Jeudi 26 novembre 2009
 

Hard, "Le film que l'Amérique a voulu interdire". Réalisé en 1998 par John Huckert.


J'avais eu l'occasion de voir récemment Cruising avec Al Pacino (1980, William Friedkin) dont le sujet est presque le même (le presque est important, on va voir pourquoi) : un jeune flic infiltré se met à fréquenter les bars gays dans le but de coincer un tueur de « pédés ».


La première différence notable tient au fait que le flic de Hard est lui aussi gay mais il n'a pas encore fait son « coming out » auprès de ses nouveaux collègues, ce qui va lui occasionner quelques soucis (insultes et cassage de gueule en règle).


Plutôt beau gosse (d'origine latino, on pourrait dire qu'il « cumule », mais ces collègues ne l'attaqueront jamais là-dessus, ce qui est à mettre à l'actif, j'imagine, du fameux « melting-pot » américain), il attire ses collègues féminines comme des mouches et a bien du mal à échapper à leurs avances.


Tourné avec très peu de moyens mais sans jamais faire fauché, le film respire au contraire la simplicité et fait preuve d'une humilité dont Hollywood ne donne que trop rarement l'exemple.


D'un côté, outre l'audace scénaristique décrite plus haut (à l'époque et sans doute encore aujourd'hui, les studios de Los Angeles ne pouvaient pas se la permettre), on pourrait reprocher au film d'enfiler les clichés :


Raymond (il a quand même américanisé son prénom, en fait c’est Ramone), tout juste reçu au concours de détective doit faire équipe avec un vieux flic blanc expérimenté de la Criminelle, qui le rudoie d'entrée.


Une figure de style souvent rencontrée, dans bon nombre de polars, avec Clint Eastwood par exemple, où l'impétrant est parfois une femme (dans un des Inspecteur Harry, je ne sais plus lequel).


Le tueur, ensuite, homo lui aussi, le nargue (on retrouve ce cas de figure dans Dans la ligne de Mire, autre film avec CI) et se débrouille pour sortir, et même coucher, avec lui.


Il faut dire que dans un genre différent (blanc, châtain, barbu, grand, bien bâti), il est plutôt beau gosse.


Cela on l’a déjà vu, mais entre hétéros, entre un flic et une tueuse ou entre une fliquette et un tueur.


De l’autre (côté), l’efficacité du traitement cinématographique fait que tout coule de source et qu’il se passe toujours quelque chose, grâce à la fluidité de la mise en scène et au talent d’acteurs chevronnés bien que quasi-inconnus.


On a vraiment l’impression en outre d’apprendre quelque chose de la façon dont se mène une enquête policière.


Dans Cruising, Pacino fréquente des bars gays où tout le monde arbore le style cuir tendance flic. Ces bars existent bien (le réalisateur de Cruising s’est documenté) mais la majorité des gays fréquentent des bars plutôt dans le genre de ceux qu’on peut voir dans Hard, où l’on n’a pas besoin de se déguiser.

 

Le coéquipier de Raymond, comme on s'en doute, est un type bien et ne l'accable pas lorsque son homosexualité est découverte. il prononce d'ailleurs une petite phrase, in fine, qui laisse entendre que lui aussi "en est".

Au total un excellent polar qui mériterait une plus large reconnaissance. A conseiller de surcroit aux amateurs de torses virils et de muscles bien dessinés. Evidemment ça manque un peu de nichons !

Par coltrane - Publié dans : Cinéma & DVD - Communauté : Webzine cinéma
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Vendredi 20 novembre 2009

J'avais pratiquement attendu la disparition, dans sa centième année, du
célèbre ethnologue Claude Levi-Strauss pour enfin lire son ouvrage le plus connu Tristes Tropiques, que je m'étonne d'ailleurs de ne pas avoir chroniqué ici...

Vérification faite, c'est le dernier livre dont j'ai parlé dans mon Journal de Lecture, avant de créer ce blog !



08/10/2008 TRISTES TROPIQUES

 

Après un démarrage un peu ardu la lecture

de Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss

s'est révélée à la fois enrichissante et agréable.

Ce n'est pas pour rien qu'il est membre de

l'académie française.



CLS nous fait partager comme aucun autre la

vie des sociétés indigènes du Brésil, en même

temps que les doutes et les interrogations de

"l'ethnographe".



Il sait décrire l'exploitation dont est victime telle communauté indienne (on est en Inde

et non en Amazonie !) "jetée(s) en pâture au marché mondial" et entièrement occupée à la

fabrication de boutons de nacre destinés à l'Occident.


Ailleurs il montre que l'invention et l'usage de l'écriture ne sont pas  aussi cruciaux qu'il y

parait et ne suffisent pas toujours à "distinguer la barbarie de la civilisation".


Par contre, en Occident,  le développement de l'instruction obligatoire au cours du 19ème

siècle"va de pair avec l'extension du service militaire et la prolétarisation" et permet "le

renforcement du contrôle des citoyens par le pouvoir". "Il faut que tous sachent lire pour

que ce dernier puisse dire : nul n'est censé ignorer la loi".

 

C'est tout. Soit je me suis arrêté en chemin, soit une partie de mon journa a disparu.

Je ne dis pas grand chose de ce que CLS dit des Indiens mais c'est aussi l'intérêt du livre

que de faire de nombreux allers-retours mentaux entre Occident et Amazonie.


CLS voit le verre à moitié vide en évoquant le développement de l'instruction comme

renforcement du contrôle des citoyens par le pouvoir" mais pas sa contrepartie :

la possibilité d'accéder plus largement à la Culture et les bienfaits qui seront ensuite

généreusement dispensés par l'Etat-Providence.

 

Le 20ème anniversaire de la Chute du Mur de Berlin a donné lieu à la diffusion de

nombreux films et documentaires...que je n'ai pas vu, sinon en zappant !

 

Je ne crois pas que l'excellent film La Vie des Autres ait été rediffusé.

 

Il faut se souvenir que le mur était surtout destiné à empêcher la fuite des cerveaux et

la fuite tout court, les Allemands de l'Est ne manifestant alors

curieusement pas spontanément un amour immodéré pour le Communisme...


En revanche j'ai noté les titres de deux livres prometteurs sur le sujet :

La Chute du Mur de Guez et Gonin chez Fayard et une somme de

de Frederick Taylor Le Mur de Berlin.

 


Par coltrane - Publié dans : Journal de lecture - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Vendredi 13 novembre 2009
Une tribune parue dans le journal Le Monde, signée Slavoj Zizek, philosophe et candidat à la première élection présidentielle libre en slovènie (ex-Yougoslavie) m'incite à revenir, une fois encore, sur l'affaire du transfuge soviétique Victor Kravchenko.

La contribution de Louis Bodin, universitaire, jeune homme à l'époque du procès de 1949, sur le site Persée en 1992, permet d'appronfondir ie sujet.  

Louis Bodin a lu J'ai choisi la Liberté
(Kravchenko, ancien haut fonctionnaire, y dénonce, de l'intérieur, le système totalitaire soviétique), à sa sortie, mais il explique que, comme beaucoup d'autres, il a vite occulté le contenu du livre.

Lequel avait bénéficié d'une forte exposition médiatique, du fait du procès intenté par l'auteur à la revue communiste Les Lettres Modernes (voir  Victor Kravchenko). Il n'est donc pas passé inaperçu.

Sans parler du retentissement qu'il a pu avoir aux Etats-Unis où il avait déjà été publié.

L'émission d'Arte sur l'affaire Kravchenko donnait assez largement la parole à des intellectuels ex-communistes comme Edgar Morin, qui lui aussi avait vêcu le même  processus d'occultation mentale.

Fort inopportunément (pour les soviétiques et leurs affidés français) l'un des témoins convoqués par Kravchenko, Margarete Buber-Neumann, avait justement une expérience "complète" des camps, ayant connu successivement le goulag puis le camp de Ravensbruk en Allemagne. Oser comparer les deux confine à l'hérésie. Elle avait d'ailleurs à l'époque publier son propre témoignage Déportée en Sibérie.

Face à ces témoins, l'URSS dépèchent ses émissaires...

Certains livres arrivent trop tôt et sont en quelque sorte inaudibles.

Louis Bodin explique bien comment à l'époque il ne pouvait être question de remettre totalement en cause le système soviétique. Si celui-ci, ou au moins la vision qu'on pouvait en avoir de l'extérieur, s'écroulait, alors que restait-il ? Rien que le désespoir. Puisque bien sûr rien de bon ne pouvait venir de l'autre côté de l'Atlantique. Même les intellectuels non communistes en auraient été génés.  A l'époque la France se reconstruit, les privations sont nombreuses encore.

Il fallait que face aux Etats-Unis, il y ait quelque chose ! L'espoir qu'un avenir meilleur était possible.

Pas ce vide affreux que promettait Kravchenko et son entreprise de démolition. Sans doute le régime soviétique avait-il ses tares mais il était perfectible. Il fallait aussi éviter tout ce qui pouvait faire basculer la guerre froide dans la guerre "chaude". Un an plus tard en Corée cela faillit avoir lieu ( La Guerre de Corée, paroxysme de la guerre froide; Claude Delmas).

Et pourtant le livre de Kravchenko est bien supérieur, nous dit Louis Bodin, à bien des ouvrages ultérieurs.
Il décrit par le menu par exemple le "cérémonial" des purges, basé sur l'autocritique et la dénonciation, qui sera repris et "amélioré" par la suite en Chine, au Cambodge et au Vietnam.

Ce qui est incroyable c'est que son livre n'est toujours pas disponible. Réédité en 1980, il ne l'a pas été depuis. Heureusement grâce à Internet on trouve encore des édtions originales. 
 
Beaucoup plus récemment, pas plus tard que le week-end dernier dans le journal Le Monde, Slavoj Zizek nous explique que "Derrière le Mur, les peuples ne rêvaient pas de capitalisme" mais plutôt de quelque chose comme d'un socialisme à visage humain et il évoque les nombreuses désillusions du passage à la "liberté".

Il rappelle que Kravchenko, traître vendu au capitalisme et à l'impérialisme, s'est mis, une fois en Occident, a "joué" au communiste, préoccupé par le maccarthysme (un système de purges à l'envers) et conscient de l'injustice qui règne à l'Ouest.

Il a ainsi voulu organisé des collectivités de paysans pauvres en Bolivie. Un fiasco. Il se retire de la vie publique et finit par se suicider à New-york (ou peut-être a t-il été assassiné ?).

Ainsi il n'a pas trouvé le bonheur en Occident ? Apparemment non.  Il faut donc aussi lire, après J'ai choisi la liberté, son second livre, J'ai choisi la justice (dans lequel il milite pour un nouveau mode de production), qui n'a d'ailleurs pas non plus été réédité.

A propos de "camp" et d'autocritique, on pouvait lire un article très intéressant du Monsieur Ecologie du Monde, Hervé Kempf, dans l'édition du 16 et 17 août 2009.

Il rendait compte d'un "camp action climat" qui a rassemblé de nombreux jeunes du 3 au 10 août en Loire-Atlantique. Le but est d'articuler pratique écologique et vie collective démocratique. Les décisions sont prises collectivement, pas de vote : les "discussions doivent se poursuivre jusqu'à l'atteinte du consensus". Il ne faut pas être pressé.

Pour mettre de "l'huile" dans le processus, "des volontaires sont facilitateurs de la discussion, scribes ou scrutateurs de sensations (pour s'assurer que certains ne sont pas exclus ou repliés sur eux-mêmes)".

Ces jeunes gens sont sur la bonne voie et ne tarderont pas à redécouvrir tout l'intérêt des bonnes vieilles "confessions" et autres "purges"...
Par coltrane - Publié dans : Lu dans la Presse - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Samedi 7 novembre 2009
Paris regorge d'endroits où trouver des livres d'occasion.

Dernièrement chez Joseph Gibert, Place St Michel, j'ai eu la chance de trouver pour seulement 14 € , Le Livre Noir du Communisme, un ouvrage collectif écrit sous la la direction de Stéphane Courtois et publié en 1997.

C'est en fait un autre livre que je cherchais : Liquider les Traitres, paru en 2007 et qui traite d'un sujet tabou : les assassinats commis par un commando rattaché à la direction du PC pendant l'occupation et chargé d'éliminer les "traîtres"...Un exemplaire aurait du être disponible mais pas moyen de le trouver.

Le Livre Noir est une somme de 846 pages et ce n'est pas une édition de poche...Je ne sais pas encore si je le lirais d'une traite ou une partie après l'autre (il y en a 5), en alternant avec d'autres lectures. Evidemment il date un peu et c'est pour ça qu'à paru depuis Du Passé Faisons Table Rase, qui, me semble t-il, en est la suite.

C'est au Puces de Montreuil (et donc pour le coup pas à Paris stricto-sensu) que j'ai déniché, pour 2 €, je crois, D'un Chateau l'Autre, roman de plus de 400 pages dans lequel, en 1957, Céline évoque, en principe, la fuite du gouvernement Pétain, et la sienne propre, à Sigmaringen. Sujet déjà abordé par Marie Chaix dans Les Lauriers du lac de Constance.

Retour à Paris chez un libraire du 14ème arrondissement où cette fois j'ai déniché Le Dossier 51 de Gilles Perrault, adapté au cinéma par Michel Deville, sans doute le meilleur film d'espionnage français. Il existe des romans épistolaires, Perrault a réussi en 1969 le tour de force d'écrire un roman uniquement constitué de rapports, billets, annexes et autres pièces jointes...

Je n'ai encore jamais lu Perrault (Le Pull Over Rouge) dont je me méfie un peu (voir les commentaires sur amazon par ex à propos de son livre sur L'orchestre Rouge) mais il écrit rudement bien (voir aussi à propos de Perrault et du Livre Noir... "Les grandes révolutions passent par là").

1 € : c'est ce que m'a coûté pour finir L'origine des Espèces, réédité par Le Monde dans une série intitulée "Les livres qui ont changé le monde" .
Mais avant (d'essayer) de le lire je devrais peut-être enfin lire la 2ème partie du Voyage d'un Naturaliste autour du Monde du même auteur, un certain Charles Darwin...
Par coltrane - Publié dans : Chinage - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Lundi 2 novembre 2009
Sans le faire exprès, j'ai entamé la lecture de Wall Street peu de temps avant le 80ème "anniversaire" du Jeudi Noir, le 26 octobre dernier.

Le livre est donc doublement en phase avec l'actualité, d'une part du fait de cet "anniversaire" et d'autre part à cause de la crise bancaire et financière que nous venons de traverser et dont les conséquences se font et se feront encore sentir aujourd'hui et demain.

Plus encore qu'un "roman vrai", les auteurs, Gordon Thomas, auteur de livres sur le Mossad et la CIA, et Max Morgan-Witts, producteur et réalisateur (on remarque qu'aucun des deux n'est économiste à la différence de Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New York, qui a préfacé le livre), les auteurs donc ont plutôt écrit un véritable roman-feuilleton et l'on prendrait à coup sûr plaisir à retrouver jour après jour dans les pages d'un quotidien les aventures des "requins" de la finance qui sont les véritables héros de l'ouvrage, dans lequel on croise aussi à intervalles réguliers des personnages historiques, tel Winston Churchill ainsi que des géants de l'industrie tel Henry Ford...

Un autre des acteurs de cette saga s'appelle Joe Kennedy qui "faisant partie d'une communauté détestée par ses voisins (il est d'origine irlandaise)" a appris à faire partie des plus aptes pour survivre "dans un monde dominé par la bourgeoisie protestante". C'est bien sûr le père de John Fitgerald Kennedy, surnommé "Jack", qui sera, bien plus tard, président des États-Unis.

Eunice Barber, journaliste de la North American Review découvre que 90% des femmes salariés possédaient alors un compte en banque et que parmi celles-ci 80% détenaient des titres. De plus en plus de femmes "jouaient à la Bourse".

Toutefois les rois de la finance sont des hommes : ils ont pour noms, entre autres, Charles Mitchell, président de la National City Bank, alors en guerre contre le Federal Reserve  Board, bien décidé à augmenter le taux d'intérêt à vue afin de freiner la spéculation (en rendant plus onéreux l'achat d'actions à crédit) ou bien encore Billy Durant, le célèbre spéculateur, qui promet au banquier de voir au plus tôt son ami Herbert Hoover, nouvellement élu president des Etats-unis, pour le convaincre que "le Federal Reserve Board était en train de tuer la poule aux oeufs d'or", alors que le marché est en forte hausse.

L'un des pires rivaux de Ford, et de sa célèbre Ford T, n'est autre que Charles Mott, le tout puissant vice-président de General Motors qui est aussi accessoirement président du conseil d'administration de l'Union Industrial Bank.

Chevrolet et Pontiac se vendent comme des petits pains et le rachat de Vauxhall en Angleterre et d'Opel en Allemagne promet d'être juteux.  

Mais l'exentrique Henry Ford a une autre bête noire : le
New York Stock Exchange, autrement dit Wall Steet, selon lui entièrement aux mains des Juifs. Jamais au grand jamais sa société ne sera côté en Bourse !

Pendant que le président Hoover s'entretient avec un certain nombre de directeurs de journaux des "excès" de la bourse, à l'Union Industrial Bank de Flint, la "ligue des gentlemen", composé d'un certain nombre d'employés, dont le vice-président et le propre fils du président, détournent allègrement des fonds pour jouer à la Bourse.

Parmi les "requins" seuls deux hommes, plus lucides que leurs pairs, rejettent avec force l'idée    
"qu'on avait trouvé le moyen de faire en sorte que le marché à la Bourse soit en hausse perpétuelle"  : Giannini, le banquier italo-américain à la tête d'un empire et Jesse Livermore le célèbre "baissier"
de Wall Street (spécialiste de la vente à découvert qui consiste à "emprunter" des actions, à les revendre immédiatement puis à les racheter lorsque la baisse est intervenue; le bénéfice se compose de la différence entre le prix de vente et le prix d'achat moins la commission).

Thomas Lamont est un "requin" encore étonnamment beau malgré ses cinquante neufs ans. Associé de la banque d'affaires JP Morgan, celui qui connaît un nombre impressionnant de rois,  présidents, dictateurs, tyrans et hommes d'Etat sur toute la planète, aime bavarder joyeusement avec les portiers sur l'escalier de la banque...

La banque Morgan ne prête qu'aux "sociétés géantes de l'industrie" et dispose de 500 millions de dollars.
En tant que banque privée elle n'a de compte à rendre à personne.

Edith Stone, la fille du célèbre financier juif, entreprend un voyage en Europe et profite de la traversée pour commencer sa pièce qui aura pour personnage principal Wall Strett.
Les journaux allemands, lus juste avant son départ, lui ont déjà causé un choc : il n'y est question que de la nouvelle figure de la politique allemande, un certain Adolph Hitler, pour qui la "menace" communiste n'a d'égale que la "menace" juive. 

En Angleterre, où on pouvait dire encore que "le soleil ne se couchait jamais sur l'Empire", les travaillistes reviennent au pouvoir.

En Italie Mussolini est au pouvoir et un journaliste parle de Wall Street comme d'une nouvelle puissance faisant "appel au plus fort instinct de la nature humaine (l'appât du gain ?)" et dont l'autorité est supérieure à celle de la Société des Nations (l'ancêtre de l'ONU)...

A Wall Street le boom continue tranquillement et on prévoit même de battre un record en ce qui concerne les nouvelles émissions en Juillet.
Mais Livermore est sceptique et résume la situation dans son langage peu chatié : "Sûr, faut que ça pète."

Crawford, le directeur de la bourse, a l'impression, lui, que "chaque usine, chaque compagnie commerciale, chaque affaire est d'une certaine manière présente ici sous la forme d'actions".
Parmi elles les actions des services publics (voir pour une définition Black Out, Arthur Hailey )- eau, gaz, électricité - après une brève chute allaient sûrement remonter.

Pour Giannini dans un marché en hausse il n'est guère dangereux d'investir à tort et à travers (comme le font trop souvent les petits investisseurs) mais si la baisse arrive les dégâts seront terribles.
Or si un professionnel de la Bourse peut faire face à une perte importante, un père de famille risque au contraire d'être définitivement ruiné.

D'autres que lui sont conscients des risques : les prédicateurs itinérants qui avec leurs sinistres avertissements n'ont jamais été aussi nombreux devant Wall Street.

Ils ne sont pas les seuls : en ce dimanche 11 aôut, "de toutes les régions du pays les gens se dirigent vers Wall Street pour voir ce qui allait se passer le lundi." Qu'est-ce qui les y a pousser ?
Quoi d'autre que la cupidité ?

Wall Street attire aussi des étrangers. Ainsi un certain Willy Messerschmitt espère y trouver des capitaux qui devraient "servir à construire une flotte militaire secrète pour aider l'Allemagne à se venger de la défaite de 1918". Il a reçu l'appui d'un homme qu'il commence à admirer ouvertement : Adolph Hitler.

Confronté à un phénomène de hausse continue de la Bourse, Livermore se voit obligé de changer son fusil d'épaule et se transforme en "haussier".

A l'époque NY connait ses premiers embouteillages et les premières automobiles équipées de récepteurs-radio font leur apparition.

Le 24 août Giannini prend publiquement position contre les excès des achats à terme.

Choquée par ce qu'elle a vu en Allemagne Edith Stone écourte son voyage en Europe.

Depuis le mois de mai de petites secousses ont commencé à agiter le marché. Livermore prévoit la possibilité prochaine d'un gigantesque séisme financier.

Le 26 septembre le montant des sommes empruntées par les porteurs de titres atteint le chiffre effarant de 6 800 000 000 de dollars (à multiplier par 50 pour obtenir des dollars d'aujourd'hui) !

Winston Churchill, qui à la suite de la victoire travailliste a entrepris un voyage aux "Amériques", et se trouve alors à New York, succombe lui aussi à la croyance que la Bourse représente encore le moyen le plus rapide - et peut-être le plus sûr - de faire fortune.

Cela fait désormais partie de l'American Way of Life : des coursiers, des mécaniciens, des plombiers, des couturières ou des serveurs jouent à la Bourse...sans rien y connaître.

Thomas Lamont, de la banque Morgan, rédige un rapport sur l'économie américaine pour le président Hoover.
Il décrit la récente "démocratisation" de la Bourse comme devant permettre de "répartir largement la propriété des grandes entreprises industrielles entre des centaines de milliers de petits actionnaires...et d'éliminer ainsi les inégalités sociales et les conflits qui dressent encore les uns contre les nantis et les défavorisés...".

Puis le pire survient. Alexander Neyes le lucide chroniqueur financier du Times écrit cette manchette : "LE KRACH LE PLUS DESASTREUX DE L'HISTOIRE 12 894 650 ACTIONS CHANGENT DE MAINS LA BOURSE SAUVEE DE L'ECROULEMENT PAR LES BANQUES".

Ce n'est encore que le début de la fin mais le Jeudi Noir a eu lieu sans que personne ou presque n'ait prévu cette chute brutale due à "quelques (!) ventes irréfléchies", selon le mot de Thomas Lamont.
Beaucoup pensent que la Bourse va en ressortir assainie...et que le pire est passé.

Mais le Lundi 28 octobre la chute est plus forte encore.

A Flint la "ligue des gentlemen" a perdu 3 500 000 dollars...détournés sur les comptes des clients de la banque. Il va leur falloir confesser la plus grosse escroquerie financière de tous les temps...

L'Amérique, le pays le plus puissant du monde, le plus riche de toute l'histoire de l'humanité...était en train de payer chèrement son goût immodéré pour l'enrichissement facile.

Le Krach a de fortes répercussions partout dans le monde et singulièrement en Allemagne où la crise et son cortège de faillites et de chômeurs vont faire le lit d'Hitler...

Après la Bourse c'est au tour de l'économie américaine de se détériorer...la consommation s'écroule et entraine logiquement une chute de la production...

Malgré cela les "experts" et la presse affirment que la nouvelle année s'ouvre sous les meilleurs auspices...
La fête était finie mais les illusions elles ne voulaient toujours pas mourir.

 



 

 


 
Par coltrane - Publié dans : Journal de lecture - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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