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Alain Bublex Jean-Yves Jouannais Camille Henrot

Dans la série "l'Art qui fume" ou "est-ce de l'art ou du cochon ?" nous examinerons aujourd'hui le cas d'Alain Bublex.

C'est à la galerie Vallois, où j'avais déjà vu récemment une expo Villeglé-Brassaï très réussie, que l'on peut voir jusqu'au 8 novembre arrière-plan et Systema naturae.

J'avais découvert AB au BAL à la rentrée dans le cadre d'une expo collective baptisée S'il y a lieu je pars avec vous à laquelle participait aussi Sophie Calle. Même si globalement cela avait une déception, j'avais néanmoins été séduit par les paysages autoroutiers en grand format d'AB, photographies retouchées de manière à "lisser" sous forme d’aplats tous les artefacts (objets fabriqués par l'être humain).

A propos d'arrière-plan Bastien Gallet, qui a rédigé le flyer, parle de dessin vectoriel. Au BAL sa station-service, que l'on pouvait voir comme un hommage à Edward Hooper, m'avait tapé dans l’œil. Cette référence au grand artiste américain fait écho à la démarche d'AB à la galerie Vallois où il propose, entre autres, trois reproductions en dessin vectoriel de paysages américains : American Landscape de Charles Sheeler Yosemite Valley d'Albert Bierstadt et un des Veils de Morris Louis.

C'est Bastien Gallet qui nous l'apprend, notre culture artistique parcellaire ne nous ayant pas permis de repérer les modèles. Mais comme on est curieux on est allé voir les originaux sur internet. L'oeuvre de Charles Sheeler m'a procuré un véritable choc artistique. On pourra voir pourquoi dans le diaporama tout en bas de cette page. A partir de là pourquoi s'embêter avec un simple copieur, fut-il vectoriel ? CS qui a fait le voyage en Europe à l'instar de Hooper a retenu les leçons du cubisme, du futurisme et autre fauvisme mais en les "américanisant" et si on peut dire en les "industrialisant" (voir plus bas).

Bien sûr AB ajoute une couche de "réflexivité" mais Bastien Gallet avoue qu'il lui a fallu 3 visites et 2 discussions avec l'artiste pour comprendre "qu'arrière-plan demeurait, malgré sa manifeste orthogonalité, une ruine" (?!). Lorsqu' AB s'en prend, en toute vectorialité, aux tableaux d'Albert Marquet, ami de Matisse et de Derain, le ridicule est atteint.

Si l'art conceptuel a du plomb dans l'aile, le concept lui est toujours là. Pas question de simplement exposer des œuvres, non, il faut les "conceptualiser". Bublex devrait bien s'entendre avec Belorgey (voir avant-dernier papier "expos").

Il est temps alors de s'intéresser à l'autre exposant : Jean-Yves Jouannais, qui a lui-même rédigé son flyer. Systema naturae (Systèmes de la nature) c'est l'ouvrage publié en 1735 par Linné. Depuis toute espèce du monde vivant est désignée par un binôme latin : nom de genre suivi d'un nom d'espèce. Le grand-père de JYJ qui n'avait pas d'autre lecture, raconte son petit-fils, "entreprit dès 1932 et jusqu'à sa mort de classer les matériels de guerre comme autant d'espèces vivantes" (?!). Ce sont donc les "planches anatomiques" de son grand-père, dont il expose aussi le portrait photographique que l'artiste nous présente...Ce projet scientifico-loufoque s'inscrit dans un autre plus vaste intitulé L'encyclopédie des guerres, un abécédaire de tous les conflits depuis l'Iliade jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Je ne pouvais bien sûr pas rester insensible à une telle thématique.

Camille Henrot expose à Bétonsalon, centre d'art et de recherche situé dans les locaux flambant neufs de l'université Paris 7 - Denis Diderot. Concept là aussi et possible mal de tête pour cette expo qui emprunte son titre et une certaine vision du monde The Pale Fox (Renard pâle) à un personnage du livre éponyme des anthropologues Marcel Griaule et Germaine Dieterlen paru en 1965 traitant des Dogons d'Afrique de l'Ouest et révélant l'existence chez eux d'une "cosmogonie ancestrale complexe". Le dieu Ogo, le Renard Pâle incarne le désordre dans sa dimension avide et impatiente, mais aussi créatrice.

Le désordre ce n'est pas ce qui manque dans cette expo qui rassemble plus de 400 photographies, sculptures, livres et dessins, achetés sur eBay, empruntés à des musées, trouvés ou produits par l'artiste.

On s'y sent tellement comme chez soi qu'une visiteuse a entrepris de feuilleter une revue qui traînait sur une étagère (dessinée par l'artiste) et s'est fait rappeler à l'ordre : on ne touche qu'avec les yeux sauf le support à affiches que l'on peut regarder une à une. Entendant des bruits à l'extérieur, j'ai demandé un peu ironiquement si cela faisait partie de l'expo, la réponse a été négative. En revanche la doc signale la présence d'une pièce sonore ambient en 2 parties interrompus par des quintes de toux composée par un certain Joachim, je ne m'en rappelle pas !

L'artiste a aussi convoqué Leibnitz et dialogue dans le magazine gratuit édité par le centre avec 2 chercheuses du Muséum. Que cela n'ôte pas l'envie d'aller y voir de plus près : on sera simplement confronté, sans prise de tête, à un bric-à-brac sympathique, esthétiquement intéressant, apparemment dépourvu de signification mais placé sous le signe de la curiosité, de l'accumulation, de la classification et des actions de l'Homme sur les choses, lesquelles, nous dit Camille, se retournent immanquablement contre leur auteur. C'est exactement le monde dans lequel nous vivons !

Alain Bublex Jean-Yves Jouannais Camille Henrot
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Tag(s) : #Expos

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