Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le casse du siècle - Michael Lewis

Je viens tout juste de me rendre compte que le Casse du siècle - d'après Le monde le meilleur livre sur la crise financière - a été adapté au cinéma avec Brad Pitt, Christian Bale, Ryan Gosling et Steve Carrell ! On imagine un film plus proche de Margin call que du Loup de Wall street.

Au bas de la page 124 l'auteur félicite le lecteur d'avoir réussi à suivre cette histoire jusqu'ici. Je ne suis pas sûr que ce soit mon cas même si j'ai réussi à finir le livre qui heureusement n'a que 375 pages. Mais si l'on apprend une chose en le lisant c'est bien que personne, à l'exception d'une poignée de professionnels de la finance - les "héros" du récit - n'a jamais rien compris aux crédits hypothécaires subprime responsable de la plus grave crise financière depuis celle de 1929. Ni les patrons des grandes banques de Wall Street, ni leurs employés chargés de fabriquer et de commercialiser ces produits dérivés, ni les agences de notation, ni les plus hautes autorités financières de l'Etat censées réguler ce secteur d'activité.

Le mieux est sans doute d'aller voir le film, en espérant qu'il soit suffisamment bien fait pour expliquer simplement des choses complexes.

Tout commence avec une nouvelle catégories de sociétés qui accordaient des prêts à des Américains à court d'argent et étaient impliquées dans le boom du début des années 90 des prêts hypothécaires subprime. Par la suite un petit génie a eu l'idée de transformer ces prêts immobiliers en obligations (adossées donc à des actifs). C'est ce qu'on appelle la titrisation. Ceux qui comme moi ont toujours pensé que les obligations étaient plus sûres que les actions doivent réviser leur jugement.

Il s'agit ni plus ni moins de transformer de plus en plus de dettes en bouts de papier qui peuvent être vendus à n'importe qui. Au départ certains de ceux qui plus tard crieraient au loup dans le désert, virent dans les crédits subprime un moyen de réduire l'inégalité croissante des revenus.

Comment donner aux pauvres l'impression qu'ils sont riches quand les salaires stagnent ? En leur accordant des prêts bon marché.

En fait les sociétés qui proposaient des prêts subprime, et avaient besoin de plus en plus de capitaux, utilisaient le principe fondamental de la pyramide de Ponzi (voir le cas Maddoff).

La bulle immobilière gonfle de plus en plus à cause du comportement irrationnel des prêteurs qui accordent des crédits faciles.

Puis vint le moment où il fut possible d'acheter des assurances sur ces obligations : les CDS (credit default swaps). Ce qui permet de parier sur la "désintégration" de ces obligations.

Le marché des actions était non seulement transparent mais aussi fortement surveillé. Ce n'est pas le cas du marché obligataire.

Ensuite Goldman Sachs créa le CDO synthétique adossés à des obligations hypothécaires subprimes (qui chacune rassemblent en fait des milliers de prêts immobiliers mal notés). Comme avec le CDS il s'agit de redistribuer le risque de défaut des obligations subprimes.

Le CDO était de fait un service de blanchiment de crédit pour les Américains des classes modestes. A travers ces nouveaux produits financiers (dérivés) on dissimule le risque en le rendant plus complexe.

Moins le marché est transparent, plus les titres sont compliqués, et plus ça peut rapporter d'argent aux salles des marchés des grandes banques de Wall Street. La terminologie du marché des obligations était conçue moins pour être porteuse de sens que pour dérouter les gens de l'extérieur.

Le 22 février 2007, Morgan Stanley, qui avait été si prompte à vendre des assurances sur le marché des subprimes, décida soudain de tout arrêter. Le marché des CDO continuait de fonctionner comme avant mais il n'était plus possible d'acheter des CDS.

Entre la mi-2005 et le début de 2007, il y a un décalage croissant entre le prix des obligations hypothécaires subprime et la valeur (en baisse) des prêts sous-jacents. A la fin janvier 2007 les obligations voient leur prix commencer à chuter puis la chute s'accéléra. Les CDO auraient dues s'effondrer mais cela ne se produisit pas.

Le marché obligataire américain représente alors des milliers de milliards de dollars. La machine à titrisation est désormais devenue le principal centre de profit de Wall Street. Jusqu'à ce que les profits se transforment en pertes.

A lui seul un employé de Morgan Stanley laissera derrière lui des pertes d'un peu plus de 9 milliards de dollars. UBS perdit 37,4 milliards sur le marché des subprimes. Merrill Lynch, 50 millards. Citigroup, 60 milliards.

Toutes les grandes banques de Wall Street - Citigroup, Merrill Lynch, Lehman Brothers - sont soudain très intéressées par les CDS de Cornwall Capital ou de Michael Burry qui depuis des années les accumulent.

Le Fonds monétaire international ne tardera pas à évaluer les pertes des actifs adossés à des subprimes émis aux Etats-Unis à mille milliards de dollars. Mille milliards de pertes avaient été créées à partir de rien par les financiers américains, et injectées dans le système financier américain. Chaque banque de Wall Street essuierait une partie des pertes, sans rien pouvoir y faire. Pour générer des profits elles avaient placé de plus en plus de paris spéculatifs sur chaque dollar de leur capital.

Le 14 mars 2008 Bear Stearns fait faillite. Le 15 septembre Lehman Brothers dépose le bilan. Quatre jours plus tard les actions de Morgan Stanley et Goldman Sachs s'effondrent.

Que s'était-il passé ?

Les banques d'investissement de Wall Street avaient poussé les agences de notation à bénir des piles de prêts pourris ; cela leur avait permis de prêter des milliers de milliards de dollars à des américains ordinaires ; la machine qui transformaient les prêts en véhicules soi-disant sans risque était tellement complexe que les investisseurs avaient cessé d'évaluer les risques.

Début octobre 2008 le gouvernement annonca qu'il absorberait de fait toutes les pertes du système financier et empêcherait les grandes banques de faire faillite (sauf bien sûr celles qui avaient déjà cessé d'exister).

La crise de 2008 avait ses racines non seulement dans les prêts subprime accordés en 2005, mais aussi dans des idées qui avaient germé en 1985. Le premier dérivé a été créé en 1986. En 1981 Salomon Brothers devenait la première banque de Wall Street cotée en Bourse...

Début 2009, les risques et les pertes associés à plus de mille milliards de dollars furent transférés des grandes banques au contribuable américain. Le Trésor et la Réserve fédérale décrivirent ce qui s'était déroulé à Wall Street en 2008 comme une bonne vieille panique financière déclenchée par la faillitte de Lehman Brothers. Lors d'une panique, la perception crée sa propre réalité, en 2008 à Wall Street, ce fut le contraire : la réalité l'emporta finalement sur la perception.

Les banques d'investissement de Wall Street ont d'abord transféré le risque sur les actionnaires, à la suite de leur introduction en Bourse, puis, quand elles ont suffisamment merdé, leurs risques sont devenus le problème du gouvernement américain !

Tag(s) : #Journal de lecture

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :