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Tous rentiers ! Philippe Askenazy

Philippe Askenazy milite, comme Thomas Piketty, pour une meilleure répartition des richesses. Mais il s'intéresse davantage aux inégalités primaires, c'est-à-dire avant redistribution.

La redistribution par l'impôt est devenue impossible dans une société constituée de petits propriétaires qui refusent qu'on taxe le patrimoine. En 2016 les ménages français possèdent plus de 10 000 milliards d'euros de patrimoine net (Le monde 13/06 - Thomas Piketty "Repenser l'impôt sur le patrimoine"). A titre de comparaison la dette publique s'élève à 2000 milliards d'euros.

L'ancien objectif d'égalité marque le pas face à la promotion d'une illusoire égalité des chances.

Il faut revoir la mécanique de répartition des richesses et s'attaquer aux rentes, ces avantages qui sont durablement accaparés par certains acteurs économiques.

Le "tout propriété" ne s'arrête pas au foncier mais s'étend aussi aux droits sur l'intangible - bases de données, brevets...

Le poids des 1% les plus riches serait revenu en 2010 aux Etats-Unis à son niveau du début du XXè siècle. Mais il faut se méfier d'une critique qui déplacerait la contestation du capitalisme vers les riches...

La chute du mur a permis au capitalisme de s'affranchir du miroir communiste, a accentué la dynamique des inégalités et la domination du capital.

Le fractionnement du monde du travail - contrats courts et intérim - est quant à lui renforcé par les analyses dites insiders/outsiders qui tendent à opposer les salariés en CDI ou les fonctionnaires titulaires aux précaires et aux chômeurs. C'est la fameuse dualisation du marché du travail. Dans ces analyses les employeurs ou leurs organisations sont ignorés ou considérés comme "neutres" !

La nouvelle économie et l'économie de la connaissance sont l'autre grande transformation du capitalisme contemporain.

Les nouvelles évolutions de l'économie de la connaissance et la nouvelle économie semblent condamner le capital. Pourtant, sa croissance nominale et sa concentration ont atteint des niveaux inégalés. Deux types de propriété sont devenus fondamentaux : la propriété du foncier et de l'immobilier et la propriété de la connaissance.

Les loyers ont été longtemps encadrés, à partir de 1914 jusqu'à l'après second conflit mondial (Jacques Marseille y voyait la cause de l'absence d'amélioration de l'habitat et le retard français dans l'installation de salles de bains, etc).

Aujourd'hui on constate une montée de la rente foncière et immobilière dans les zones où dominent les mécanismes d'agglomération. Les grands assureurs disposent de parcs immobiliers qui se valorisent leur permettant d'asseoir leur base capitalistique. D'autre part les crédits immobiliers sont d'autant plus rentables que l'accession à la propriété nécessite un engagement important et long.

Les propositions avancées pour faciliter l'accession à la propriété et lutter contre les inégalités ne sont guère une menace pour l'ordre établi.

Le droit de propriété intellectuelle, quant à lui, assure aux créateurs une rémunération rentabilisant l'investissement dans de nouvelles idées mais organise aussi une privatisation de la connaissance, ce qui introduit des obstacles monétaires et technologiques à la création de nouvelles connaissances...

La capitalisation des géants pharmaceutiques ou des entreprises de biotechnologies atteint des centaines de milliards d'euros.

Les toutes premières capitalisation du Nasdaq appartiennent au domaine des technologies de l'information et de la communication. Apple comme Microsoft, bénéficient à plein du régime de la propriété intellectuelle dans toutes les dimensions (marques, logos, brevets, logiciels). S'y ajoutent les pures players (Amazon, Google, Facebook...) dont les activités et les profits sont quasi exclusivement générés via Internet. Ces entreprises constituent des monopoles et savent très bien, via les prix de transfert, minorer leurs profits dans tel pays et les augmenter dans d'autres à la fiscalité plus douce.

Des groupes sociaux obtiennent également des parts significatives du gâteau sans que cela soit nécessairement le reflet de leur productivité.

Certaines personnes sont devenues du capital, les footballeurs en offrent la meilleure illustration.

La mode a toujours mis en avant ces créateurs. Et les grands patrons incarnant l'entreprise et sa stratégie sont eux aussi soumis à ce phénomène de vedettariat.

Évoquant, dans le transport ferroviaire, les fonctions critiques des postes occupées par les cheminots (conducteurs, aiguilleurs), l'auteur affirme qu'en l'absence d'organisation collective puissante de ces groupes, ce sont des fonctions comme le marketing ou l'optimisation des tarifs qui sont considérés par les directions comme critiques. Il passe complètement sous silence l'extraordinaire pouvoir de nuisance des cheminots lors des grèves !

Philippe Askenazy compare ensuite la situation des pharmaciens en France et en Grande Bretagne. La rémunération d'un pharmacien britannique tourne autour de 40 000 euros par an, contre 110 000 euros en moyenne en France. Il s'agit sans nul doute d'une rente.

En revanche les infirmières salariées françaises comme britanniques gagnent autour de 30 000 euros par an. L'auteur considère que la productivité des infirmières vaut largement celle des pharmaciens. Il oublie que le niveau d'études et de diplôme n'est pas le même : 3 ans d'étude pour une infimière, 6 ans pour un pharmacien.

Les emplois présumés "improductifs" - occupés par des gens de plus en plus diplômés - sont eux soumis à une intensification du travail (et à une dégradation des conditions de travail) et bénéficient de progrès technologiques qui génèrent des gains de productivité dont les statistiques agrégées ne peuvent pas toujours rendre compte.

Le salaire minimum n'est plus aujourd'hui un marqueur de gauche. Les gouvernements conservateurs doivent désormais y recourir pour impulser de l'inflation salariale et lutter contre la stagnation des prix et la déflation.

Contrairement à un mythe très vivace actuellement, le salariat n'est pas en voie de disparition, bien au contraire.

Aux Etats-Unis le syndicat des infirmières a démontré qu'un syndicalisme 1.0 capable de marier actions syndicales et mobilisation de l'opinion publique obtient des résultats aussi bien en terme de salaires que de conditions de travail. L'un des objectifs actuels du syndicalisme est de transformer les outsiders en insiders. La sécurisation de l'extension de la notion de coemployeur permettrait aux sous-traités et autres franchisés d'avoir en face d'eux directement ceux qui disposent de leur subordination.

La cogestion n'est pas forcément une solution : c'est en Allemagne que la part du capital dans la valeur ajoutée a le plus progressé au début du siècle.

Le capitalisme est donc entré dans une phase caractérisée par une double dépendance aux rentes offertes par les droits de propriété et aux rentes extraites du travail, des "improductifs" qui assurent des fonctions supports critiques dans nos sociétés et économies.

Un nouveau partage des rentes qui résulterait du réveil du travail, d'un renouvellement des rapports de force, remettrait le capitalisme dans les rails du progrès et de l'émancipation.

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Ainsi donc, Philippe Askenazy ne souhaite pas la fin du capitalisme, il veut seulement l'améliorer.

Finalement il ne s'agit pas de menacer l'ordre établi...

Ce qu'il réclame au fond c'est une augmentation des bas salaires, que les géants du web soient taxés là où ils font leurs bénéfices mais aussi sur les données personnelles qu'ils collectent, que l'on donne la priorité au logement locatif, que l'on taxe davantage le patrimoine en quoi il rejoint Piketty qui souhaite instituer un impôt mondial sur le patrimoine...

Intensification du travail...gains de productivité invisibles qui ne se voient pas dans la courbe de la croissance....A PIB égal et même en légère progression, on produit en fait autant de richesses avec - chômage oblige - beaucoup moins de travailleurs ! Peut-être les gains invisibles sont-ils là ? (à suivre)

Tag(s) : #Journal de lecture

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