heather Lewis... 

 

En lisant le texte de présentation, non signé, du travail de l'artiste, dans lequel il est pourtant fait mention à 2 reprises de "l'humain", qui fait son apparition dans l'oeuvre du photographe à l'occasion de cette série, il n'est question que de "radioscopie de l'architecture et du développement des grandes agglomérations", d' "Architectures délabrées, anciennes (qui) cotoient le renouveau pour Rio et le futurisme pour Shangai."

Jamais de l'émotion esthétique, dont kant disait, je crois, qu'elle se situait juste après l'émotion de nature religieuse.

http://www.galerieannebarrault.com/gabriele_basilico/photo2011/Shanghai-2010-10A3-117.jpgGabriele Basilico ne joue plus autant qu'avant avec le cadre (si on se fie à ces oeuvres en n&b visibles sur le net) mais ne propose pas pour autant des images uniquement frontales, ou, si elles le sont, elles montrent toujours une réalité complexe, fourmillent de détails.

Sur la photo ci-contre, parmi d'autres, un homme en noir avec une charette à bras sur une trois voies où tous les véhicules semblent à l'arrêt, tandis que dans l'autre sens la chaussée est vide.

    

http://f.i.uol.com.br/fotografia/2011/12/09/106645-970x600-1.jpeg

Et tout de même une de Rio, que je ne me rappelle pas avoir vu dans l'expo, et que j'aime moins. On trouve peu de ces photos de Rio sur la Toile.

 

 

C'est moins vrai pour l'image ci-contre mais la largeur du champ; la netteté hyperréaliste de ces images, laisse à penser que Basilico, à l'instar d'un Mitch Epstein ou d'un Massimo Vitali, utilise une chambre.

Il est d'ailleurs étonnant, en revoyant les images de ces 2 autres photographes (on peut y ajouter Leo Fabrizio), de constater à quel point leurs travaux sont proches, fondés sur une même thématique binaire...On pourra s'en rendre compte en alllant voir bien entendu cette expo (jusqu'au 10 mars), mais aussi

les papiers que j'ai consacré à chacun de ces photographes sur ce blog...

 

Samedi 11 février, je suis retourné dans le 3ème ardt, dans cette même rue Saint Claude, pour y voir, cette fois à la galerie Jousse, au n°6, des vidéos d'artiste. Dans le journal, les mots Niemeyer, Duras, Antonioni et "La forêt de Cristal, de l'écrivain Ballard", avaient éveillé ma curiosité.

Sur place on est d'abord accueilli par une curieuse installation, une boite de verre contenant une ammonite fixée à un pied (forme naturelle en spirale), à côté d'une structure en plexiglas (pardon en altuglas) qui évoque une maquette d'immeuble. Une fois lu le texte de présentation on comprend que cela à voir avec Le Corbusier, le nombre d'or et Iannis Xenakis...

Sur le mur du fond on peut observer un petit film tourné dans une jungle assez peu tropicale où l'on peut voir Louidgi Beltrame et Elfi Turpin en train de casser des pierres à la recherche de fossiles d'ammonites. On a l'impression de regarder un film 8 mm ou suoer 8. Et c'est bien le cas : du super-8 transféré en vidéo HD.

Les videos d'artistes ont souvent en commun une très mauvaise qualité d'image mais cela fait partie de la démarche artistique bien sûr. C'est un peu toujours de l'anti-cinéma commercial : non narratif (et donc poétique) ou si l'on préfère, qualité technique médiocre, signification obscure, mauvaises conditions de visionnage.

Arrivé dans la salle suivante on a déjà pu s'habituer au vilain grain de la photo et on peut se laisser bercer par le commentaire et par ces images d'une petite île japonaise qui abritait autrefois un parc paysager , avec ses belvédères, escaliers et autres terrasses en ruines que la végétation a recouvert et dont on croit comprendre qu'elle a eu à subir les effets du bombardement de Nagasaki. En face un îlot entièrement construit n'est plus qu'un champ de ruines inaccessible.


http://www.evous.fr/local/cache-vignettes/L300xH225/CINELANDIA_still_300-ff5a8.gifDans la 3ème salle, aux dimensions d'une petite salle de cinéma mais avec seulement une banquette en cuir 3 places, s'offre le plat de résistance. Le principal motif visuel est cette fois une maison construite par Oscar Niemeyer puis abandonnée à la végétation. Une voix masculine, en italien sous-titré, lit ce qui doit un projet de scénario signé Antonioni. Parfois une voix de femme intervient en français, je ne sais plus ce qu'elle racontait et aussi une 3ème voix masculine dont je ne souviens pas non plus. Voilà ce que c'est de ne plus prendre de notes quand on a pas de mémoire.

L'ensemble porte à la rêverie et on a aucune peine à rester assis par terre (il y a de la moquette), la demi-heure que dure le film.     

 

Dans la première salle on pouvait aussi profiter d'une belle photographie de femme assise sur un siège devant une fenêtre en train de lire un dépliant curieusement découpé et se déployant presque jusqu'au sol...et j'en oublie...

 

Ce quartier du 3è ardt abrite les meilleures galeries de Paris. Aussi on est amené à s'arrêter devant nombre d'entre elles dont on pousse volontiers la porte.

Galerie Jeanroch Dard c'est le projet gutenberg qui a retenu mon attention. Un mot d'abord sur la galerie. Les murs, conformément à la règle, sont blancs. Quant au parquet il offre d'être brut et taché de peinture. Ce n'est pas un parquet ancien, c'est simplement un vieux parquet grisâtre.

Au total, l'aspect spartiate de l'endroit se marie très bien aux quelques oeuvres en noir et blanc, ou plutôt en gris, plutôt des petits formats qui ensemble constituent le projet gutenberg.  

 

http://www.jeanrochdard.com/images/groupexpo/guttenberg.jpg

Sur le site de la galerie, spartiate lui aussi, on ne trouve que le travail ci-contre, réalisé par Anne Mette Hol.

 

Même sous cette forme "reproduite", cette oeuvre continue d'exercer sur moi son effet apaisant.

 

On pourrait crier à la fumisterie si on ne savait pas que tous ces travaux s'inscrivent dans une réflexion formelle autour de l'impression, non  pas "Impression soleil levant" mais "imprimerie".

 

En fait l'impression est feinte et se traduit surtout par l'usage du dessin. Ce que vous voyez ci-contre est un dessin.

 

 

 

En voilà un autre, signé Jenny Akerlud :

 

 

 

  http://altblog.be/wp-content/uploads/2012/01/altblog-%E2%80%93-Jenny-Akerlund-%E2%80%93-Selenography.jpg

On comprend mieux pourquoi Gutenberg non ? J'aime bien le côté astronomie...

 

Il parait que cet article est trop long, j'en ferais donc un second...où il sera peut-être enfin question de Retromobile...

 

Par coltrane - Publié dans : Expos
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 19:25

les-mensonges.JPG"La plus grande débâcle financière depuis la crise mondiale de 1929 s'est produite entre septembre 2000 et octobre 2002. En l'espace de quelques mois, plusieurs milliers de milliards de dollars sont partis en fumée."

 

C'est par ces lignes que Vincent Almond (il s'agit d'un pseudonyme derrière lequel se cache " un dirigeant de haut niveau au sein d'une grande multinationale ") débutait en 2003 son livre consacré au Krach boursier de 2001-2002 consécutif à l'éclatement de la Bulle Internet.

 

En 2011 Marc Roche dans Le capitalisme hors la loi (que j'ai juste feuilleté) écrivait à peu près la même chose en introduction à propos de la dernière crise en date qui a éclaté en 2008 avec la chute de Lehman Brothers.

Les crises - bancaires, boursières, financières, immobilières, économiques - se suivent et se ressemblent...se suivent et ne se ressemblent pas.

 

WorldCom, alors un des plus gros opérateurs de télécommunications américains, a été mis en faillite en juillet 2002.  C'est la plus grande banqueroute qu'ont connu les Etats-Unis.

 

Pour s'attaquer au problème du "mensonge boursier", à l'origine de cette crise, Vincent Almond, qui a l'époque considère, à juste titre, que le système de l'économie libérale est alors quasi monopolistique sur la planète, à l'exception de Cuba et de la Chine (!), propose de critiquer le système actuel non pour le détruire mais pour l'améliorer et le réguler davantage.  

 

A Wall Street, le mois de juillet 2002 a été l'un des pires depuis le krach d'octobre 1987 (encore un !).

Il faut remonter à 1931 et 1932 pour retrouver une chute aussi grave de l'indice Standard & Poors's 500 qui regroupe les 500 premières entreprises américaines.

La Fed et Alan Greenspan n'ont plus de marges de manoeuvre : les taux d'intérêts fédéraux sont déjà au plus bas (1,25% en novembre 2001).

Aujourd'hui on envisage sans doute plus facilement un taux encore plus bas ou ramené à 0.

 

Selon l'auteur, le problème tient au fait que le capitalisme ne repose plus sur des comptes justes et permet aux dirigeants de s'enrichir au détriment des actionnaires (mais aussi des salariés et de s clients).

 

Surtout, la déculottée des actions, depuis mars 2000, est proportionnelle aux illusions d'une croissance boursière infinie qui ont précédé le krach.

 

Le rôle des fonds spéculatifs, tels les hedge funds, dans cette croissance boursière a été primordial. Ces fonds achètent ou vendent des titres à découvert, c'est-à-dire sans les posséder réellement. Après les pics de l'année 2000, ils ont spéculé à la baisse en vendant en masse, à découvert, des actions qu'ils ne possédaient pas, alimentant ainsi la baisse.

 

Le développement spectaculaire des marchés dérivés a aussi accéléré les hausses et les baisses.

Ce sont des marchés où s'échangent des risques de prix. Il s'agit de spéculer par anticipation sur les prix futurs des actions, des obligations, des taux d'intérêt ou des cours des monnaies.

 

Ces formes de spéculation posent des problèmes éthiques : elles amplifient la volatilité des marchés au détriment des actionnaires individuels et des fonds de placement traditionnels.

 

Le Krach des années 2001 et 2002 a sans doute été surprenant mais le boom des années précédentes l'était tout autant.

 

Qu'est-ce que le marché boursier ? C'est le lieu où se rencontrent l'offre et la demande de titres mobiliers, principalement des actions et des obligations.

En mars 2000, la capitalisation boursière représentait, en moyenne, 91% du PNB.

En 1990, la capitalisation totale était de 9 400 milliards de dollars. Elle s'élevait à 36 286 milliards de dollars en mars 2000. 

 

Le marché de capitaux est donc constitué d'échanges de titres ou de devises, à très court terme ou à long terme. Les entreprises et les Etats se financent sur les marchés, en émettant des titres auprès des investisseurs institutionnels, des ménages et d'autres entreprises, qui y déposent leurs placements.

 

La Bourse n'est plus aujourd'hui un instrument de financement des entreprises et donc de l'économie. Les transactions sont donc majoritairement des spéculations, des ventes et des achats de produits dérivés, ou de titres à découvert, que les spéculateurs vendent ou achètent sans les posséder réellement.

 

Schumpeter, célèbre économiste autrichien, a défini le capitalisme par l'appropriation privée des moyens de production, le recours au marché pour les échanges, et, enfin, la création du crédit  via des établissements financiers.

 

En France, pays traditionnellement plus réfractaire au capitalisme, les dépenses publiques, en pourcentage du PIB, ont toujours été plus élevées que dans les autres pays de l'OCDE.

Il en va de même des taux de prélèvements obligatoires...

 

A partir du milieu des années 1990, les acteurs des marchés financiers ont joué les marchands d'illusions.

 

Ils nous ont vendu l'illusion d'une croissance inébranlable et régulière des titres mobiliers et en premier lieu des actions.

 

Le premier facteur de la poussée excessive des valeurs boursières est l'augmentation du flux d'épargne. De 1992 à 2000, les Etats-Unis ont connu près de huit années de prospérité, durant lesquelles la croissance économique a été supérieure à 4% par an en moyenne.

Le deuxième facteur qui est venu tonifier l'économie américaine, et donc ensuite mondiale, est le gain très fort de la productivité grâce aux technologies de l'information.

 

Les nouvelles technologies repoussent plus loin les frontières de l'économie classique.

 

La majorité de la classe moyenne américaine va alimenter le Nasdaq (le temple de la nouvelle économie), dans un premier temps avec son épargne retrouvée puis avec des emprunts contractés auprès de banquiers complaisants.

 

Enfin les marchés boursiers ont été dopés par les fonds spéculatifs.   

Les années 90 ont vu la création d'une multitude d'outils spéculatifs mais aussi leur perfectionnement.

 

Les marchés se sont déconnectés de l'économie réelle. La croissance des indices boursiers était trop supérieure à celle du PIB.

 

L'éclatement de la bulle Internet a ensuite fait voler en éclats un pan devenu majeur de l'économie mondiale. L'écroulement du Nasdaq fait tache d'huile. Les entreprises de télécommunications sont entraînés dans l'avalanche.

Le carnage des TMT (technologie-média-télécommunications) éclabousse toutes les entreprises d'électronique et de haute technologie. Les nouvelles industies comme les biotechnologies ou les énergies nouvelles subissent un contrecoup inattendu car elles n'arrivent plus à lever des fonds.

 

Les attentats du 11 septembre viennent saper le moral des ménages américains et affectent, jusqu'à la faillite parfois, les compagnies aériennes, le secteur du tourisme et les compagnies d'assurance.

 

Folies boursières des années 90, éclatement de la bulle Internet, krach des TMT, attentats du 11 septembre, crise des assurances et des banques, scandales financiers, perte de confiance, spéculations déstabilisatrices, taux d'intérêt trop bas, ralentissement de l'économie, environnement géopolitique instable...cet inventaire à la Prévert est suffisamment long pour expliquer le séisme financier.

Il faut expliquer en détail certaines de ces causes.   

 

Pour qu'il y ait spéculation et création d'une bulle, il faut que les titres convoités par les spéculateurs soient limités en nombre et non remplaçables par d'autres.

 

S'agissant de la nouvelle économie, les start-up ont été un Mai 68 de l'économie. Il fallait être jeune, audacieux, imaginatif et libertaire. On a tombé les cravates, sorti les jeans, le vendredi dans un premier temps, à l'occasion du friday wear, toute la semaine dans un second temps. 

L'entreprise allait éclater : plus de hiérarchie ! On installerait des tables de ping-pong et des salles de gymnastique dans les bureaux. Le travail se ferait en équipe, enfin, autour d'une pizza, dans des locaux décloisonnés et spartiates, où régnerait la liberté d'expression et de ton. L'imagination serait au pouvoir. Ce qui compterait, ce serait les idées et non les diplômes.

 

Le problème c'est qu'à l'époque le commerce en ligne n'est pas viable. L'auteur, d'ailleurs, semble penser qu'il ne le sera jamais. En 2001, Amazon n'a pas encore atteint l'équilbre financier.

 

Résultat, plus de 95% des star-up Internet de par le monde ont péri provoquant l'éclatement de la bulle qui à son tour entraîne la chute des investissements directs étrangers.

Les flux financiers investis dans les pays de l'OCDE ont reculé de 56% en 2001 par rapport à 2000.

 

Les entreprises de télécommunications sont alors confrontées à l'évaporation de près de 1 000 milliards de dollars sur l'autel d'une nouvelle religion : la convergence des TMT.

 

France Télécom aurait plus de 70 milliards d'euros d'endettement ! La faillite de WorldCom, en juillet 2002, est, à ce jour, la plus grosse faillite de l'histoire des Etats-Unis et donc du capitalisme mondial, avec 41 milliards de dollars de dette.

 

La responsabilité affligeante de grands dirigeants laisse des cours massacrés, des actionnaires ruinés, des actifs dépréciés, des entreprises endettés ou démantelées et des salariés licenciés.

 

La puissance de certains patrons est en effet devenue démesurée, en l'absence de contre-pouvoirs et d'organes de contrôle stricte. D'un  côté on peut vilipender les investisseurs institutionnels et la pression qu'ils exercent sur ces dirigeants qui doivent "sortir", contre vents et marées, 15% de rentabilité. Mais d'un autre côté il faut stigmatiser l'excès de pouvoir, l'arrogance et les décisions abusives de beaucoup de ces chefs d'entreprises à la tête d'immenses empires multinationaux, avec des chiffres d'affaires et des capitalisations boursières parfois supérieurs aux PIB nationaux et aux budgets de fonctionnement de grands pays européens.

 

Les scandales financiers se sont multipliés : Enron (société de courtage en énergie), par exemple, avait dissimulé 27 milliards de dollars de dettes. Les montages financiers imaginés par les meilleurs banques d'affaires de la planète avaient souvent pour but de cacher des dettes.

Alors même que les fonds éthiques se multipliaient la corruption et les fraudes augmentaient.

 

Les Européens, et les Français en particulier, ont eu beau jeu de tirer parti de l'affaire Enron pour condamner certains modes de fonctionnement de la comptabilité américaine.

Si l'on compare l'affaire Enron avec celle du Crédit Lyonnais, on voit que le pays de l'Oncle Sam a été beaucoup plus prompt à réagir que celui d'Astérix. Dix ans après (à l'époque) aucun des protagonistes n'a été interpellé ou réellement inquiété. C'est une forme bien française de collusion du pouvoir qui a conduit à l'étouffement de la plus grande gabegie financière épongée par les impôts des contribuables.

 

A l'été 2000 la capitalisation boursière d'AXA valait 100 miliiards d'euros et n'en valait plus que 19,4 milliards à fin juillet 2002.

 

Le prix des actions devrait dépendre beaucoup de la croissance future des bénéfices et donc de taux de croissance économique. Or, aujourd'hui, les facteurs psychologiques et les spéculations irrationnelles influencent d'une manière trop vigoureuse le cours des actions.

 

Pendant que les actionnaires individuels achetaient des actions, les dirigeants des grandes entreprises, sur-rémunérés (salaire, bonus, stock-options et avantages en nature), eux, vendaient tout en criant : "Ne vendez pas !".

Entre début juin 1999 et mai 2002, les présidents de sociétés ont vendu pour plusieurs milliards de dollars de stock-options alors que leurs entreprises avaient perdu 75% ou plus de leur valeur.

 

Ce n'est pas l'absence de loi qui a encouragé les malversations (scandales financiers, fraudes aux présentations des comptes) mais le laxisme des autorités américaines dans leur application.

Le contournement systématique des règles juridiques et comptables a constitué une "culture du mensonge" au plus haut niveau d'Enron et d'autres grandes entreprises.    

 

Pour résumer, la crise est due, en plus de la récession qui commençait début 2001, à plusieurs facteurs : l' "exubérance irrationnelle" des années 1990, l'explosion de la bulle Internet, l'effondrement des TMT, la spéculation à outrance, le marketing boursier forcené, la déconnexion du monde financier de l'économie réelle, l'effet dévastateur des stock-options, la crise en Amérique latine, les incertitudes sur les plans de retraite, les faillites, le marasme japonais, le comportement moutonnier des fonds de pension, la mondialisation malade de ses excès et une culture du mensonge, favorisée par la pratique de l'exagération, de la manipulation et du marketing financier. Tout cela malgré une inflation faible et des taux d'intérêt à leurs plus bas niveaux depuis quarante ans.

 

En France le "capitalisme incestueux" à la française a laissé certains patrons, puissants "maîtres" de l'économie nationale, siéger à plus de quinze conseils d'administration.

Quant aux administrateurs nommés par l'Etat leur négligence n'a souvent d'égale que leur incompétence. Ils ont laissé passer l'ardoise gigantesque du Crédit Lyonnais. Ils ont réédité leur exploit avec France Télécom, qui avec près de 70 milliards d'euros de dette nette en 2002, est aujourd'hui (à l'époque) l'entreprise la plus endettée du monde ! 

 

La mondialisation financière en soi n'est pas responsable de cette crise : c'est la folie spéculative et les excès de la globalisation financière, rejetons tardifs du néolibéralisme à la Thatcher ou à la Reagan, qui sont les coupables.  

 

La déréglementation des marchés financiers a favorisé l'afflux et les mouvements de capitaux au niveau international. Parmi les mesures majeures de cette déréglementation figurent, au premier chef, la disparition du contrôle des changes et la fin de l'encadrement du crédit. Ce sont désormais les taux d'intérêt qui régulent la politique monétaire et la lutte contre l'inflation.

 

Au milieu des années 80, le déficit de la dette américaine a nécessité un financement important par émissions de titres...La France, elle, a ouvert son système financier. Le poids des investissements étrangers en France a atteint un niveau record depuis 1984, année de la modernisation et de la  libéralisation de la Bourse de Paris. En 2001 le poids des investissements étrangers s'élevait à 40% de la capitalisation boursière alors qu'il était estimé à 17% à Londres et 6% à New York.

La liberté de circulation des capitaux financiers a été une des grandes révolutions silencieuses des années 80 et 90.

 

Pandant la dernière décennie (90) les entreprises ont financé leur croissance et leurs investissements non plus plus par des emprunts auprès des banques mais aussi par l'émission de titres, actions ou obligations, sur les marchés financiers. Les entreprises ont aussi pu placer leurs excédents de trésorerie dans toute une panoplie de produits dérivés et variés. Mais pour ne pas prendre de risques inconsidérés, elles se sont couvertes contre les risques, ce qui a généré l'éclosion des spéculateurs qui prenaient ces risques pour les entreprises en cas de baisse des cours ou des taux.   

 

Les mouvements de capitaux sont sans commune mesure avec l'économie réelle. Par exemple les mouvements de change sont 50 fois plus élevés que les sommes en jeu dans le commerce international.

Peu d'économistes s'expriment sur le problème préoccupant de la déconnexion croissante et flagrante entre l'économie réelle et les marchés financiers.


Les crises profondes de 1980 au Chili, en Uruguay et au Mexique, la crise asiatique de 1997 et 1998, les soubresauts monétaires en Amérique latine, l'écroulement de l'économie argentine de 2002 et le haut niveau du chômage européen figurent parmi les conséquences néfastes de la globalisation financière.   

 

De Gaulle avait raison de dire que "la politique de la France ne se fait pas à la corbeille (de la Bourse de Paris)", en effet elle se fait à Wall Street !

 

On assiste, depuis une décennie, à une extraordinaire concentration des secteurs d'activités économique autour de quelques multinationales, ces entreprises plus "riches" que des pays.

Parmi les 100 plus grandes entités économiques du monde (pays et entreprises), 29 sont sont des multinationales.

Le chiffre d'affaires de Wal-Mart, première entreprise du monde en 2001 avec 252 milliards d'euros, est égal au PIB de la Belgique et supérieure à celui de la Suède.

 

Les marges des entreprises se sont sévèrement dégradées en 2002 par rapport à 2001. Pour les augmenter, il n'y a que 2 solutions : soit augmenter les prix, soit baisser les charges. En période d'hyperconcurrence les entreprises risquent de licencier.

Les salariés deviennent alors des "variables d'ajustement".

 

Réductions des dépenses d'investissement, licenciements, faillites, resserrement des conditions de crédit, stagnation des créations d'emplois sont des menaces réelles sur l'économie mondiale.

Seul l'immobilier semble alors tenir bon des deux côtés de l'Atlantique.

Mais c'est justement l'immobilier (à travers les "subprimes") qui va craquer en 2008...

 

" Les hommes ne sont pas devenus plus cupides que par le passé. Ils ont simplement eu beaucoup plus de possibilités de l'être. L'économie dépend de façon critique de la confiance. La falsification et la fraude détruisent le capitalisme et la liberté des marchés, et plus largement les fondements de notre société [...]. Si nous réglons le problème des PDG, les autres problèmes disparaîtrons" (Alan Greenspan, le 16 juillet 2002 devant la commission bancaire du sénat américain).  

 

L'impact de la crise sur les retraites par capitalisation aura été encore plus grave, dans certains pays, que le ralentissement de la consommation.

 

En conclusion, nous dit Vincent Almond, il est indéniable qu'à la fin des années 1990 la croissance des indices boursiers a été déconnectée de la croissance de l'économie réelle. En revanche, la déliquescence des cours de Bourse, en sapant le moral des consommateurs par le phénomène de l'effet richesse à rebours et en dépréciant les actifs des entreprises, a conduit à une brutale réduction des investissements puis de la consommation, et donc à une crise économique larvée.

Le gonflement de bulles spéculatives n'avait pas entraîné l'économie à la hausse. Leur explosion, à l'inverse, a précipité la croissance économique dans le marasme. Et si le plus dur était à venir ?  

A la différence de 1929, le risque systémique (avec une déflagration en chaîne des faillites bancaires) n'est pas à craindre. 

C'est par contre ce qui a failli arriver en 2008. Cela se serait produit si les Etats n'avaient pas réagi vigoureusement en injectant des milliards dans le système bancaire...mais on était pas sorti de l'auberge pour autant...puisque que la crise boursière s'est muée en crise bancaire...puis en crise économique...alors que l'on commençait à voir le bout du tunnel...une nouvelle crise a déboulée : la crise de la dette...mais on va voir que Vincent Almond se montrait, en 2002, assez visionnaire... 

 

Mais l'appauvrissement du patrimoine des ménages les conduit à réduire leur consommation et donc freine la croissance. Car la consommation a été, pendant 10 ans, le vrai moteur de la croissance économique. Un fléchissement des dépenses des ménages viendrait se conjuguer avec un fléchissement des investissements. Le krach boursier deviendrait alors un krach économique, avec l'équation suivante : moins de croissance égale plus de chômage, plus de chômage égale moins de consommation, moins de consommation égale encore moins de croissance.

 

L'auteur liste 10 menaces pour l'avenir et en huitième position évoque le déficit budgétaire aux Etats-Unis et dans les grands pays européens.

Un des derniers chapitres s'intitule, en outre, "Et si le plus dur était à venir : illusions immobilières et menaces géopoliques ?".

 

La crise des subprimes résulte bien, à l'origine, de ces "illusions immobilières". Quant aux menaces géopolitiques, Vincent Almond parle bien sûr dans son livre des attentats du 11 septembre 2001 (mais montre que les choses allaient déjà mal avant) et rédige son livre alors que la première guerre du golfe a déjà eu lieu et que l'intervention en Afganistan vient de commencer...

 

Et il y aura bien sûr, en 2003, la guerre en Irak dont Stieglitz a estimé le coût faramineux à tant...

 

Tous les facteurs de la crise ont un point en commun : ils sont fondés sur l'exagération ou le mensonge des acteurs de drame boursier en 3 actes : premier acte, la folle montée des indices dans les années 90; 2ème acte, l'explosion des bulles spéculatives; 3ème acte, la contamination à la baisse de l'économie par la peste boursière. La catastrophe financière pourrait ainsi conduire à un cataclysme économique.

 

Il n'y a pas eu complot, en revanche il y a eu une somme incroyable d'erreurs, de fraudes, de mensonges, de mauvaise foi, d'illusions et d'exagérations qui mises bout à bout ou dans la même corbeille (!), ont créé les conditions d'une formidable arnaque planétaire en 2 temps : d'abord arnaque à la hausse absurde des indices boursiers, puis arnaque à la chute démente de ces mêmes indices.

 

Cette crise boursière qui se transforme en crise économique durable est aussi la crise d'une certaine forme spéculative et ultralibérale du capitalisme.

 

Le capitalisme éthique est celui des entrepreneurs, des innovateurs et des créateurs, qui prennent des risques pour créer de la richesse pour tous. L'enrichissement par la spéculation est une aberration d'un système sans foi ni loi. Les spéculateurs sont des profiteurs, des parasites, des charognards.

 

Les agences de notation, quant à elles, portent la responsabilité de n'avoir rien vu venir avant le krach. Jusqu'au premier trimestre 2000, elles ont continué d'afficher des notes positives, rassurantes et optimistes sur la santé des entreprises.

 

Ce n'est pas l'économie de marché qui a échoué mais un de ces avatars, le capitalisme exacerbé etexcessif qu'on appelle le "laisser-faire et laisser-aller". Les règles ne sont pas forcément des entraves à la liberté et à la morale.

 

Depuis bien longtemps, les banques centrales ne font plus le poids face aux flux gigantesques de capitaux qui, de jour comme de nuit, se déplacent sur les marchés financiers à la vitesse des électrons. La crise asiatique ne semble avoir servi de leçon à personne. 

Le marasme du Japon, malade de l'éclatement de la bulle immobilière en 1991, n'a pas inquiété les grands financiers mondiaux, plus préoccupés des avantages et du prestige que leur procurait leur poste, que de l'équilibre de la croissance mondiale.

 

Ce sont les Etats qui ont dérégulé les marchés et ils sont aujourd'hui tenus par leur promesse de respecter la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux. .

 

La récession boursière et économique pourrait durablement s'installer en Europe et donc en France, jusqu'en 2007.

Or on sait qu'à partir de 2008 (!) les marchés boursiers vont commencer à subir négativement les effets du départ à la retraite des baby-boomers. Ces retraités, pour sécuriser leur patrimoine, auront tendance à délaisser les marchés financiers et à préférer une épargne sûre. On ne peut donc plus s'attendre à un retour du Dow Jones ou du CAC 40 à leurs niveaux de 2000 avant une quinzaine d'années.   

 

Avait-il raison dans ses prévisions ? Je n'en suis pas sûr...les problèmes ont surgi ailleurs...dans l'immobilier et les dettes souveraines dont il parle également comme on l'a vu...   

 

Quoiqu'il en soit, des millions de petits porteurs ont perdu plus de la moitié de leur épargne et ne la reverront pas de sitôt. Les 2èmes victimes du krach sont les salariés des entreprises mises en faillite et qui ont perdu ou vont perdre leur emploi. Sur la 3ème marche figurent les retraités qui avaient misé leur retraite par capitalisation, aux Etas-Unis ou au Royaume-Uni, sur les fonds de pension.  

 

La prédiction de Schumpeter, l'un des plus grands économistes du XX7 siècle, qui annonçait la fin du capitalisme à cause de ses propres performances, et donc de ses propres excès, risque de se réaliser. Il est urgent que les gouvernements et les autorités financières interviennent pour réguler et sanctionner.

Il faut combattre la corruption, les abus de biens sociaux, les détournements de fonds, les fraudes comptables, les faux en écriture, la destruction de documents et les obstructions à la justice.

L'arsenal juridique le permet ; la morale publique l'exige. Ce combat doit être pragmatique et non idéologique.

Il faut garantir plus de transparence et d'honnêteté et prendre des sanctions exemplaires contre les tricheurs et les trompeurs.

La loi devrait autoriser la confiscation immédiate des biens des patrons fraudeurs, comme pour les narcotrafiquants.

 

Six années d'erreurs ou de tromperies ont jeté sous les feux de la rampe boursière les conflits d'intérêts entre les analystes financiers, au coeur de vrais scandales, et les directeurs financiers des grands groupes. Pourtant la profession avait un code de déontologie mais il n'a pas été respecté.

 

Il faut  donc freiner la spéculation. Le développement des produits dérivés est aujourd'hui trop fort.

La raison d'être des ventes à découvert, les swaps, des prêts et des emprunts de titres était la courverture contre les fluctuations mais ils sont devenus des instruments de spéculation.

 

Il faut réformer le capitalisme : la richesse matérielle ne peut être la finalité unique d'une société qui recherche l'équilibre...

 

L'économiste Paul Krugman, qui s'est demandé dans un article "pourquoi les économistes avaient échoué" à prévoir la crise de...2008, met en avant comme principal facteur, l'augmentation des prix de l'immobilier après....2002 qui nous "avait conduit dans des contrées totalement improbables. C'est, dit-il, la plus grossière erreur de valorisation du marché qu'il m'ait été donné de voir dans toute ma carrière. Encore plus évidente que celle de la bulle Internet, car celle-ci avait au moins l'excuse de concerner des technologies tout à fait nouvelles et dont le potentiel était alors inconnu. Mais, ajoute-t-il, cela fait environ 7000 ans que nous habitons des logements: nous aurions pu nous faire une idée raisonnable de ce qu'ils valaient...".

Le prix Nobel d'économie ajoute qu'il se serait donné des claques pour ne rien avoir vu venir....

 

Fin septembre 2011 est sorti en kiosque un numéro de Manière de voir édité par le Monde diplomatique intitulé Crise bancaire le casse du siècle...

Par coltrane - Publié dans : Journal de lecture
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 19:03

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcR-jeFGO8XjAY379LU4z0jaxoubtl_naEgFc_uthlGSBWykvXbQigAndy McNab s'est fait connaïtre comme écrivain avec Bravo two zéro, le récit "véridique" d'une mission du SAS (Special Air Service) en Irak lors de la première guerre du Golfe, au cours de laquelle il a été fait prisonnier.

Sur le même sujet on peut lire aussi Celui qui s'est échappé, publié par un autre ancien membre des SAS, Chris Ryan.

 

Le prologue d'Ordre de tuer, deuxième thriller de l'auteur après Manipulation, décrit par le menu une mission spéciale au coeur du territoire Syrien.

On y apprend que des membres des forces spéciales peuvent parfois voyager incognito dans la soute non pressurisé  d'un avion de ligne et qu'ils leur arrivent de sauter en marche en pratiquant un saut en ouverture retardé et la chute libre.

"On peut maintenant quitter en chute libre un avion volant à haute altitude et à des kilomètres de l'objectif en atterrissant avec une totale précision".

 

Cette mission "sous faux pavillon" (ils sont censés être des membres des forces spéciales israëliennes et pour cela on leur a "offert" une petite circoncision) a pour objectif l'enlèvement du bras droit de Ben Laden.

Le livre a été publié en 1999, c'est à dire avant les attentats du 11 septembre 2011...

 

Mais les choses ne se passent exactement comme prévu. Sur place, Sarah Greenwood, la seule femme du groupe (avec qui Nick Stone, héros récurrent et alter-ego de l'auteur, a eu une liaison), entreprend de brancher son ordinateur portable alors que le scénario prévoyait d'allumer six engins incendiaires et de se replier en vitesse avec la Source.

Sarah ne l'entend pas de cette oreille. Manifestement elle veut extraire un maximum de données. 

Pendant ce temps on commence à entendre à l'extérieur des échanges de rafales d'armes automatiques.

Nick se retrouve, dans le couloir, aux prises avec un "vieux costaud, représentant une bonne centaine de muscles et de chair compacte". 

Aprsè s'être presque fait arracher à coup de dents un lobe d'oreille, il s'efforce de briser la nuque de son adversaire.

 

Lorsqu'il rejoint Sarah, la Source est toujours sur le divan mais avec un trou dans la tête et un autre dans sa chemise.

Cette fois elle est prête à partir.

 

Le repli ne se fait pas sans casse. Glen est touché. Les membres des forces spéciales ont un cathéter implanté dans le bras, ce qui facilite l'usage d'un dispositif de goutte-à-goutte. Ils réussisent à rejoindre des véhicules puis un hélicoptère Chinook. Mais Glen meurt pendant le vol de retour...

 

Après une aussi périlleuse mission Nick a bien mérité une sortie organisée avec sa fille adoptive, Kelly. Son ami, et collègue américain, Josh, et ses trois enfants sont là aussi, à bord du Golden Hind, reconstitution grandeur nature du navire sur lequel Sir Francis Drake avait fait le tour du monde entre 1577 et 1580.

 

Mais les bonnes choses ne durent jamais longtemps. Le devoir l'appelle, il est bipé sur son "tamtam", et il est obligé de remettre la visite promise à Kelly de la "Tour Sanglante" (la Tour de Londres)...

Kelly, très chagrinée, doit retourner chez Grand-maman et Grand-papa.

 

Le colonel Lynn et Elisabeth Bamber, qui faisait partie du comité de sélection qui avait refusé à Nick le statut de cadre permanent  ("K" - spécialiste des opérations illégales), l'informent que Sarah Greenwood a disparu, semble-t-il de son propre chef.

 

Il est chargé de la retrouver. De toute façon, étant donné ses derniers exploits (cf. Manipulation), il n'a pas vraiment le choix. Sarah, affectée à Washington, assurait la liaison avec le Centre de contre-terrorisme, un nouvel organisme de renseignement crée par la CIA pour contribuer à la prévention d'éventuelles attaques terroristes.

 

Sa disparition intervient dans un contexte particulier : une rencontre au sommet Netanyahu-Arafat est prévue.

C'est sous couvert d'une VP (vérification personnelle) de Sarah que Nick va se rendre à Washington. Cela consiste s'assurer que l'agent n'est pas devenu l'objet d'un chantage, qu'il ne couche pas avec l'attaché militaire de Chine ou que sa grand-mère ne l'a pas inscrit au Parti communiste... 

 

Nick devra donc, seul et presque sans aide, chercher une aiguille dans une botte de foin. Il parviendra, en employant la manière forte, à retrouver Sarah mais, très vite, c'est ensemble qu'il devront fuir, tout en faisant leur possible pour déjouer un attentat visant la Maison blanche, certes moins spectaculaire que celui du 11 septembre mais aux conséquences presque aussi graves...

 

Mais sarah est-elle vraiment ce qu'elle prétend être ?

 

En 1999 McNab apprenait à ses lecteurs des choses qui sont maintenant bien connues, par exemple sur le rôle des Américains dans l'ascension d'un certain Bin Laden...

 

Le livre fourmille de détails sur le "métier". On y apprend par exemple qu'il faut une quarantaine de minutes pour acquérir une bonne vision nocturne et que l'agent en mission utilise une carte de cryptage fonctionnant sur le modèle de la fameuse machine "Enigma"...

 

On l'aura compris : si Ordre de tuer est bien un thriller au " suspense haletant ", il " repose sur une information de premier ordre et une connaissance directe de la lutte antiterroriste ". 


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